VDV#60: AQUI sonne le glas?*

clo

*oui on sait que c’est pour. Connard d’Hemingway, va.

David, je sais qu’il blogue. Je sais aussi qu’il torture des petits enfants  est instit’. Non, pas comme Gérard Klein. Enfin, j’espère.

Pour les gosses.

Qu’il est mon cadet de deux mois, et donc me doit le respect (et pas reprendre mes tournures bizarres de phrases, je suis flamande je ne parle pas votre langue merde).

Je sais aussi qu’il a une légère tendance à la monomanie et que quand un domaine lui plaît, il en parle sans arrêt. Une pipelette du sud, nous voilà bien.

Forcément, quand j’ai eu une bouteille d’Es d’aqui entre les mains, je l’ai poké, twitté, facebooké (car nous sommes jeunes, et modernes, nous sommes hypers-communiquants). Et très vite, sans se concerter a germé dans nos cerveaux malades géniaux l’idée d’un billet commun ping-pong.

« Viens, on fait les VDV ensemble: toi, moi, la grenache et on confronte nos dégustes, dans un billet à quatre mains?

Okay, mais je te le dis tout de suite, ça sera plutôt du « billet à quatre doigts » parce que moi, je ne tape qu’à deux ».

HAHAHAHA, le boulet !

Pour ne pas nuire à ma légende, je n’indiquerai pas que moi aussi, en fait.

(c’est un drame, je n’ai aucune coordination, passons).

Le thème des VDV, choisi par Guillaume,  est Oxygène. Un autre loustic que ce blogueur,  taquin comme il faut. Oxygène… Oxygène… est-ce que j’ai une gueule d’oxygène? Le premier truc que ça m’a évoqué, c’est Jean-Michel Jarre (va comprendre les ramifications bizarres de mon cerveau).

Je n’y pensais plus, je l’avais bien remisé dans un coin de ma tête jusqu’à ce que naisse cette idée de billet commun. Et il se trouve que -génie- on colle au thème comme une moule à son rocher. Déjà quand tu joues à écrire à deux, il s’agit de ne pas manquer de souffle, ni d’air. C’était trop facile d’aller chercher les oydatifs, et encore plus le bol d’air que tu prends à aller dans les vignes.

Nous ne sommes pas des gens faciles.

Le vin et l’oxygène sont intimement liés, d’une façon qu’on oublie souvent, et on verra à la fin de ce billet que rien ne sert de vinifier, il faut oxygéner à temps. Enfin, un truc dans le genre. Mais j’en dis trop, déjà.

Alors go?

Go!

La bouteille en question: Es d’aqui, Grenache 2011, vin de France.

(pour faciliter la lecture, David parle en italique, avec sa petite gueule à droite. Le reste du temps, bah c’est moi. Oui, c’est ma tronche à gauche, dieu que vous êtes sagaces)

IMG_20131023_112549Alors toi, David je sais que tu le connaissais. Mais moi, c’était une première: à part le fait que c’est une grenache, je ne savais pas beaucoup de choses sur ce pinard. Du coup, je me suis laissée porter, et bon… C’était très surprenant. Le nez te laisse à penser que ce sera très léger funky. Cindy Lauper en fluo qui se déhanche un peu gauchement. Et en bouche c’est noyau d’olive et densité vachement plus Patti Smith. Rock. Intense. De l’intention et de la profondeur. Du rythme.  J’aime … Est-ce très facilement identifiable de sa région ? Non. Ça me gêne pas  ceci dit. C’est  gourmand sans tomber dans trop de facilité. Y a quand même du vin et du très bon.

IMG_20131023_112449

Ma chère Sandrine, quand la Belgique s’étend à tâtons sous le soleil du Sud de la France, je dois dire que le premier réflexe n’est pas forcément de passer de la crème solaire. Convivialité sudiste oblige, un ch’ti canon de chez nous sert de révérence et je suis bien content que ton juke box n’est pas tourné en boucle sur la Misère de notre Coluche national. Moi même ce midi, en ouvrant ce grenache, je m’en partais sur les chemins, retrouver la poigne joviale du père Pinto. Une générosité que j’avais tant appréciée lors de notre visite et que l’on retrouve, une fois le museau dans le verre. Un cotillon dans le naseau, mais le sérieux d’une boule à facettes en bouche ! Du beau boulot, gourmand comme tu dis, et généreux, une sorte de tube de l’été qui passera l’hiver…

IMG_20131023_112549Et après ouverture t’as le même souci que moi? Un peu plus d’une heure et demi après le vin est imbuvable. Chiant.  Et ça m’ennuie d’autant plus que c’était hyper bon au départ. Puis pfiouttt. Envolée l’olive, plus de fruit, juste un machin aigre et pauvre. Moche.  Pour résumer j’ai carrément l’impression qu’on est sur autre chose que du vin classique on-va-pas-redéfinir-le-classique-là-on-n’a-pas-le-temps-mais- imaginons-folie-du-vin-qui-tienne-dans-le-verre.  Je peux dire vin éphémère? C’est un joli vin  durant une heure et demie. Avec un pet de gaz à l’ouverture qui s’évacue très vite. Du fruit et pas de défaut. Mais après 2h ouvert c’est mort. Oxydé, maigre, plat.

