Da dou rhône rhône *

*c’est pas moi, c’est Baudouin

Il faut que je vous parle de Rhône.Je ne sais pas pourquoi j’ai tardé autant. Je ne sais pas pourquoi j’écris si peu sur cette région. Sans doute parce que je l’aime trop.  Qu’à l’instar des plus grands amours, on a envie de la garder pour soi, nichée, secrète.

Mais il est temps de la partager un peu.

Ha les délices rhodaniaaaaaaaaaaaaa, rhodaniens.

Commençons par des choses évidentes: les vins du Rhône sont une sorte de Janus. Double face, double visage. L’un au nord, où la syrah règne en maître quasi exclusive. L’autre au sud, où les assemblages rivalisent d’inventivité et de gouaille.

Ça pourrait être aussi simple, sauf que vous vous doutez que non.

Le vin qu’on le veuille ou non, est une chose complexe. On peut tenter de le rendre abordable, par tous les moyens imaginables, mais il reste une foule de choses subtiles et impossibles à simplifier. Tentons-le tout de même, un peu.

Au commencement était l’eau. Comme dans un paquet de vignobles. Le Rhône donc. Parce que la proximité de l’eau offre un avantage non négligeable pour le transport du pinard, entre autres choses. Au niveau climatologie, c’est pas mal non plus, par exemple, mais ne grimpons pas à l’échelle tout de suite.  Le Rhône est rudement bien fichu. Pile poil entre sud et nord: y commercer puis y planter des vignes et s’y installer est top niveau stratégie. Peu à peu, le vignoble s’organise, au fil des siècles, pour donner la version moderne qui s’étend de Vienne (pas celle des valses, las) à Avignon (les papes, le pont). On trouve des mentions de « côtes-du-rhône » dès le dix-septième siècle, l’AOC (maintenant AOP) officielle nait en 1937.

Pourquoi la vigne et pas autre chose? Parce que le vin c’est la vie?

Aussi. Mais parce que souvent, les gens ne sont pas des moitiés de cons. Et qu’il n’est pas nécessaire d’avoir dévoré l’intégralité de la bibliothèque d’Alexandrie, Alexandra, ha pour comprendre, observer et appliquer. Belle exposition, région tempérée, au sud les cailloux qui permettent de conserver la chaleur emmagasinée pendant la journée pour la restituer la nuit, bref les mecs ont simplement fait preuve de jugeote.

Mais trêve d’introduction (dit la jeune mariée) et passons au vif du sujet:

Les vins du Rhône sont classiquement divisés en septentrionaux et méridionaux.

Au nord, mis à part les corons on trouve les appellations:

  • côte-rôtie
  • cornas
  • condrieu
  • chateau-grillet
  • saint-joseph
  • saint-peray
  • hermitage
  • crozes-hermitage

Avant de les explorer, un mot sur LE cépage emblématique du nord: la syrah. Le ou la, selon. J’aime bien lui accorder du « la », vous ne m’en tiendrez pas rigueur.

L’arbre généalogique complet le plus plausible pour la syrah: fille de la mondeuse blanche et de la dureza, demi-soeur du viognier, nièce du teroldego et  arrière-petite-fille du pinot. Partouze de cépages, moi je dis.

La syrah fait partie de la famille des sérines (avec la roussane, la marsanne, et bien sûr le viognier et les mondeuses). La serine, ou serine noire est aussi une syrah mais d’une variété clonale plus ancienne. Et tant qu’on est dans les homonymes et les faux amis, attention: la petite syrah est le plus souvent du durif (un cépage issu de la syrah, mais pas une syrah). Pour en savoir plus sur la syrah, un point ici.

On n’est pas censé avoir de cépage préféré, mais j’avoue que la syrah, sa bouche souvent épicée, ses textures veloutées, son caractère m’ont fait plusieurs fois vibrer. Elle est présente en rhône nord dans les appellations hermitage, côte-rôtie, crozes-hermitage, cornas et saint-joseph. Si les premières sont relativement onéreuses (un demi-bras d’enfant à un bras selon la réputation des domaines), les suivantes sont coûteuses mais encore payables.

Est-ce que ça vaut le coup d’une fois goûter des côte-rôtie? Bordel, oui! Des hermitages? J’en sais rien, je n’ai pas encore eu cette chance.

On se fait en tous cas très plaisir avec des crozes comme celui-ci, déjà.

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Les rhônes rouges du nord admettent dans certaines proportions des cépages blancs en sus de la syrah.  Tous les domaines ne le font pas mais on peut tout de même savoir que si côte-rôtie admet jusqu’à 20% de viognier, le cornas ne peut-être qu’issu de la syrah, tandis que crozes, hermitage, et saint-joseph tolèrent eux de la roussane, de la marsanne, voire les deux.

Pourquoi? Ha ben parce que c’est comme ça, tiens!

L’explication, peut-être pas la vraie, mais elle me plaît: les syrah trop concentrées et puissantes gagnaient à être « adoucies » par un poil de cépages blancs, fleuris, délicats. Un peu comme un mec trop rustre gagne à fréquenter de douces vierges.

bwahahahahaha

Veuillez m’excuser, nous reprenons le cours de nos émissions.

