S.A.V des quilles bizarres *

*Bizarre, vous avez dit bizarre?

Préambule: J’ai fichu des liens un peu partout. C’est fait exprès, ça renvoie à plein de billets « techniques ». Donc quand un passage parait obscur ou qu’on veut l’approfondi ou comprendre des choses: on clique, MAGIE DE NOWEEEL.

Les fêtes arrivent. Et donc, vous allez- oui même ceux qui ne le font pas trop habituellement- boire du vin. C’est comme ça, c’est la tradition, à Noël on fourre les dindes (heureux volatiles) et on choisit de bonnes bouteilles.

Sauf que.

Parfois, même si l’on a la chance d’avoir une belle et bonne cave bien fournie ou si on  a pris soin d’aller chez un bon caviste (à ce sujet, je vous renvoie à la google map pour les trouver, on y ajoute  mon pote Philippe « Le lieu du vin » )  la bouteille ne correspond pas aux attentes.

A l’évier?

Non, malheureux. D’abord, qu’est-ce qu’elle a au juste la bouteille?

– Elle sent le moisi, la poussière, le liège. En bouche c’est pareil. Je sais que les spécialistes diront que « le goût de bouchon » est détectable avec seulement le nez, mais quand on a un doute, vaut mieux s’assurer. Donc en bouche, c’est pourri, désagréable. Bingo: vous avez donc gagné la bouteille bouchonnée. Ce n’est pas grave, ça arrive. Mais là, je vous le dit tout-de-go: évier.

Non, on ne cuisine pas avec une bouteille bouchonnée. On n’en fait pas du vinaigre non plus, contrairement aux croyances bien ancrées pour faire du vinaigre il faut un vin sans défaut.

Caption #1

On prononce le décès, un R.I.P et on en ouvre une autre.

Il n’y en a pas d’autre? Erreur de débutant. Toujours prévoir une doublure cascade mes enfants. Toujours. (et si vous m’invitez un jour, sachez qu’avec une bouteille, on fait à peine l’apéro. Bref, à bon entendeur).

Petite astuce, si la bouteille a été achetée récemment, on la garde. Et on se présentera avec chez son caviste, qui logiquement devrait la remplacer gracieusement.

Le bouchon, c’est comme la panne sexuelle: ce n’est la faute de personne et ça emmerde tout le monde, mais il suffit de remettre le couvert. Avec un autre.

Gniark.

– Deuxième cas de figure, la bouteille psssshhhhhhtttt. Très bien la bulle, très festive. Sauf quand normalement on doit être en présence d’un vin tranquille. Sans bulles quoi.

Moins dérangeant sur les blancs que sur les rouges (quoique), le gaz carbonique qui s’invite quand on ne l’attend pas. Deux solutions:

Ou on attend bouteille ouverte que le gaz s’échappe tout seul, ce qui ne manquera pas d’arriver surtout si c’est un léger « perlé ».

Ou on carafe. On ne fait pas sa chochotte: on prend une grande carafe, on y verse le vin sans précaution (évidemment on préserve la nappe en lin blanc de belle-maman, sauf si on adore les crises conjugales). On peut même, oh shocking, secouer la carafe.

La méthode, la mienne est:

Placer la paume de sa main sur l’orifice de la carafe afin de la boucher.

Tenir fermement la carafe de l’autre main.

Secouer énergiquement, un peu comme Tom Cruise dans Cocktails.

Retirer sa main et la lécher. Non, je déconne, vous êtes dégueulasses: on essuie bien sûr sa main pleine de vin avec un torchon propre.

Attendre un peu.

Oui, il y a de la mousse, on dirait un peu du coca ou de la bière anglaise suivant la couleur. Ce n’est pas sale, son corps change.

Normalement, après ce traitement, le gaz est parti.

Comme on n’est pas des sagouins, on laisse au vin le temps de se remettre un peu de ces émotions.

Three times, ouhhhh It smells like a flower.

– Troisième cas: la bouteille ouverte, on verse dans les verres. Ce n’est ni poussiéreux ni moisi, mais ça sent le cul de cochon, le pet de lièvre, les roustons de sanglier marinés dans la boue, bref en un mot comme en cent: ça PUE.

Alors les vins qui puent, c’est comme la sodomie. Y en a qui y vont sans rechigner (j’ai des noms), d’autres ont besoin qu’on y mette un peu plus les formes. Qu’on adoucisse et prépare le terrain pour que ça glisse bien.

Si vraiment l’odeur est dérangeante, on ne se force pas. Tout le monde a des seuils de tolérance différents, le goût de l’un n’est pas le goût de l’autre, blablabla.

Là encore, la solution est relativement simple: la carafe.

Souvent -pas toujours mais souvent- ces odeurs moches sont en fait de la réduction. J’en ai déjà parlé ici. Là non plus ce n’est pas grave ni irrémédiable. C’est juste une réaction du vin, une sorte de crise d’ado. Et si l’on enferme un ado dans sa chambre il fait quoi?

