Esthétique du cool, ça va trancher chérie*

Some cool stuff

*je sais pas titrer, on en est tous conscients.

Il me turlupine depuis quelques jours ce billet. Mais emménagement épique (et j’ai pas encore déménagé la cave, haha, qu’est-ce qu’on va se marrer) et accouchement imminent j’ai du mal à trouver de l’énergie pour rassembler mes quelques neurones et écrire ici des conneries des jolis billets bien ficelés.

Sauf que là, nantie de mon seul courage et de deux biscottes wasa, je me lance.

J’aime beaucoup ce blog et in extenso son auteur, parce qu’il y a souvent un paquet de choses intéressantes à y lire. Mais cet article précisément m’a fait tiquer. 

Pas l’ensemble, il y est dit des choses avec du fond, mais certaines sont beaucoup plus contestables.

D’où cette question: pourquoi, à mon avis, les vins natures se tirent souvent une balle dans le pied.

D’abord, pour que les choses soient très claires: j’aime un paquet de très bons vins natures, parce que je considère leurs qualités gustatives, le plaisir qu’ils apportent, etc.

Mais pas que.

J’essaie de me tenir loin des chapelles,

Running gag, pardon

quelles qu’elles soient: ça m’a toujours mise mal à l’aise. Du coup, même si je revendique la subjectivité de la dégustation, au sens où ce qui va me plaire à moi ne sera pas forcément au goût de mon voisin, j’essaie quand même de ne pas rester fermée. Je goûte aussi bien des vins natures, des juste bios, des biodynamiques, des propres, (par extension j’imagine que les autres sont des « vins sales »? ), des conventionnels, du Tar… non, là faut pas déconner.

Toute parenthèse humoristique mise à part, ce qui m’attire dans les vins natures, ce n’est pas « la vérité naturelle du raisin », « l’ouverture de chakra qui en découle » ou autres. Ça tient en trois lettres, c’est simple à comprendre: il y a du BON.

Que le vigneron soit un « putain de hippie », en un sens ça me fait marrer, ça me le rendra peut-être sympathique, mais en soi, ça n’a pas une importance fondamentale. Que le vin ou le parcours du vigneron soit « rock » c’est une image qu’on peut utiliser pour transmettre une idée de goût, c’est un trait qui peut aider à brosser un portrait de personnage, mais ça ne fait pas l’essentiel.

Voilà exactement le point qui me gêne, et qui est revenu plusieurs fois- oserais-je dire fréquemment- dans des discussions « natures VS le reste du monde ». L’impression étrange que consommer du vin nature doit être accompagné d’un certain état d’esprit, voire d’un militantisme à la limite (parfois, je mets des gants, profitez-en) de la dictature.

Hé, les gars, les filles, on se détend: c’est juste du pinard.

Alors, oui, c’est un peu comme les livres: on s’y attache à ses petites bêtes. On les aime, vertueux ou iconoclastes, on les défendrait jusqu’au bout, mais le discours qu’on utilise on doit aussi y faire attention, sous peine d’en détourner une bonne part de futurs- peut-être- amateurs.

Qu’on me parle de la subtilité, de la profondeur, de la minéralité d’un grand nature, moins « déguisé », moins « fardé » que les autres vins parce qu’il contient moins d’intrants, c’est quelque chose que je peux comprendre. Qu’on me dise que sa palette aromatique est plus large, okay. Des arguments qui me paraissent intellectuellement cohérents et pertinents.

Qu’on m’explique le panard qu’on peut prendre avec ces vins là, je le pige tout à fait. Bien que je maintienne qu’on puisse aussi jouir avec un grand bordeaux, or whatever pas du tout dans le moule nature (frites mayo).

Je suis à fond pour la pédagogie. Même si elle est fun (je peux pas dire le contraire, c’est ce que je fais un max ici: dire des trucs ‘achement sérieux tout en n’hésitant pas à faire des blagues pour rendre ça plus digeste). C’est peut-être bien ça le plus compliqué: garder suffisamment de sérieux pour être clair et précis, tout en étant fantaisiste et drôle. Ne pas rester uniquement un clown de façade mais avoir derrière de solides fondations et des murs qui tiennent la route.

Qu’on s’évade sur des chemins de traverse en m’expliquant que boire du nature c’est comme prendre de l’acide, nonobstant la comparaison très casse-gueule (bonjour l’image) c’est tout de suite plus tendancieux.

Assimiler du vin à de la prise de drogue, même festive, alors que les campagnes moralisatrices n’ont jamais été si prégnantes, alors que la confusion entre alcoolisation massive  problématique et consommation plaisir est de plus en plus faite… Pas très adroit, il me semble non?

