Un doigt de ‘sky? Non, cinq! *

sky*c’est pour le côté racoleur de ce blog

Je suis venue tard au whisky : j’en avais comme beaucoup de gens l’image d’un alcool fort, rude, et un goût bien particulier, celui qu’on peine à masquer sous le coke. Bref, un truc pour se biturer vite fait en soirée, quand le mec-objet de l’attention du moment ne vous jette pas même un regard.

J’ai pris beaucoup de râteaux à mon adolescence, ça a du influer sur mon orientation professionnelle.

Je déconne.

Et puis, un jour, j’ai plongé dans le whisky.

Mon nez, ma langue, et tout le reste.

Tsss, tssss, pas tout ce reste là: c’est vachement trop agressif pour ma peau (délicate) (de blonde).

Découvert que le whisky n’était pas seulement blend, mais aussi malt. Single malt, pure pot still, single grain. Que parfois on ajoutait un e pour en faire du whiskey.

Vous êtes perdus, c’est normal.

Apprendre le whisky, c’est comme apprendre le vin : un paquet de notions à retenir, d’appellations, et surtout à la dégustation une infinité de goûts.

Impossible de résumer tous les whiskies/whiskeys en un seul billet, je vais « juste » avec cinq whikies différents essayer de vous donner envie de les goûter puis d’en découvrir d’autres.

Une sorte de dépucelage pour ceux qui n’ont jamais pratiqué.

Petit point short story about making

Le whisky ce sont d’abord des céréales : orge, seigle, maïs, sorgho, sarrasin (blé noir), épeautre… Selon les régions de production et le goût final souhaité, on ne sélectionnera pas les mêmes. Ces céréales sont traitées pour en extraire l’amidon (qui est riche en sucres fermentiscibles, donc en alcool).  Mises à tremper, germées puis séchées c’est aussi ce qui va intervenir sur le goût (un séchage à chaud ou à froid ne donnera pas les mêmes goûts au céréales, donc à l’eau-de-vie donc au whisky). Une étape supplémentaire (qu’on peut zapper) est de tourber, c’est-à-dire de faire prendre à la céréale fermentée un goût de tourbe, en la faisant brûler par en dessous: plus l’imprégnation par la fumée de tourbe est intense, plus le whisky va être tourbé. On pourra ensuite distiller (obtenir de l’alcooooooooooool, donc). Je fais « court » et « simple » parce qu’il y évidemment des exceptions et des variantes, mais si vous voulez affiner là, c’est pas mal.

On a donc au sortir des alambics une eau-de-vie blanche qu’on va élever.

Un peu comme un ado, qu’il faut faire mûrir (qui a dit « à coups de pieds au cul? »).

On passe ces eaux-de-vie en fûts ayant contenu parfois d’autres alcools (sherry, bourbon) ou pas,  parfois neufs (rarement), en tous cas le plus souvent de chêne. Une pratique courante consiste à repasser ensuite dans d’autres fûts (ce qu’on appelle le « finish ») et là, les provenances de fûts sont bien plus variées: porto, sauternes, maury, rhum, madère, …

Et les classifications? Pourquoi single malt, blend, tout ça?

En très court:

Un whisky de malt est distillé à partir d’une bière produite à l’aide d’une seule variété de céréales préalablement maltée. Un pur malt peut-être « blended » (anciennement « vatted ») ou single. Un single malt est un malt provenant d’une seule distillerie.

A la différence du whisky de malt, le whisky de grain est produit à partir d’un mélange de céréales : maïs, blé et orge. Il est ensuite distillé dans un alambic composé de deux colonnes.

Le blend est un assemblage de whiskies de malt et de grain: les blends se composent pour la majorité des cas de whiskys de « grosses marques » destinés avant tout à une consommation courante, mais certains sont issus des meilleures eaux-de-vie assemblées et sont donc de très haute qualités.

Quid des distilleries?

Pour le vin, c’est assez facile : en général le vigneron produit ses raisins, les vinifie, les élève, les vend. Ou bien il les porte à la coopé, qui va vinifier, élever et vendre.

On a l’image (parfois à tort) bien incrustée : le vin de domaine est meilleur que celui de coopérative.

Pour les whiskies, on peut aussi retrouver le même genre de système :

  • D’une part la maison de ‘sky qui fabrique ses eaux-de vie de A à Z (distillation, élevage, vente). Les exemples? Highland Park, Bowmore, Macallan…
  • D’autre part ce qu’on appelle les « embouteilleurs indépendants » qui achètent des eaux-de-vie aux maisons de whiskies, puis les assemblent ou non, et les élèvent, puis les commercialisent sous leur propre nom (avec parfois mention du nom de provenance des eaux-de-vie).

Pfiou.

Pourquoi je parle de ça ?

Parce que les cinq whiskies choisis ici ont en commun d’être tous issu d’un embouteilleur indépendant.