Donc, je vous ai dit ou pas que les rhônes nord c’était le plus easy?

Je vous le dis.

Le lecteur sagace aura remarqué l’oubli (volontaire) de chateau-grillet, saint-peray et condrieu. Ce sont des appellations de blanc et uniquement de blanc:

Chateau-grillet et condrieu sont les complices (parfois sublimes) du viognier, tandis qu’à saint-peray (où l’on coince volontiers la bulle), c’est marsanne et/ou roussane. Crozes, hermitage, et saint-jo  respectent le même encépagement en blanc que saint-peray.

Pfiou là.

Marsanne, roussane et viognier qui sont les cépages blancs apparentés à la …

Bingo, à la syrah.

Truc de ouf comme tout est lié, tout est en ordre, et les vaches bien gardées.

Avec quoi sert-on les rhônes nord?

Avec un verre c’est bien. Plus sérieusement, les rouges adorent les viandes, vous vous en doutez. Plutôt du bœuf que du veau, plutôt un beau gigot d’agneau que du porc. Les blancs de viognier sont splendides sur les saint-jacques ou un beau poisson. Ceux de marsanne-roussanne se vautrent de bonheur avec volaille et veau. Pour tous, la même recommandation: un beau produit, travaillé simplement mais justement. Pas besoin d’artifices: les vins sont beaux nus, ou presque.

Au sud… au sud, c’est le brol comme on dit chez moi.

C’est là qu’on se dit qu’ils auraient bien étés malins de s’inspirer de la bourgogne, ça aurait été moins le foutoir.

(just trolling)

Au sud, on trouve de tout: les appellations côtes-du-rhône et côtes-du-rhône-villages bien sûr avec ou non mention de village (comme Valréas, Chusclan, Saint-gervais), des appellations locales (équivalentes à celles du nord): rasteau, lirac, tavel (uniquement en rosé), vinsobres, gigondas, vacqueyras, beaumes-de-venise et chateauneuf-du-pape.

Mais encore dans la drôme brézème, les die (coteaux, crémant, clairette, et châtillon-en-diois), grignan-les-adhémar. Dans le Gard les costières-de-nîmes et clairette-de-bellegarde, les côtes-du-vivarais (un peu à cheval sur l’ardèche). Dans le Vaucluse, les appellations ventoux et lubéron.

Et qu’oublie-je?

Les doux.

D’où le titre da doux rhône rhône, suivez un peu, zut!

Plus spécifiquement les doux naturels (rappel ici): muscat-de-beaumes-de-venise et rasteau.

Re-gros soupir. Que cette énumération ne vous fasse pas peur.

On va tout reprendre, avec moult anecdotes.

Vous êtes même autorisés à laisser ce billet, à cet endroit, et à le reprendre plus tard car dieu que c’est long, déjà. J’en ai les doigts tous fatigués.

Surtout que je ne tape qu’à deux. Doigts.

Mais je digresse, anybref.

Les côtes-du-rhône (CDR pour les intimes) couvrent plein d’hectares (44000, environ). Existent en rouge, blanc, rosé, et utilisent pléthore de cépages (bourboulenc, clairette, grenache blanc, marsanne, roussane et viognier sont les mamelles principales du goût du blanc et le grenache noir le principal pourvoyeur de rouges… Seulement on trouve un paquet de cépages annexes, dont la syrah. Y a pas de Thierry, Hazard)

Les côtes-du-rhône-villages sur une aire d’appellation un peu plus restreinte, utilisent peu ou prou les mêmes cépages pour les mêmes couleurs: ils sont censés offrir des vins plus qualitatifs.

Pour les côtes-du-rhône-villages+mention de village, c’est carrément le top of the pops pop pop popopopopopo. Mais ne sombrons pas dans le scato, on s’était bien tenus jusque là.

Les locales sont censées offrir la crème de la crème des appellations. Censées, j’insiste. Vous savez maintenant sans doute que si l’AOP est un repère, elle n’est pas toujours là où se niche les meilleurs vignerons, blablabla.

Chateauneuf, la plus connue d’entre elles est une appellation d’assemblage. Ou pas. En tous cas on a le droit à 13 cépages (un peu comme les 13 desserts, ou les 13 apôtres… ha ben non) pour l’élaborer. Doit-on refaire l’historique, cité des papes, dénomination chateauneuf-du-pape adoptée grâce au lobbying du propriétaire du chateau La Nerthe peu avant 1900 et AOC (maintenant AOP) obtenue en 1936?  Je vous l’épargne. On y trouve des rouges longs en bouche et de moins connus blancs. Je crois bien que Beaucastel vieilles vignes en blanc fut le plus beau vin de la soirée d’anniversaire de mes 20 ans (ça date) et il est resté longtemps un de mes plus beaux souvenirs de blanc.

Beaumes-de-venise est une appellation de rouge. Et elle est bien rhodanienne. Il ne s’agit pas comme je l’ai déjà entendu de vin italien. Anecdote tout à fait véridique « ha mais si vous avez du vin d’Italie, celui-ci vient de Venise ».

Partir à tout jamais, m’établir dans une yourte, traire des yacks.