Qu’on me le vende comme un truc de jeunes, de branchés… Mais merde! Mes potes âgés, ils n’ont plus le droit de kiffer la vibe du nature? Tout nature qu’il soit, ça reste bien du vin, non?

Voilà pourquoi la comm’ faite autour des natures me gêne, et sans doute pas que moi: on en fait une icône modasse, un truc d’initiés -je me retiens très fort d’écrire bobos- et partant de là, on exclut tous les autres.

Si tu n’es pas avec nous, tu es contre nous.

On a le droit d’être just in the middle of, ou bien?

De prendre le vin nature pour ce qu’il est: du vin. Avec des défauts, aussi (j’hésite à aborder le point: « non mais les défauts du nature ça n’existe pas, c’est juste une libre expression du vin. » Laissez-moi rigoler: quand ça pue, quand c’est désagréable, moi j’ai pas envie de picoler et j’appelle ça un défaut. Mais je suis peut-être pas assez open du mind, on peut parler des « déviances ou non » pendant des heures, c’est un débat passionnant, mais ça ferait trop de digressions là).

Un dernier point, et en fait le plus important pour moi: le vin nature serait moins sexiste.

HAHAHAHAHAHA.

Non, mais HAHAHAHAHA.

La justification: regardez, y a plein de jeunes pépètes qui parlent/aiment le vin nature, il fait moins peur aux femmes, donc elles y vont.

Un: c’est déjà du sexisme, il me semble de décréter que c’est parce que c’est plus accessible intellectuellement que les femmes y vont.

Que c’est uniquement un truc sensuel, qu’il n’y a pas besoin d’user d’intellect.

C’est bien connu, la fâaame est un être sensuel (et un peu con, aussi)(rhaaa quoi je fais du mauvais esprit?).

Trop de vocabulaire, trop de technique ça la tue, alors le vin nature c’est bien mieux pour sa petite gueule.

Sand, tu vois tout en noir, t’exagères, gnagnagna.

Et ben non. Le sexisme, il est partout. Aussi bien dans les natures que dans les autres. Le sexisme ça peut aussi être prendre comme argument de « vente » une jeune et jolie nana** juste parce que c’est une jeune et jolie nana (par charité chrétienne, j’évite soigneusement de relever les aberrations œnologiques qui peuvent sortir de quelques unes de ces mignonnes bouches glossées, pas de toutes heureusement mais bref). On n’est pas rendues les meufs, non.

Lire ceci m’a quasi fait faire un AVC

« Les femmes qui préfèrent le vin naturel ont probablement tendance à être plus créatives, que ce soit sexuellement ou intellectuellement. »

J’en ai discuté avec Antonin, l’auteur du blog (pas l’auteur de la phrase) qui lui y a trouvé de l’humour, avec un fond de provoc’. J’ai peut-être un tempérament pas facile, mais d’office, toute phrase qui commence par « les femmes qui » ça me donne envie de m’arracher les ovaires à la cuiller parisienne. Je vous laisse juger chacun du degré de sexisme de cette sentence, moi je cherche la cuiller…

Bref, utiliser le non-sexisme supposé du vin nature comme argument, c’est juste complètement useless et faux.

Ni plus ni moins sexistes que les autres vins, je dirais. Ni pire ni meilleur.

Le vin nature j’ai envie qu’on m’en parle avec de l’amour bien sûr, mais surtout de vrais arguments. J’ai pas envie qu’on me dise « bois-en, ça te rendra cool ». J’ai pas besoin d’être cool, je suis à mon maximum là.

J’ai envie qu’on me parle de raisins, de technique, d’exposition, de sol, de vignes parce que réellement je trouve ça passionnant. J’ai pas envie qu’on me survende du tendance, ça m’emmerde en fait et ça aurait même tendance à me faire aller dans la direction inverse. Moi contrariante? Non.

Juste, j’aime le vin. Dans toutes ses expressions.

Qu’on me laisse après avec mes émotions, si j’en ai.

Ce qui m’intéresse c’est le vin, pas les chapelles.

Je veux pas être étiquetée « buveuse de nature, meuf tendance ».

Que toute chose soit politique, je l’entends aisément. Même le sexe. Même l’amour. Même le vin.

Mais je réclame le droit à la tolérance, à l’ouverture et à l’argumentation autre que la branchitude.

Je vieuxconnise? Peu me chaut. Je n’ai jamais prétendu être sympa, non plus.

**qu’on ne me fasse pas dire ce que je n’ai pas écrit: on peut être charmante, drôle, intelligente ET compétente. Au hasard, comme moi. Hem.

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11 réflexions sur “Esthétique du cool, ça va trancher chérie*

  1. merci pour cet article. C’est agréable de pouvoir penser par soi même en évitant ce suivisme d’abord si parisien . Attention, les modes changent !

