Bacchus et Jay et moi*

COUV BACCHUS*quoi, ça te choque le triolisme? Ca va, ho, c’est uniquement littéraire.

Si on me lit souvent il n’est pas difficile de deviner que j’aime presque autant les bouquins que les vins. Si on me connait encore mieux, on sait que j’ai une espèce de marotte pour la littérature américaine, et quelques auteurs en particuliers. Ha, Philip …  Charles… John… Ha Brett… et puis haaa, Jay.

Que des hommes oui, si les nanas savaient écrire, ça se saurait.

J’ai donc, quand j’aime, la fâcheuse habitude de vouloir tout m’approprier: et donc de dévorer le moindre bouquin de l’auteur favori. Un peu comme si on voulait goûter toutes les cuvées d’un vigneron, dans tous les millésimes, pour en percevoir les plus infimes nuances et retrouver à chaque fois son goût, celui qui n’est pareil à aucun autre.

Jay McInerney, NYC, 13th Oct.2006

crédit photo: David Howell

J’avais entendu parler de la passion vineuse de Jay Mc Inerney, et vaguement aussi laissé trainer l’oreille quant à un bouquin reprenant pas mal de ses observations, démonstrations, anecdotes diverses sur le pinard. Ne trouvant nulle part de version française, j’avais laissé tomber: je l’avoue, j’adorerais pouvoir lire directement dans la langue de l’auteur mais je suis trop paresseuse par essence (tu as la ref?).

Anybref.

Et puis paf, un mail.

« ça vous dit de recevoir les épreuves non corrigées de Bacchus et moi par Jay Mc Inerney? »

Grave à mort que je kiffe, zyva aboule!

Exagération épique, hein cher lecteur, j’ai usé d’un langage beaucoup plus châtié pour répondre.

Sans signer « amitiés oenophiles » ou « bacchiques » ou « viticoles », j’ai de la dignité merde (les gens qui font ça mériteraient d’être immergés dans une cuve de Tariquet avec du Christophe Maé dans les oreilles ou à défaut des cris de chat qu’on châtre, ce qui est sensiblement pareil).

Donc, je me retrouve avec ledit bouquin.

nc

sobre, c’est ça les épreuves non corrigées

C’est bizarre, des épreuves non corrigées pour ceux qui ne savent pas de quoi il s’agit. Genre moi, il y a quinze jours. C’est un livre réduit à sa plus simple expression, donc. Pas de couverture toute douce sous les doigts, ni de photo, ni d’illu, ni de blabla. Non. Du blanc, un titre. That’s all.

Pour faire une analogie avec le pinard, c’est un peu comme les tirés de cuve. Une étiquette provisoire, à l’arrache, parfois celle de l’année d’avant millésime barré au bic, et corrigée à côté.  Brouillon, ou spartiate selon les points de vue.

Ceci dit, l’important c’est ce qu’il y a dedans: puis, j’avoue, on se sent un peu privilégié quand on goûte en avant première. Y a une tension, une attente. On sait que c’est pas tout à fait carré, fini, ça peut trembler un peu, être un poil fragile et quelque part, y a une émotion particulière, impalpable, fugace mais réelle.

Trêve de digression, revenons au bouquin.

Je m’empresse de mettre un terme à tout suspense: j’ai adoré.

D’abord, c’est merveilleusement bien écrit, avec l’élégance d’un Bond qui prendrait la plume (et ce plaisir de lecture tient sans doute aussi  à la traduction, coucou Sophie, j’imagine ce que ça doit être comme taf).

Ça se lit très vite, ou en prenant son temps en fait c’est bien comme on veut: puisqu’il s’agit d’une série de petites chroniques, on peut les enfiler toutes à la suite, ou s’en garder une ou deux par jour. Moi je sais pas faire ça, je suis trop gourmande.

C’est bourré d’humour. De l’humour qu’il est fin, hein, pas du LOL à gros sabots comme ici.

Et de petites phrases merveilleuses. Genre:

Comparé au tango torride du malbec, le merlot est une valse

Joli, non?

Ce qui ne fait pas tout; non, le vrai intérêt, c’est d’apprendre plein de choses. Surtout si tu es une quiche en Bordeaux, et que  tu confonds toujours un peu qui est qui dans les « grands châteaux » (confession ultra-intime, oui ça me passe au dessus de la tête). Et pour nous, francophiles, francophones et parfois un peu trop franco-français c’est aussi l’occase de se faire un petit panorama « vins amerloques ».

Alors oui, c’est plutôt axé « grands vins » mais ça ne veut pas dire qu’il ne parle que de ça. Plutôt régions classiques et « nouveau monde » mais avec quelques incursions ailleurs. Ce qu’on lit aussi, c’est le plaisir, le partage, les fins de soirée qui s’éternisent, la découverte et pour reprendre un concept à cinq têtes, des « tronches de vin ».

Ce n’est pas un guide, plutôt un instantané de certains vins et  de certains gens du vins. Y aurait beaucoup à en dire mais à titre perso, je déteste les gens qui racontent trop les bouquins, après on perd un peu le bonheur de les déflorer.

Puis un mec qui parle d’ amarone comme ça, ça ne peut qu’être un type bien (oui, dans mon échelon personnel des gens bien, ceux qui aiment l’amarone sont presque tout en haut. On top of the pops ceux qui le partagent avec moi)(bouteille à la mer, mon anniversaire étant dans neuf jours, hum hum).

Donc, le 3 octobre -c’est pas dit au hasard, c’est la date de sortie officielle- tu prends tes sous, ton grand sourire.

Tu vas voir ton libraire préféré (si tu n’en as pas, trouves-en un d’urgence, c’est comme un caviste préféré, indispensable) et tu lui demandes « Bacchus et moi » par Jay Mc Inerney aux éditions de la Martinière.

Tu lis. Tu kiffes. Ouais?

De rien, ça me fait plaisir.

PS: pas d’inquiétude, il ne faut pas du TOUT être master of wine pour comprendre le bouquin, c’est franchement très abordable pour le néophyte, même si ce n’est pas un bouquin d’apprentissage au sens pur. Go, donc pas de fausses excuses.

Edit:

Bacchus et moi constitue une somme des trois recueils publiés aux USA, somme établie par Jay McInerney qui a souhaité ne garder pour le recueil français qu’une chronique de son recueil de 2000 (Bacchus and me), une dizaine de son recueil de 2006 (A Hedonist in the cellar) et l’intégralité de son recueil de 2012 (The Juice).

 

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6 réflexions sur “Bacchus et Jay et moi*

  1. Ouais. Bon. J’hésite à être un peu ou carrément très. Jaloux, j’veux dire.
    Cela posé sur ce fil de commentaires telle la bouse dans la prairie, je tiens à préciser que l’analogie foireuse entre cépages et danses est un classique du genre. Moi, j’ai entendu mieux dans la bouche d’Angelo Gaja, le Piémontais connu. Il comparaît le cab-sauv à John Wayne et le nebbiolo à Marcello M. Sans qu’on doute où allait sa préférence.

  2. Ca donne envie!! Il a écrit 2 autres bouquins sur le vin. Des avis? Je suis aux Etats-Unis en ce moment donc même en VO je suis preneur. Merci 🙂

  3. Pingback: Jay McInerney chez Legrand
 | My Bettane+Desseauve

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