L’homme est un berlou pour l’homme *

*et quelquefois un relou pour la femme

Hier, je suis encore tombée sur une vidéo magnifique de nana. Je mets pas le lien, car cela me fait du mal physiquement. Y avait tout: rouge à lèvres à la truelle, aberrations et approximations en tous genres, bref j’ai grogné. Et j’ai récolté ces phrases magnifiques:

Les femmes qui parlent de vin avec leur cœur sont rares

T’as raison mec. C’est pour ça que j’en parle avec le cul.

Toi c’est pas pareil. T’aimes le vin sincèrement. Et t’en parles pas comme une femme. Donc t’es plus vraiment une femme.

Je. Hein?

(tous les jours, je me pose sincèrement la question de ce que je suis censée être au juste? un diplodocus? )

En fait, j’ai beaucoup réfléchi à cette histoire de cœur, de cul, de comment c’était compliqué, de comment je m’exprimais face au vin.

C’est curieux: jusqu’à ce que je mette ça par écrit, je n’y avais jamais prêté attention. Et encore plus rigolo, il m’est arrivé souvent de recevoir des mails adressés à monsieur de la Pinardothek. Comme si, par défaut, j’étais un homme. Est-ce mon style qui donne à penser que? Mon vocabulaire? Non, je ne pense pas. Seulement que mon blog est le moins genré possible, agréable néanmoins à l’œil. J’espère.

Il est beau non mon blog? Dis, la vérité… J’ai pas un peu grossi?

On me prend pour un homme derrière le clavier parce que soyons clairs: la majorité des gens de blog qui parlent du vin autrement qu’en affichant clairement leur sexe sont des hommes. Fou. Mais c’est ainsi: si tu es une femme et que tu parles de vin, attention, empresse-toi de montrer que tu es féminine. Une vraie femme. A talons, vernis, rouge à lèvres et minauderies. Surtout.

Fuck off.

Je ne vois pas un instant ce que ma féminité ou ma non-féminité vient foutre là. Qu’est-ce qui différencie un homme d’une femme face à un vin? Pas grand chose, si ce n’est l’éducation. Un homme est censé connaître, avoir le bagage technique. Une femme est censée être plus sensitive, plus intuitive.

Voilà pourquoi les femmes dans le vin s’auto-infligent assez souvent un rôle de pouffe décérébrée mais sensuelle. Voilà pourquoi la rigueur (vertu masculine) n’a pas sa place dans les dégustations de femelles. Voilà pourquoi j’assiste régulièrement à des choses qui me font hurler intérieurement, parce que le sois-belle, approximative et avale j’en peux plus.

Tout ceci n’est pas très sérieux, elle est bien mignonne, mais c’est pas grave. Elle confond le roussillon et le sud-ouest, rho ça va quoi c’est pas si loin …

Anybref:

Parlons de sujets plus intéressants.

Il n’est un secret pour personne que j’adore les vins de Jean-Philippe Padié. Pourquoi? Parce qu’ils ont un truc indéfinissable qui les rend uniques. Une âme. Une histoire. Une vibration. Je ne sais pas pourquoi je plonge le nez dans le verre, je sais que c’est du Padié. Comme on reconnaitrait la voix de Bowie, comme on sait que c’est Gagnaire aux fourneaux.

Les blancs du sud ont souvent mauvaise presse: a priori, alcool, chaleur, trop de tout. Pourtant, le fleur de cailloux est à l’inverse de tout ce qu’on pourrait croire. Minéral, ouille le gros mot.

fleur

Domaine Padié, fleur de cailloux, côtes-catalanes 2011

La minéralité, c’est ce truc à peu près impossible à définir. J’ai essayé là. C’est un peu les ombres chinoises. Un profil tout en jeux de lumières  qui se développe, ciselé. Plus c’est précis, plus c’est beau. Ici, c’est ultra-précis. Un funambule en contours qu’on aperçoit d’abord, le cœur suspendu: pourvu qu’il ne tombe pas. Pourvu qu’il arrive au bout: puis en pleine lumière, bille de clown, vin folâtre, qui musarde, qui vous fout un gnon d’abricot en pleine poire, et paf, il est déjà parti. Et on vide son verre, pour prolonger cette boite à musique fantasque.

Le domaine se situe à Calce, en plein Roussillon, et il est en  biodynamie. Non, ça ne veut pas dire que Jean-Philippe vinifie en collants (quoique, qui sommes-nous pour savoir) mais qu’il applique des principes biodyns. Rappel là de ce que c’est.

Ce vin-là, mesdames-messieurs c’est essentiellement des grenacheS (blanc et gris) avec du maccabeu (qui n’est donc pas un cépage zombie). Le tout est élevé pour moitié en fûts, et roulez jeunesse.

Ce supplément d’âme, elle l’a ma fleur.

Et c’est pile ce qui m’a manqué dans cet autre vin du Sud. On est là en appellation saint-chinian: récente par son obtention aop (en 1982), pourtant on y faisait du vin depuis bien bien longtemps: elle produit essentiellement des rouges. Et depuis 2005, peut aussi produire des saint-chinian blanc. Wou-ha.