  2. Tu prends quand même l’article – long comme une semaine sans pif – par un bout de la lorgnette. Et si je t’accorde pas mal de points, on en a déjà parlé effectivement, tu déformes un peu le fond du propos, à mon avis, notamment celui d’Alice Feiring, auteure des phrases que tu pointes.

    Quand elle parle de « prendre un acide ensemble », elle veut illustrer la connexion qui peut se produire lorsqu’elle partage un vin avec quelqu’un qui le comprend comme elle ; c’est une illustration outrée, excessive, si tu veux, mais pas ce que tu en déduis un peu vite : boire du vin naturel = prendre un acide. Ce n’est vraiment pas ce qu’elle dit.

    Sa phrase ultime, sur le caractère des femmes qui boivent du vin naturel, est évidemment provoc, et forcément excessive. Elle aurait pu le dire sans « genrer » le truc, d’ailleurs, mais la question portait sur les femmes (mauvaise question, peut-être, ok). C’est en tout cas une manière, à mon avis, d’induire qu’on ne boit pas des vins *que* pour leur goût, que choisir une bouteille a d’autres implications.

    Aussi, enfin : lorsque tu abordes les questions chapelles et vins de femme (sic), je ne suis tellement pas d’accord avec ta lecture :

    Petit un : les témoins le disent, qu’elles ne sont surtout pas sectaires, que ce n’est pas parce qu’on est un « hippie » qu’on fait du bon vin, qu’elles « n’attendent pas que le vin soit naturel », etc. Elles le disent, c’est écrit.

    Petit deux : où tu vois écrit ou même suggéré que le vin naturel ferait « moins peur » aux femmes ? Ce qui est dit, plutôt, c’est qu’il est moins hiérarchisé, installé, et pourrait donc laisser davantage de place aux femmes, dans un milieu par ailleurs plutôt masculin.

    Donc, bon. Non, hein, toujours pas ok.

    • on peut être en désaccord, et je veux bien t’accorder que je suis partie de ton article comme base pour illustrer pas mal d’idées, propos, discussions entendues sur le naturel (et qui ont tendance à me gonfler sévère). D’ailleurs, je précise bien: y a un paquet de choses intéressantes dans ton article, mais l’image générale qui en ressort me gêne largement.

  3. Fais gaffe, tu es enceinte alors faut pas trop t’énerver. Pense au (ou à la, je ne sais plus) bébé ! Le vin dit « nature », c’est comme le vin dit « féminin ». ÇA FAIT REIHC !!!

  4. Merci d’avoir mis des mots sur la gène que j’avais également ressentie en lisant ce billet de No Wine is Innocent (que par ailleurs j’aime bien, puisque avec la pinardotheque (attention fayotage), ce sont les deux seuls que je lis systématiquement).
    Boire du vin nature, c’est surement un acte politique et sociétal intéressant. On peut se reconnaitre (ou pas) dans les valeurs du vin nature et dans sa communauté. Mais le mettre en avant essentiellement pour ces raisons plutôt que pour des raisons gustatives, on a la sensation de lire un blog politique plutôt qu’œnologique. Avec en plus des arguments antisexistes qui j’avoue sont parfois maladroits.

  5. Je partage ce point de vue sur le vin nature. Perso, je suis toujours intéressé pour en gouter. Mais, l’article de rue89 est assez caricatural. Pire encore, les commentaires que l’on peut y lire ensuite. Dommage, car le nature mérite un meilleur sort que d’être l’apanage de bobos.

  6. Pingback: Revue du vitiweb: entreprise de démolition | Stylo & fourchette: chroniques gourmandes

  7. Je paraphrase un grand mathématicien* : «Classifier le vin en naturel et non-naturel, c’est comme classifier le règne animal et éléphant et non-éléphant.» On peut, c’est pas faux. Je ne sais pas si c’est très pratique ou très intelligent.

    Deborah Knowland (domaine de Clairac) a une réflexion très intéressante sur le naturel : «Ils le sont si je veux, si je trouve ça meilleurs, et je le dis pas», m’a-t-elle confié. Comme ça pas de psychose, pas de clientélisme. Ni d’un côté, ni de l’autre. Way to go.

    Et pour le sexisme, pour avoir côtoyé certaines des grognasse (et bonnes sommelières) mentionnées dans le blog du vindicateur : le problème de Marx c’est les marxistes.

    *Il parlait des équations aux dérivées partielles… comme quoi.

    • Il est vrai que je n’ai pas encore bu de vin « éléphantesque » ni bu de vins qui me faisaient voir des éléphants roses ou verts… Mais ça viendra peut-être un jour… On ne sait jamais avec la Dame de ce blog… 😉

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