Lettre à France*

*non, je déconne et puis c’était déjà pris, et puis là, en plus elles sont deux, mais personne à ce que je sache n’a jamais écrit de chanson sur « Laurie et Nicole », excuse my digression.

Très chères Laurie et Nicole,

Permettez que je vous tutoie, au nom de la grande fraternité sororité qui nous unit? Oui, femmes nous sommes, sœurs donc quasi, puisque nous avons la joie de pouvoir enfanter, grâce à notre utérus. De pouvoir porter du rouge à lèvres. Et de séduire des hommes. Certaines vous diraient que c’est un peu léger comme définition de la femme, mais après tout ça nous va si bien, la légèreté.

Non?

Allons.

D’abord un grand merci, et un gros kiss, Laurie et Nicole: vous m’avez redonné l’envie d’écrire sur ce blog. J’avoue que depuis quelques jours, je me demandais si ça avait une utilité, sans doute une petite dépression hormonale, ou l’automne, avez-vous remarqué d’ailleurs; les chagrins d’amour comme les feuilles qui tombent, ou les serviettes sont des fatalités périodiques.

Bref.

Merci.

Parce qu’une amie bien intentionnée m’a mis ça sous le nez.

femmestruffes

Et qu’après avoir ri 5 bonnes minutes (il faut avouer qu’un guide « vins pour les femmes » qui sort en même temps qu’un manuel de la truffe c’est une coïncidence tout à fait cocasse) j’ai exploré l’objet.

Je n’ai pas été déçue.

Le titre, l’illustration, le concept.

Vraiment, vous devez être des génies les meufs ou avoir lu beaucoup de magazines féminins.

Apprendre le vin comment on apprend à séduire un homme: brillant.

(mes copines lesbiennes ou asexuelles, ou whatever vos préférences qui sortiraient d’un cadre 100% hétérosexuel  pardonnez-leur mais vous, vous ne saurez pas. Z’avez qu’à aimer la bite l’Homme quoi).

J’ai tiré sur mon décolleté, et refoutu du rouge à lèvres pour me mettre en condition (et passé 10 minutes à corriger le tir, l’énervement sans doute, ma main tremblait un peu).

Et maintenant je sais pourquoi 95% des blogueuses vins écrivent avec leur pieds: les mains sont occupées par le rouge à lèvres et le miroir.

(quoi? Moi aussi je peux faire des généralités cons, n’est-ce pas?)

Ma main tremblait donc, il  faut dire que j’étais déjà un poil irritée par Bernard.

bernard1bernard2

Parce qu’elles ne savent pas lire, voyons, pourquoi crois-tu chéri qu’on fait des livres de cuisine illustrés?

Alors toi, Laurie, et toi Nicole, vous avez débarqué dans ma boite mail comme des règles pas prévues: ça a débordé.

GuideFemme

Je ne sais pas si je m’attarde sur la couverture, une femme seule penchée sur son verre, laissant peut-être entendre comme on me l’a suggéré sur Twitter que cette femme noie son chagrin de ne pas avoir trouvé d’homme dans le pinard.

Je t’accorde le bénéfice du doute, Laurie, car tu m’as habituée à bien pire.

laurie

Je me souviens de tout, c’est horrible.

Je t’aime bien Laurie au fond (ce portrait aura fini de me convaincre, toi , ta bouche de poupée et ta peau yaourt (sic) qui porte des caisses a imprimé sur mes rétines une persistance charmante. Et sans porter de bikini, bravo)

Tous ces efforts que tu fais, en plus d’exercer ton métier d’homme en gardant un brushing impec pour distiller à la femme ton savoir m’épate.

Nicole, pardon, je te connais un peu moins. Mais lire ceci et apprendre que tu fais « des livres pour décomplexer ses amis débutants, effrayés par le vocabulaire culinaire et les listes d’ingrédients aux noms mystérieux » m’a ravi. (Ils regardent pas Topmasterchef tes amis, poulette? Bon).

Je me suis penchée sur la bête (ceux qui lisent dinde sont de fieffés coquins).

Et donc, donc…

Vous êtes une jeune femme, bien sous tous rapports.

Vous cherchez l’homme le vin idéal : racé, élégant, généreux, riche,

puissant, vif, nerveux, classique, exubérant, souple, complexe, bril-
lant, rond, fin, subtil, beau, bon, mûr, jeune, nature, franc…

(rayer éventuellement quelques mentions inutiles ou contradictoires)

pour :

– l’accompagner dans les dîners en ville ;

– partager des nuits d’ivresse* ;

– étancher sa soif de plaisir** ;

– découvrir son château ;

– le marier avec des plats délicieux ;

– bien vieillir ensemble…

Je checke mon utérus, et je vais installer des miroirs partout, histoire de checker aussi cette histoire de « sous tous rapports ». J’avais plus rien lu d’aussi débile depuis les paroles de la chanson Millésime de Pascal Obispo.

tip

BIEN FAIT POUR VOUS, SALETÉ DE MECS. RAQUEZ MAINTENANT.

Oups.

Continuons.

Je vous en file encore où la mooncup est pleine?

Non, parce que ce serait dommage de rater les chapitres « il emménage chez vous », « présentez-le à vos amis » ou « les toys pour jouer avec lui ».

Franchement les nanas, pour avoir montré une telle constance dans la métaphore filée et dans l’humour, bravo.

Ce bouquin aurait pu être une bonne vanne. Un délire d’un éditeur un peu macho. Ou le cynisme froid d’un mec/une nana qui aurait vu là l’occasion si belle de s’en mettre plein les fouilles, en surfant sur la vague du « les femmes osent avouer qu’elles n’y connaissent rien, contrairement aux hommes et à leur orgueil viril, jouons de facilité et utilisons le cliché des dindes hystériques célibataires ».

Je croyais qu’on étaient enfin débarrassées de Bridget Jones.

Parce que faire de la pédagogie non sexuée mais non dénuée d’humour, c’est plus dur (CMB).

Parce qu’aussi fou que ça paraisse, certaines femmes n’ont toujours pas perçu l’infantilisation induite par ce type de bouquins. En 2013.

Quitte à lire de la meuf, lisez-en au moins une bonne. Et remballez les sourires carnassiers, elle est mariée.

Finissons sur une note vineuse, voulez-vous?

wpid-1384461618606.jpg

Moulin de Tricot 1985, margaux … J’avais 4 ans quand ce vin est né. Fou.

Ce qui permet le mieux de noyer les chagrins d’amour, les chagrins tout court, et la neurasthénie de novembre, c’est de mettre à mort de vieux margaux.

Dans la pénombre, dans le silence (ou alors juste avec monsieur Eddy pas trop fort) voilà de quoi détricoter les nerfs en pelote, laisser couler les larmes le long du verre et relativiser. Le velours sur la langue réanime un à un les corpuscules. On est vivant. Du rouge, oui mais ni agressif ni revendicateur. Celui-n’a plus rien à fourguer que son âme, dénuée de tout fard. Profonde. Et on plonge avec lui dans des délices de douceur et de tendresse. Rien n’est vraiment jamais grave avec le temps. Les plus lourdes peines s’adoucissent, pour ne plus laisser qu’un souvenir ethéré et languide.

Tenez, les filles, voyez qu’on peut parler de vin avec poésie?

Je vous claque pas le bise, à cause du rouge.

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