On sancerre un autre? *

wpid-DSC_2443.jpg*le retour des jeux de mots pourris (qui n’avaient jamais vraiment disparus d’ailleurs).

Aujourd’hui, chers lecteurs, une petite devinette. A votre avis, de quelle couleur est le vin qui se trouvait hier encore (j’avais vingt ans) dans cette bouteille? Attention, pas le droit de googler, juste d’observer.

Tic.

Tac.

Tic.

Tac.

Sancerre, attends une seconde, Sand. Sancerre, sa butte, ses crottins, Chateaubriand, ses blancs! C’est du blanc!

Raté.

Localisée dans la partie de la Gaule située entre la puissante tribu celtique des Bituriges et celle des Éduens, la colline de Sancerre surplombant l’un des rares endroits guéables de la Loire aurait intéressé Jules César qui y sédentarisa un peuple originaire de Bohème, les Boïens.

Les bituriges. Les Bi-Tu-Ri-ges. Sic. Tu m’étonnes qu’on aie fait du vin à Sancerre.

Minute culturelle: Pline l’ancien (qui pline mais ne rond-point, donc) mentionne une vigne nommée biturica, dont le nom serait évidemment inspiré des bituriges. On ne sait pas exactement quel goût avait le pinard, mais on peut imaginer que ça carburait sec. Posons nous deux secondes et évoquons la biturica.

Pas le moindre vanne de mauvais goût.

Pour cela, il faut faire un peu de généalogie des cépages. Dans les cépages modernes, on parle de la famille des carmenets: tous ont un commun l’acheria, une vigne connue dès l’antiquité. Celle-ci proviendrait du pays basque et aurait progressivement migré en évoluant selon les endroits. Le fer servadou (marcillac) est un carmenet, de même que le merlot ou le petit verdot. Et la vitis biturica, probablement une des « déviances » de l’acheria d’origine aurait par la suite enfanté le cabernet franc. Si on résume donc, à Sancerre, originellement on plantait plutôt une vigne qui ressemblait vachement au cabernet franc.

Si les gaulois comme à beaucoup d’endroits ont contribué à l’activité picole viticole, c’est surtout aux moines (tiens tiens) bénédictins et augustins qu’on doit le véritable essor du vignoble. Bien situé, bien exposé, il est florissant jusqu’à l’arrivée du phylloxera. Le méchant phyllo dévaste tout: on replante à tour de bras, et pas n’importe quoi. Exit les francs, place essentiellement à du sauvignon (d’où la reconnaissance appellation sancerre en blanc en 1936) et du pinot noir, ce qui est tout de même rigolo: le pinot noir vient lui de la vitis allobrogica, connue en Savoie pour avoir donné naissance à la proto-mondeuse puis la mondeuse et pinot noir, syrah, etc. Comme quoi, nos ancêtres les gaulois n’avait pas uniquement longues moustaches et gros dadas.  Qu’on se rassure pour la pauvre vitis biturica: le cabernet franc est présent à bien d’autres endroits en Loire. Mais plus à Sancerre.

L’appellation sancerre pour les rouges et les rosés sera entérinée en 1959, toujours à base de pinot noir. Le vignoble s’étend sur environ 2 770 hectares et 14 communes du département du Cher. En proportion, la production de rouge est de l’ordre de 12%.

Cette longue parenthèse pour vous parler donc de l’iconoclaste, du domaine Fouassier. J’ai évoqué ici ma rencontre avec Paul, et la dégustation qui s’en est ensuivie.

Ce vin là, c’est d’abord un très très beau pinot noir, tout shuss en cassis et en gariguette. La bouche est fraiche comme une journée de printemps sous les jupes, les premières cuisses nues qui frissonnent, y a une chair délicate et rose là-dessous, on croque dedans et on en est tout ravigoté. Pas du genre à faire des manières et à picoler doucettement lèvres pincées. Ça se boit, ça monsieur, à pleine gorge, au goulot quitte à se faire fusiller du regard par la bien-pensance.

En vrai, comme je suis une gamine bien élevée, je l’ai bu en verre Riedel. Bon. C’était très bien pour lui: il avait plein de place pour s’exprimer. Je suis à pendre: je ne lui a pas laissé beaucoup de temps… Mais c’était bon. Trop.

La patience n’est pas ma vertu première.

Après, je me suis prise à penser à quoi je l’accorderais.

Sûrement un tic de blogueuse**

Un morceau de musique? Blurred lines, du genre gourmandise facile et tellement, tellement bien faite. Je vous épargne la vision de moi dansant, j’ai à peu près l’air d’un ourson autiste.

Un bouquin? Evgueni Sokolov, un ovni jouissif signé par un des plus grands auteurs de la chanson française.

Une cuisine? Une volaille juste grillée, son jus et une purée de panais. C’est bon, ça, le panais.

On sancerre un autre?

**C’est curieux chez les journalistes ce besoin de faire des phrases

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2 réflexions sur “On sancerre un autre? *

  1. Sancerre félicitations pour votre article. Je voulais attendre un peu avant de goûter le Clos Paradis acheté hier mais vous m’avez mis le vin à la bouche. Le rouge sera pour mon prochain pélerinage à Saint-Georges (le fils de vos beaux-parents ayant oublié de me le conseiller)

  2. Ventre Saint-Gris, comme on dit à Chavignol ! Du cabernet franc à Sancerre au Moyen-Age, alors que le moine vit dans l’adoration du pinot noir. Bon, vous me direz, dans biturica, il y a … biture. Encore un coup du surréalisme liégeois de la tenancière ! Et la fête de la rose des ados, on la célèbre comment, si on n’a pas de pinot noir ?

    Le coup de génie, ça quand même été de replanter du sauvignon – à l’époque – car maintenant les plantes qui ont envahi les plaines à choux du côté de Saint-Satur, je vous les laisse….. Bon, tant que j’ai mon quota de Cotat….

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