Pour être super exhaustive, je peux même claquer qu’il existe deux « supers » saint-chinian (qui est elle-même une appellation sous-régionale),distingués au sein de l’appellation et qui portent les doux noms de saint-chinian-berlou et saint-chinian-roquebrun (appellations communales, obtenues en 2005).

Le truc, c’est qu’à saint-chinian, on a l’air de vouloir se bouger le fion (applaudissons). Donc le syndicat a des initiatives, notamment de classer ses vins pour que le public s’y retrouve mieux en divers critères de qualités. Bon. Je suis un peu dubitative quant aux dénominations accordées mais je bosse pas dans la comm’.

campanil

Château Quartironi de Sars cuvée campanil saint-chinian 2008 (75% syrah, 25% grenache)

Le top of the pops est représenté (censément) par les cuvées « Virtuoses ». 40 cuvées donc, distinguées par un jury de dégustateurs pros, si j’ai bien compris.

J’ai goûté à une de ses cuvées. Pas de Mas Champart, pas de Clos Bagatelle, domaine des Eminades, la Liquière ou autre mais pour moi un total inconnu au bataillon.

J’avoue, le « élevé en fûts de chêne » sur l’étiquette m’a pas fait rêver. Atavisme. Mais bon, on est là pour goûter ou bien?

J’ai plongé le tarin: du fruit, noir, propre. J’ai secoué: un petit poil de fumée est venu enrober, taquiner tout ça. En bouche, c’était toujours propre. Sans bavure. Un peu serré au premier abord, mais avec un peu d’aération ça glissait tout seul.

Et pourtant: mouais.

C’est franchement pas mal fait du tout. Au prix où c’est vendu (une dizaine d’euros), c’est pas volé. Y en a dans la quille. Mais ça envoie pas. Enfin, pas chez moi. J’ai pas eu ce tilt, ce coup de cœur amoureux qui fait que j’en ai envie, encore. Que j’ai envie de me rouler dedans.

Plus j’affine ma perception du vin, plus ça me semble important: ce petit truc qui vous chatouille. Ce machin qui vous dit, au fond des tripes, c’est celui-là.

Pour autant, je sais que c’est infiniment personnel: le saint-chinian qui moi m’a laissée bof va peut-être être le plaisir ineffable entre tous d’un(e) autre. Peut-être bien que mon crush total pour le côtes-catalanes va laisser indifférent.

C’est aussi très mouvant suivant l’humeur un vin. L’appréciation qu’on peut en avoir, la personne avec laquelle on est. Reconnaître ses qualités (il en a ce petit), sans pour autant être touchée: ça arrive. Ce n’est rien, le temps passe tu le sais bien ce n’est rien.

Oui, finissons sur du Clerc pour une note optimiste.

Santé.

 (C’est quand l’apéro? Parce qu’un petit fleur de cailloux avec des huitres j’dirais pas non)




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13 réflexions sur “L’homme est un berlou pour l’homme *

  1. Toujours un plaisir à la lecture !!! Je ne parle pas aussi bien de vin, j’ai les cheveux trop longs et blonds pour porter à confusion, des talons aiguilles, mais pas de vernis…ahah, un avenir est possible !!! Enjoy (le poing levé)

  2. Cela parait si facile de parler de vins en vous lisant. J’écris, un bien grand mot, quels articles sur la vie de notre vignoble, dans lesquels j’utilise le « nous » une façade derrière laquelle je me cache, un peu ….comme sur la page Facebook au nom de mari, le vigneron, mais que je tiens. Ai-je les connaissances, les compétences pour le faire ? C’est pour cela que j’apprécie votre ton et le contenu de vos articles.

    • On est légitime pour parler de vin quand on aime ce que l’on fait, qu’on accepte de se remettre en question, et qu’on a un peu d’humilité face à ce qu’on ne sait pas encore. A partir de là, être une femme, un homme ou un gnou astigmate ne fait pas grande différence 🙂

  3. Une amie philosophe (désolé maestro) me disait un jour «Moi pas féminine ? Ça me ferait mal aux couilles !».

    Je trouve le nom «Fleur de Cailloux» absolument génial.

  4. Tu as bien raison de t’insurger… C’est mon épouse qui goute les vins au resto ou entre amis. Connaissant ses plaisirs en la matière je choisi la bouteille et lorsque le sommelier arrive elle goute, à la grande surprise du bonhomme (oui… Souvent un bonhomme!). A dire vrai, le palais féminin est beaucoup plus fin et sensible à la complexité des flacons…

    Est ce faire preuve de manque de burnes de ma part? J’en doute! Le « nez » féminin est l’avenir du vin!

  5. En tant que sommelière j’ai eu la chance de goûter de superbes vins dans tous les sens du terme mais pourtant il y a en certains (pas avec des étiquettes a grands noms) qui avaient ce que j’appelle le supplément d’âme. Ce qui me fait le huuuum c’est bon encoooore

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