Ca maranges, ça maranges grave*

Marcello-Mastroianni-by-Bert-Stern-for-Vogue-Tumblr_Mjbdjwhpwg1Ri50Lgo1_500*voilà voilà

Ce qui est merveilleux quand on est bordélique et qu’on ne fait rien pour y remédier, c’est qu’il suffit de peu de choses -enfin si on considère que déménager quelques dizaines centaines milliers de bouteilles est peu de choses- pour vous faire pousser un sourire de là à là.

Constater que ma collectionnite de sauternes réclame sans doute l’aide d’un spécialiste, la question cruciale étant « pourquoi en mets-je tellement en cave alors que je ne les bois jamais? »

Me demander par quel truchement étrange (ivre virgule peut-être) j’ai encavé une bouteille de 6 litres de Pibarnon 2005. Six litres, soit huit bouteilles. Bon, à quatre autour d’un bon dîner, ça devrait passer?

Hinhinhin.

Bref ma cave perso est un joyeux foutoir (étonnant, isn’t it).

Au milieu de tout ça, il y a bien sûr énormément de bourgognes blancs. Je dis « bien sûr » comme si c’était une évidence pour tous, mais j’ai un amour assez inexplicable pour les bourgognes, blancs. Je veux dire: ils me sont tombés dessus, et plus jamais ils ne sont repartis. Le grand Amour.

Celui qu’on a envie de dissimuler au monde, infiniment jalouse de ceux/celles qui pourraient le convoiter à votre place.

Celui qu’on a envie d’exhiber en pleine lumière parce que vraiment un bonheur comme ça c’est un coup à vous faire péter les artères.

Il y a cet éternel balancement dans les grandes passions: secret et dévoilement.

Parmi les bourgognes blancs, il y en a un qui est encore plus évident. Guillaume a commis un très joli billet sur la fidélité à certaines bouteilles. On est en plein dans le sujet.

maranges

Cette bouteille-là, re-découverte hier c’est le vin d’une date importante. Il y a sept ans. Je me souviens mal des anniversaires, j’oublie les dates, mais jamais la saveur des premiers moments. Ce jour-là, il avait trois ans: c’était un bébé-bourgogne. Il nous avait déjà enchanté: il posait ses bases, encore un peu timide. Un peu gauche. Un peu maladroit dans un costume inhabituel.

On a beaucoup ri. Je ne sais pas si c’est le vin, l’instant, les gens. Mais on a beaucoup ri. C’était une bouteille de partage. D’amitié. De famille. Et d’amoureux. Je ne sais pas si beaucoup d’autres vins peuvent concentrer tout ça. J’ai sans doute une âme profondément romantique sous mes dehors rentre-dedans, va savoir.

Le bourgogne blanc c’est typiquement le vin que tu croises trop jeune et auquel tu ne vas pas t’intéresser. Parce que dans les premiers temps, c’est souvent assez vite oubliable. Trop d’épaules, un côté un peu bourrin poilu impossible à dérider. Mais si tu creuses, si t’attends, si tu lui laisses le temps de prendre ses marques, il se déploie, et tu te balances bien de tout ce qu’il peut y avoir autour. Il est là. Lumineux. Fabuleux. Long. Intense. Complexe. Ce que tu as pris pour un rustre se trouve être un gentleman aux qualités impossibles à  toutes énumérer.

Hier, décapsulé, débouchonné et hop: est-ce qu’on ranime une journée sept ans après dans la même bouteille?

Pas vraiment. Le temps passe, il patine. Il rend plus sage ou plus fou. Il imprime des petites rides aux coins des yeux, celles des rires trop nombreux. L’amour se polit et s’affirme. Le vin, pareil.

L’albatros des débuts, malaisé est devenu splendide. En plein vol, aigu, planant, suspendant les minutes.

L’idée qu’avec les années qui passent on ne peut être que mieux a un je-ne-sais-quoi de rassurant.

Ca m’arrange.

Mon joli maranges hier avait un nez tout éclaboussé de confiture de coing. Sa bouche précise, fluide, juvénile encore, pensez il n’a que dix ans, fraiche comme quand on a beaucoup couru dans le vent. La texture veloutée d’une joue soumise au vent, y a de ça dans ce vin là. La gourmandise, la chair nue, plus masquée d’artifices qui s’offre.

On se dit qu’on est bien, là, à avoir laisser filer le temps.

Pour l’arrêter, il y a, il y aura toujours les bourgognes blancs.

Publicités

2 réflexions sur “Ca maranges, ça maranges grave*

  1. « sous mes dehors rentre-dedans » : je me questionne : dehors ou dedans, finalement ?

    Trève d’âneries linguistiques, je ne peux qu’abonder dans ton sens : quelle merveille de remettre la main sur un Meursault, un Puligny, un St Aubin, un Mâcon ou que sais-je, qui a eu le temps de se polir 4, 5 ans, voire plus… Beaucoup de blancs sont bus trop jeunes (et sont encore trop sulfi/boisés, notamment en Bourgogne, je ne compte plus les déceptions dues à la planche et au soufre, encore aujourd’hui malheureusement, mais je dois être un peu monomaniaque).

    (Au fait, permets-tu que je vous tutoie par commentaire, à défaut de faire vraiment connaissance un d’ces quatre ? Un beau jour, un beau matin au plus tard, on se croisera ptêtre une bouteille à la main…)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s