Il écoute Nirvana/Marilyn Manson/les Beach Boys très fort en hurlant que ses parents sont des cons de réacs.

C’est ce qu’on veut? Non.

Le vin, il réagit pareil: alors que si on lui offre de l’espace pour se défouler, lui et ses longs membres acnéiques hop il se révèle.

Même méthode que pour la bulle: la paume, la fermeté, l’énergie, et le repos.

Suivant la brutalité du carafage, on peut constater un peu de mousse sur le disque. Pas grave, ça va partir. Et là encore, on lui laisse un peu de temps.

On beurre des toasts, ou on complimente sa chérie (ce qui pour être original demande un minimum de réflexion, bah oui).

Du coup, le vin respire.

Et il retrouve son côté fringant.

Si non, on le laisse dans la carafe et on ouvre autre chose. Je laisse toujours 24 h à un vin pour se ravigoter. Après 24 h, (48h  allez, mais c’est mon dernier mot) s’il est toujours désagréable, je le considère comme cliniquement mort.

Heure du décès, R.I.P, et on ouvre une bouteille pour se consoler.

C’est toujours trop triste un vin qui meurt, mais je suis très émotive.

– Quatrième cas: le vin est trouble.

On se pose la question: l’a-t-on beaucoup secoué? Si oui, on repose la bouteille calmement en douceur, les mains en l’air, je veux voir vos mains HO.

Il est POSSIBLE que ce vin soit très peu filtré, ou pas collé. Il est donc tout à fait PROBABLE qu’il contienne un dépôt. Mes chéris, c’est bon signe. Contrairement à ce que certaines gourdasses peuvent écrire dans le guide décrit ici, un vin trouble n’est pas signe d’un viticulteur dégueulasse, mais plutôt d’un vin vivant. Tout savoir sur le dépôt? Facile: là.

Il suffit donc de ne pas y toucher.

Le dépôt, tous les machins en suspension vont gentiment couler au fond. Et hop, en le versant doucement on devrait pouvoir éviter d’avoir dans son verre à boire et à manger.

Dans le cas des effervescents (oui, ça peut arriver surtout sur les pétillants naturels) on en prend son parti. Qu’est-ce que ça peut foutre au fond si c’est bon que le vin soit un peu trouble? Les esthètes de la transparence peuvent aller voir ailleurs, nous c’est le goût!

– Cinquième cas: le vin a viré de couleur.

S’il est devenu vert fluo, un conseil quand même: prenez des gants, prenez un sac plastique, mettez les gants, emballez la bouteille dedans, et allez vite vite vite vous dénoncer au bureau d’inspection sanitaire le plus proche.

Il était jaune pâle, il est passé à or? Si c’est un doux, gardé en cave, c’est plutôt normal. Si c’est un blanc sec, on ne tergiverse pas, on ouvre et on goûte.

Si le rosé brillant est devenu cuivré terne, on s’inquiète un peu mais surtout on goûte. Il est peut-être déjà trop vieux.

Il peut être très bon, ou au contraire il peut être devenu désagréable, maigre, océdar: il peut s’être oxydé. Attention, les phénomènes d’oxydation ne sont pas tous horriblement décevants. Y a la bonne et la mauvaise oxy. C’est quoi la différence? Ben…

Vous connaissez l’histoire des chasseurs?

Plus sérieusement, une seule règle: ne jamais s’imposer de boire quelque chose que l’on n’aime pas et qui nous est rédhibitoire.

(je dis ça, je dis rien, mais si vous n’aimez pas les oxy, je file mon adresse, je me ferais un plaisir de vous débarrasser, c’est cadeau).

Les rouges peuvent passer de rubis à presque orange pour les très vieux vins. Plutôt habituel sur des vins qui ont vingt ans, trente, ou plus. Si votre vin a trois-quatre ans, c’est moins normal.

On goûte, et si on n’aime pas on ne se force pas. Le vin a peut-être vieilli prématurément sans qu’on sache trop pourquoi.

Oui, j’avoue, même moi parfois je suis perplexe et je ne trouve pas toujours d’explications à tout: ça me coûte de le dire mais c’est comme ça.

Dans ce cas, plutôt que de jeter, et si l’on est bien sûr que le vin ne présente pas de défauts => vin pour les poires.

Ce qui est ma façon générique de désigner tout usage en cuisine (des cuissons longues, des marinades, un petit coup dans une sauce) ou vinaigrier.

Vous n’avez pas de vinaigrier à la maison?

Vous avez raté votre vie.

(En googlant un peu, les Internets regorgent d’astuces pour vous permettre de faire vos vinaigres maison: pas compliqué, peu onéreux, demande juste un peu de place et pas mal de patience).

Je vais quand même faire un petit point:

« Oui mais donc pour cuisiner je peux prendre un vin pas terrible, je peux même aller en grande surface chercher du litron à 1 euros cinquante ».

FOU, donc.