Attention à la confusion possible avec le muscat-de-beaumes-de-venise, toujours pas rital, mais doux naturel.

J’ai déjà évoqué rasteau, et mon amour incompressible des vins de Jérome Bressy. Pareil là aussi: il existe un VDN rasteau. Et des vins secs.

A noter, pour se la raconter en soirée: tavel est la seule appellation rhodanienne à ne produire que des rosés. Hé ouais.

Les rhônes sud sont généralement plus riches, plus solaires que les nord. Généralement, mais vous connaissez le principe des exceptions françaises? Voilà. Dans les rouges quand le grenache est majoritaire, le fruit très mûr est souvent bien présent. On n’est pas dans l’épicée syrah, quoi. Parfois, mal maitrisés les grenaches peuvent être lourds, écœurants, confiturés à l’excès. Mais dans les mains d’un vigneron qui bosse bien: pied d’enfer !

Les lubéron, ventoux, vivarais et grignan-les-adhémar (anciennement tricastin) offrent des vins rouges, blancs, et rosés à d’excellents rapports qualités-prix. Étudiants fauchés ou petites bourses (hinhinhin), je m’adresse à vous.

taper « petites bourses » dans google, tomber sur ça

La clairette de die est à ne pas confondre avec le crémant de die. Si toutes deux sont des vins effervescents, l’une est à base principalement de clairette en double fermentation comme un champagne (le crémant), l’autre est un pétillant naturel  principalement à base de muscat (la clairette).

Drogue en Rhodanie, tome 1.

Avec quoi boit-on les rhônes sud?

Vu les diversités de vins produits, tant dans les couleurs que les encépagements, vu les profils très différents qu’on parle de chateauneuf ou de tricastin, de clairette de die ou de rasteau, il serait absurde de généraliser. Faire confiance à son caviste me semble la seule option valable.

Pareil pour lui demander quelques bonnes adresses. Même si, c’est tout à fait entre nous, pas de mystère: j’ai beaucoup aimé dernièrement les vins de Robin, en crozes. Le « chat fou » d’Eric Texier. J’aime beaucoup les iconoclastes cuvées Puur (chateau gonflable, of course mais aussi n°2 et 3, les jolis vins du domaine Cascavel, les ardèchois du chateau la Selve, le domaine de la Péquelette, …

Ce qui fait de cette région un casse-tête à résumer (j’avoue, j’en puis plus là, qu’est-ce qui m’a pris, faut-il que je vous aime) est aussi sa force. Sa grande diversité. Des appellations franchouillardes et rigolardes aux crus nec-plus-ultra. Des jus pour branchés décomplexés et des pinards pour demoiselles. Des vins de tous types, en somme. Qu’on peut découvrir à 20 ans, à 40, à 60 avec des lectures différentes. Parce que comme pour le langage, qui comporte plusieurs niveaux selon à qui l’on s’adresse, les vins possèdent leurs propres strates, leurs propres degrés de complexité. Chacun est tout à fait libre de les appréhender à sa façon, et qu’importe la manière après dont on les partagera, puisqu’au final c’est bien de ça qu’il s’agit: partager. Dans un billet de blog, une discussion, un verre entre potes.

N’en déplaise à tous ceux qui voudraient sauver le vin du vulgaire.

Bref, buvez du rhône. Ce sera tout, dit-elle, pour clore le billet le plus long de l’histoire de ce blog, car elle avait un grand sens de l’humour.

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24 réflexions sur “Da dou rhône rhône *

  1. Bon, fallait qu’elle nous montre qu’elle pouvait faire une monographie « région ». A y est. C’est très bien, mais ya une couille (ça, c’est pour Lalau) dans le potage dans la carte Zoom A.

  2. J’ai bu un vin que LE meilleurs blogueur vin de l’année n’a pas bu … puis pas une cuvée à 3 bouteilles de chez la Sorga hein, de l’hermitage ! Je suis tellement un pro du sommet de l’élite du vin …

    Sinon j’encourage fortement la dégustation de Brézème. On en croise pas tous les 4 matins, c’est pas le vin du siècle, mais ça a un charme atypique, il faut en avoir bu une fois dans sa vie.

  3. « A noter, pour se la raconter en soirée: tavel est la seule appellation rhodanienne à ne produire que des rosés. Hé ouais. »

    Le tavel rouge ça n’existe pas ? Hum, pas sure !

  4. Grâce à votre style, ce billet, certe long, se lit avec grand plaisir! Une petite imprécision: on écrit « petite sirah » avec un i et pas un y ce qui permet de la différencier de son homonyme! Voilà, c’était pour faire nos chieurs!

      • c’est vrai que l’orthographe avec le « i » permet d’éviter la confusion avec le cépage syrah! J’ai encore le souvenir de cette fantastique « petite sirah » du domaine Ridge de Californie… Hummm!

  5. « les syrahs trop concentrées et puissantes » ??? Je ne connais pas de cépage plus délié et délicat qu’une syrah, une vraie. Quand on boit trop de Guigal, on commence à avoir des hallus….. Tout bêtement on avait des viogniers dans les rangs de syrah.

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