IMG_20131023_112449

Comment te dire… Avec ce vin, j’imagine ressentir la même chose que l’inventeur de l’escalator, le jour où Michael Jackson a fait un Moonwalk pour la première fois. L’esthétique de l’inutile, le mec qui se pomponne deux plombes avant de se faire refouler à l’entrée de la soirée de sa vie. Car il vrai qu’il est difficile de légitimer le fait qu’un vin, ambassadeur de la convivialité aux quatre coins de France, puisse se casser les dents sur la dernière marche de l’escalier menant au bonheur… Mais après tout madame Pinardothek, ne serait-ce pas une forme d’expression ? Celle d’un plaisir fugace, qui à l’instar d’une bonne blague, s’épanouit dans la furtivité de ses mots ? Car, il faut bien l’avouer, en ce moment même, après 3 heures d’ouverture, mes lèvres trempent dans un levain liquide, en quête de cette olive charnue qui me faisait de l’œil…

IMG_20131023_112549

Héhé. Pas mal le coup du moonwalk. Moi j’allais te faire une métaphore plus… Éloignez les enfants. Bon, c’est fait?

C’est des préliminaires de feu, timing parfait, sensations parfaites, ça grimpe, ça chauffe, et puis bardaf! D’un coup, ça ne bande plus. Alors, je veux bien jouer les compréhensives, mais merde quoi. Déception légitime.

C’est un semi-ratage pour moi ou une demi-réussite. Ça ne dérangera pas les glouglouteurs, tu sais les mecs qui enquillent sans sourciller le pinard à peine débouché. Mais moi ça m’ennuie. J’attends un peu de tenue, mon côté old school, sans doute. J’ai peut-être pris de mauvaises habitudes, mais en général, j’ai tendance à boire des vins qui s’améliorent à l’air. Avec le temps. Là, c’est comme si on avait dégoupillé une grenade et qu’on te la foute dans les mains: t’es obligé de la liquider vite fait. Je déteste cette impression là, d’être otage. De ne pas pouvoir décider comment je vais boire: sur une soirée, ou même sur deux jours si je veux. Pas envie de faire une heure d’apnée.  Et puis, ici bon on peut le dire: je suis sur la béquille. Ce n’est pas marrant.

IMG_20131023_112449

T’as sûrement raison, et puis le côté vieux jeu, ça nous connait, regarde où on en est rendu ? Faire un duo pour se renouveler… Mais excuse mes œillères, moi j’ai envie de retenir le sourire friand, cette première impression divertissante, laissé par un jus maladroit et charmeur. Dans un pays où l’humour est souvent relayé au rang de sous-culture, j’ai envie de clamer haut fort que ce vin est une belle galéjade, géniale et spontanée, excusant par la même son emprunte fugitive. Des bons mots mis en bouteille devraient pouvoir profiter au plus grand nombre, la précarité de leur tenue nous poussera peut-être exaucer ce vœux au prochain coup de tire-bouchon ?

IMG_20131023_112549

C’est un vin qui vit, c’est sûr. Avec ses inconvénients. Faut voir si on veut faire avec ou pas. Les circonstances actuelles font que je ne bois pas vu que j’allaite. Donc c’est mon partner qui, moi je goûte et crache. Dans ces conditions là, même si c’est un grand garçon difficile de torcher la bouteille … Et encore moins de l’achever le lendemain: elle a fini à l’évier. Dieu sait que je déteste ça, gâcher du vin.  J’ai beau avoir de l’humour, je me dis « tout ça pour ça? ».  Se faire chier  Fournir des efforts répétés à la vigne et à la cave autant de temps pour un plaisir intense mais si fugace? Non, je n’achète pas comme dirait le célèbre philosophe. Un vigneron m’expliquait que ce soufflé qui retombe, c’est assez caractéristique des vins pas assez au contact de l’oxygène. Je veux bien le croire: j’aurais bien fait un peu de provoc’ sur le côté nature de ce jus qui le rend plus fragile, mais justement ça n’aurait été que de la provoc’. Ça parait logique qu’un vin non familiarisé avec l’oxygène réagira bien plus fortement qu’un autre qui lui l’aura été quand il sera mis en sa présence. . L’oxygène… Bah oui, tiens, pour faire du vin, il faut du beau raisin, du vigneron motivé, et de l’oxygène…

IMG_20131023_112449

Du beau raisin ? Il y en a. Du vigneron motivé ? Certainement. Reste l’oxygène… On en manque tous un jour, ainsi pour rebondir sur ton premier jugement rock n’ roll, ce grenache sera mon Jimi Hendrix, mon Kurt Cobain ou ma Janis Joplin : tous partis trop tôt, mais la jouissance au bord des lèvres. À nous d’en profiter, de boire, d’écrire la suite, avant que l’air ne vienne à faire défaut…

Publicités

7 réflexions sur “VDV#60: AQUI sonne le glas?*

  1. C’est bien votre truc à quatre, six ou huit doigts, mais JMJ, là, y’en a vraiment marre ! 😉 Il a tellement gonflé les générations avec son oxygène que je ne vois pas ce qu’il vient foutre dans ces billet de jeunes… Encore une fois, bravo à vous deux ! Mais ne recommencez plus avec Jeanmimi 🙂

  2. Meme pas une petite blague sur le nombre de doigts utilisés pour faire ce billets … tout se perd. Mais heureusement, j’ai la solution à vos problèmes :  http://bepo.fr/wiki/Apprentissage, quelques semaines et votre vie aura changé !

    Moi j’ai un autre soucis avec ces vins éphémères, j’ai toujours l’impression d’avoir raté «la» gorgée. Faut attendre un peu, mais pas trop, mais nan ce sera mieux pans 30mn j’te dis, moui mais … Alors qu’avec 300mg de so2 là dedans ! (la porte ? soit.)

  3. Pingback: VdV #60 : le compte-rendu | Découverte Vins

  4. J’aime beaucoup cet article, joli travail à quatre mains. De plus, ça permet de (re)montrer que l’appréciation du vin reste personnelle, et ça j’aime bien.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s