Gardons bien en tête que pour qu’un plat soit savoureux, il faut utiliser de bons produits de base. Meilleur le vin sera, mieux ce sera pour le plat. Si je suggère d’autres utilisations que l’évier pour les vins en moins bonne forme mais sans défaut, c’est parce que ça me brise le cœur de le jeter. Au pire, la cuisine c’est moins pire.

En résumé:

– Bouteille bouchonnée: on jette, ou on se la fait remplacer. TOUJOURS.

– Bouteille qui bulle: carafe!

– Bouteille qui pue: carafe, avec 24 h de répit s’il faut. Si au bout de 24 h ça pue toujours: on jette.

– Bouteille trouble: on laisse la bouteille tranquille, que le dépôt dépose. Surtout, on NE CARAFE PAS, inutile de la secouer plus.

– Bouteille qui change de couleur: services sanitaires pour cas exceptionnels, dans tous les autres cas, on goûte avant d’émettre le moindre jugement. Si c’est passé, on jette, pas terrible, ou pas à votre goût, ça peut finir dans le vinaigrier ou en cuisine.

Mes supers conseils  supplémentaires qu’on aura logiquement capté par déductions mais que j’écris noir sur blanc pour les sourds et les malentendants:

– Quel que soit le nombre d’invités, on prévoit toujours au moins une bouteille supplémentaire en cas de bouchon, de bouteille à carafer et à attendre, bref « d’accidents de quilles ».

carafe

Méthode éprouvée pour nettoyer les carafes: le trempage à la bière. IT WORKS

– On se munit d’une ou deux bonnes carafes. Avec de bons verres et un ouvre-bouteilles solide, c’est le minimum. Pas besoin d’investir dans d’autres outils technos et souvent superfétatoires. Si on n’en a pas, c’est le moment d’en mettre sur la liste au Père Noël. Faisez pas les cons, pensez au nettoyage. Les carafes très aplaties, c’est juste l’emmerdement total à nettoyer.

– On n’hésite pas à envoyer sa belle-doche / son tonton qui s’y connait vachement lire ce blog s’il se moque de vous/ prend un air choqué en vous voyant carafer.

J’ai tenté d’être exhaustive, néanmoins si votre bouteille présente une réaction bizarre non évoquée ici, n’hésitez pas à commenter. Je ferai une MAJ, ça sera utile à tous.

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18 réflexions sur “S.A.V des quilles bizarres *

  1. Très joli billet, merci ! Quelques suggestions amicales :
    – Les précipitations tartriques (à mettre avec la rubrique dépôt ; aucune incidence sur le goût) -> on goûte !
    – Le « goût de lumière » (beaucoup plus rare, odeur de champignon) -> rien à faire -> retour caviste, non ?
    – Un vin « vinaigré » -> rien à faire -> retour caviste, non (en fonction de l’âge de la bouteille) ?
    – La « maladie de la graisse » (beaucoup plus rare, vin comme de l’huile ; aucune incidence sur le goût) -> on goûte ! (et/ou passage à l’air, violent)
    Just my 2 cents
    Vincent
    P.S. : – Un vin réduit même après 24h -> retour caviste, non ?

    • Le tartre j’en ai parlé dans le billet dépôt. La graisse ou l’huile jamais rencontrée en quatorze ans de déguste intensive. Piqûre acétique ou maderisation comme ça n’apparaît pas en général de suite ben le caviste …m’étonnerait qu’il reprenne enfin ça se tente. Quant à la bouteille imbuvable après 24 h c’est sans doute pas de la réduction mais un défaut

  2. Merci pour le post! J’ai récemment ouvert ‘Le rouge qui tâche’ de Lassolle bon au dernier moment certes c’était pas malin mais 24h après la réduction était à peine passée.. Il a fallu lui laisser facile 2 jours pour qu’il s’ouvre et s’exprime enfin! Je ne connaissais pas le cépage abouriou mais ma patience a été récompensée, belle surprise! (au final)

  3. Pour l’Abouriou, y’en a aussi dans le Muscadet, domaine Haut Planty. Et je confirme que certains vins nécessitent aussi au minimum 48h de carafe. Je plussoie aussi Vincent pour la graisse, faut être ferme, limite facepalm, mais ne pas se laisser faire, non mais !

  4. dépôt au fond de la bouteille : si ce sont des lies fines (Pacalet, Follador), je remet en suspension, sinon celui qui a le dernier verre est outrageusement favorisé…..

    si c’est un vilain caca grumeleux violacé ou brunâtre, je fais cadau de mon verre à neunologue….

  5. Salusalut.
    J’ai ouvert récemment un côte-rôtie de Lafoy qui était acide (pas vinaigre, mais aigre), médicamenteux style aspirine, tous arômes partis, j’en pleure encore ..
    C’est surtout le côté pharmacie très poussé qui m’a étonné.
    Qu’est-ce que ça pouvait être, docteur ? Une affection connue ?

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