Fab’four*

fabf

*bon, évidemment si tu prononces à la française, ça rend pas pareil

Quatre vins, il n’en faut pas plus pour faire d’une soirée charmante quelques heures magnifiques. Il ne faut pas forcément que la compagnie soit parfaite -c’est un plus appréciable. Il ne faut pas non plus que la cuisine soit très raffinée -mais admettons, c’est mieux. Mais quatre vins, judicieusement choisis peuvent tout vous sauver, réellement. Bref, savoir quoi faire avec  une carte de vins, c’est tout de même de la balle, hommes.

(oui, je vous mets la pression, puisque malgré 2013, le féminisme et l’incontestable girlysation du monde du pinard, c’est toujours à vous, oh puissantes épaules, qu’on confie les cartes de vin dans les restaurants en majorité. Et j’avoue, je fatigue un peu de devoir hausser le sourcil pour qu’on daigne me proposer la carte alors que soyons clairs, la question devrait être posée d’emblée).

Évidemment, boire du pinard dans certains lieux, c’est quasi mission impossible, et il est parfois plus salutaire de se rabattre sur le coca, voire l’eau plate plutôt que l’immonde alsace-qui-troue-la-nappe ou le bordeaux-mariné-dans-le-fût. Mais il existe encore une petite partie d’irréductibles restaurateurs qui AIMENT vraiment le vin, et qui donc en proposent à leur carte. Du vrai. Du bon. Et ce qui ne gâche rien, pas au prix d’un bras d’enfant.

Ca tombe bien, c’est là qu’on a atterri. Décor désuet et plein de vieilles barriques (je parle bien des tonneaux de bois et pas de la clientèle, je ne me permettrais pas).

Ça commence par un vin du Jura: je me suis déjà étendue largement sur les plaisirs que me procurent les vins du Jura (oui, étendre, plaisir, c’est fait exprès). Des vins avec lesquels on s’autorise à ne plus réfléchir, parce que c’est juste très bon, très charnel, très simple et complexe. Ganevat vient d’être (encore une fois) reconnu comme un des plus beaux faiseurs de vins blancs de sa région (et même des autres, soyons pas modestes). Alors le regoûter sur 2003 est toujours un bonheur. Surtout avec des nanas qui ont jamais bu de vin du Jura.

« Le nez, je sais pas décrire, mais wow, y a plein de choses dedans

-Et ça sent bon?

A mort! Et ça reste hyper longtemps, faudrait en faire du parfum je le porterai tous les jours »

Ben voilà: ça c’est du comm de dégust’ qui se prend pas le chou. La bouche était pas en reste. Longue, toute en amande amère et en coing, avec ça et là des impressions de courir nus dans des champs de fleurs juste baignés de rosée (c’est une IMAGE, ne le faites pas vraiment. Ou assurez-vous qu’il n’y ait pas de témoins).

Bouteille se terminant gentiment, hop la carte.

Comme on a fait suivre de ma chouchoute Simone…

J’ai déjà évoqué je crois ici Palette, micro-appellation de Provence, détentrice du fameux château Simone (ou bien l’inverse). L’avantage avec Simone, c’est qu’une fois qu’on a mis le nez entre ses cuisses, on ne l’oublie pas. Y a ce fouet sur la langue, cette attaque de fond, cette lame qui vous prend et vous met à genoux, cette absolue nécessité d’en reprendre une gorgée. Encore.  Simone, c’est une très belle femme qui vous agace et vous excite, et qu’on rêve de posséder totalement: assez maligne, elle vous laisse la prendre mais jamais complètement. Pour vous donner encore envie derrière.

Du coup, se trouver devant une bouteille de Simone, c’est délices et frustrations: elle sera trop courte, elle passera trop vite, et elle vous laissera sur les lèvres le regret de ne pas l’avoir mieux embrassée encore.

Après, un autre genre. Massif, du genre qui roule des mécaniques: le Clos Mogador. On est dans le Priorat, ça rigole pas.

Sur 2000, la fougue des débuts, le côté je fais une pipe à Pinocchio cher à Vincent doit s’être estompé. J’espère. Je ne l’ai pas rencontré souvent: mon coeur ne me porte pas souvent vers ce type de macho roulant, j’aime la fluidité et la finesse. Mais pourquoi pas? Mogador est un peu sauvage, au premier abord. Rétif. Un nez un peu réduit, qui ne tarde pas à s’ouvrir: il aurait sans doute fallu y aller carrément, le carafer avec énergie pour qu’il soit présent de suite mais en prenant son temps, ça marche aussi.

Ce n’est pas mon kiff plus que ça: trop dans l’excès. J’aime pas les beaux parleurs, ceux qui racontent des salades pendant 107 ans pour peut-être placer une anecdote drôle et grasse. Je leur préfère les discrets, taiseux jusqu’à la saillie perçante qui surprend tout le monde, le trait d’esprit vivace que personne n’avait vu arriver. Ça, c’est ma came. Mais dans le genre démonstratif, Mogador est pas mal foutu.

Pour le dessert, parce que pour une fois, on avait bien envie de se lover dans un drap de sucre roux… Tokaj.

Le Tokaj, à ne pas confondre avec l’ancienne dénomination Tokay-pinot gris est un vin hongrois, une curiosité bourrée de sucre mais pas dépourvue d’acidité. Ce qui fait tout son… équilibre, bingo. Ici, avec quelques années de vieillissement au compteur (1991, j’avais 10 ans mes enfants) il est pas loin de faire très très plaisir. Tout abricoté, plein de miel, il est encore un peu trop embarrassé peut-être par son sucre, on le préférerait (je) un poil plus dépouillé, moins rococo. Mais c’est une jolie façon de conclure.

Quilles victimes: Cuvée de garde 2003, vin du jura, Ganevat

                              Château Simone 2001, Palette

                               Clos Mogador 2000, Priorat

                                Chateau Pajzos, 1991, tokaj aszù 4 puttonyos

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