E VIVA EL CUBA LIBRE

(pardon, je m’égare)

John Glaser a créé Compass Box en 2000, après avoir roulé sa bosse dans le pinard :point commun d’ailleurs avec  l’emblématique Bruichladdich. Autre truc qui les rapproche : l’idée de sortir de l’industriel, et de produire des whiskies « artisanaux ». Sans forcément reproduire d’année en année les mêmes goûts.

Comment il fait, pratiquement ?

Glaser achète donc ses eaux-de-vie et les assemble, au nez.

Fou? Ouais. En fait, il procède comme un parfumeur qui créerait un parfum, sauf que lui, ça se boit: génie!

On goûte?

Premier  : great king street Artist’s, blend 43%

C’est un ‘sky qui porte tout bêtement le nom de la rue où se trouve le siège de Compass Box. Pas très inspiré?

C’est un assemblage (obvious) de whiskies de malt et de whiskies de grain.

Le nez est très fin, c’est comme avoir encore quelques gouttes de citron sur les doigts quand on en a pressé. En bouche, d’abord on mâche de l’écorce, puis carrément de la noix de coco. Ca dure un bon moment avant de passer sur des notes de terre, de réglisse… La finale est toute en vanille bourbon et noyau d’abricot.

Whisky assez léger, en somme. Parfait pour une initiation, parce que l’alcool ne brûle pas et que la bouche est douce.

Deux: spice tree 46%

Whisky de malts (highlands du nord pour les provenances principales), c’est un whisky à double maturation: une première en fûts américains non neufs, puis une seconde dans des fûts à forte chauffe. C’est ça qui lui donne son identité.

Annoncer la couleur dans le nom, c’est s’attendre à retrouver de l’épice en plein: y en a.

Cannelle, muscade, mais aussi de l’amande, de l’abricot et des agrumes confits, ça c’est pour le pif. Pour le palais on a: de la mirabelle grosse de sucre qu’on fouraille à même le pré, bref c’est charnu et sensuel. La finale revient aux épices, let the stars bright!

Pour moi, c’est un beau whisky, très complet, et abordable.

Trois: Hedonism, 43%

C’est un single grain**, toujours d’assemblage.

Le tarin? Du cédrat, du maïs, de la vanille et du fruit confit.

La bouche est sur l’orange, le chocolat (sic) avec un peu de bouquet de fleurs.

La finale c’est se rouler dans du foin coupé en mâchonnant de l’eucalyptus.

Cher, mais complexe. Pourquoi pas s’en payer une quille à l’occase, mais gaffe à le boire bien posé. On n’est pas dans un ballet, c’est pas Noureev.

Quatre: Orangerie 40%

Bon.

C’est là que je me fais traiter de fillette à tous les coups: j’adore Orangerie.

Je suis fana de ce truc, gaga, je me fous qu’on me dise que c’est un machin pour lady les liqueurs de whisky. Parce que celle-ci, c’est pas pareil. d’abord, remballe-moi ton idée toute faite sur les sucrettes. C’en est pas. En revanche, de très beaux whiskies assemblés dans lequel on fait macérer de l’orange fraiche, de la casse d’Indonésie, et des clous de girofle.

Et c’est juste une tuerie.

Tu plonges dedans, c’est évidemment marmelade d’oranges mais aussi citron vert, bergamote, verveine, sauge. Puis tu craques, t’avales un peu: claque de gingembre et noirceur du clou girofle, l’apothéose sur le fruit de la passion, l’orange qui revient, la verveine.

Surtout, ça se savoure ça. Et pas glacé, à température ambiante.

Dieu, dieu que c’est bon.

On termine avec D is for Demi John 46%

Un assemblage malt-grains, as well. Un peu déçue, je fus.

Peut-être un élevage trop prégnant, genre pipe à Pinocchio? On n’ira pas jusque là, mais le nez fumé (de la tourbe?), la bouche massive fumée, et la finale sur le foin m’ont déconcertée. Pas beaucoup de précision, trop d’étoffe et pas assez de finesse.

Bref.

Le ‘sky ça s’apprivoise. Parce que c’est un alcool, on enquille pas ça comme le pinard. Logique. On ne prend pas peur devant les taux d’alcool: certains à 46 sont bien plus équilibrés et « faciles » à boire que d’autres à 40.

L’imagerie traditionnelle qui veut que les buveurs de ‘sky sont de vieux poètes maudits (ou juste de vieux messieurs tout court) sirotant de l’Highland* dans des gros fauteuils clubs patinés a fait son temps.

On peut vraiment découvrir le whisky à tout âge: suffit de le vouloir un peu.

D’oublier son sexe, son âge et de se laisser porter.

Et pourquoi pas, si c’est plus facile, grignoter un truc à côté: les fruits secs sont évidents, mais à tenter de beaux fromages avec les ‘sky, ça le fait grave.

Slaìnte!**

*une des régions écossaises de production

** santé, en gaélique écossais

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9 réflexions sur “Un doigt de ‘sky? Non, cinq! *

  1. dans la short story, je pense que le termes « maltage » irai mieux que « fermentation ». Parce que la fermentation ne crée pas d’amidon mais de l’alcoooool (qui est donc là avant la distillation)

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