Le sexYsme au mètre*

Le billet d’humeur de ce week-end va être un beau brol, parce que cette semaine l’a été aussi; d’abord un mot sur l’affaire Giboulot qui a secoué les réseaux sociaux. Je suis restée très en retrait, préférant lire et m’informer avant de balancer des conneries plus grosses que moi. Un exploit. Je ne suis pas plus avancée. Et ce sera l’occasion d’un peu de géopolitique belge, tiens. Les lecteurs les plus sagaces ne sont pas sans savoir que je suis moitié wallonne, moitié flamande. Ce qui fait d’une part mon amour pour la rigolade et la fronde, de l’autre mon respect absolu des règles, même quand elles sont un peu absurdes. J’entends bien que personne n’a envie de polluer. Je comprends aussi quand on dit qu’il faut voir l’intérêt général avant le sien propre. Et j’écoute les vignerons qui disent qu’on ne met pas assez de moyens dans la recherche de solutions alternatives et moins polluantes. Évidemment j’estime que de la prison ferme pour un vigneron qui refuse d’utiliser un produit qui va à l’encontre de sa démarche globale c’est beaucoup trop. Mais était-ce la seule façon d’attirer l’attention sur cette problématique là?

Comme je n’y connais pas grand chose au fond en viticulture, je vais continuer à la fermer. Ce n’est pas mon boulot. On verra à l’issue du procès. On verra ce qui en ressortira. Condamné ou pas. Au moins, cette histoire aura eu le mérite de lancer le débat, et en lectrice silencieuse j’ai appris un tas de choses.

Ensuite, parce que pas une semaine ne se passe sans une belle bouse sexiste, en voilà deux.

Le « club des filles qui aiment le fromage » je l’avais déjà vu passer. Ça m’avait laissé fortement dubitative. M’enfin, c’est pas plus con (sic) que les clubs de mecs qui aiment le cigare. Le côté « club de filles » m’insupporte au plus haut point, une société égalitaire ne crée pas des castes ou des clubs, point barre.

Et puis là, grâce à mon confrère blogueur Laurent (allez voir les vidéos qu’il fait avec Arnaud, ils sont drôles et intéressants) je découvre l’opé « manger du fromage et rester sexy ».

Les bras m’en tombent, mes ovaires se déchaussent.

On pourra dire que j’exagère, que je vois le mal partout, mais putain foutez-nous la paix avec le sexy systématique.

Anne Inquimbert: C’est l’Expo et le parti pris du photographe… Le message du cercle des filles à fromages c’est de réhabiliter les fromages qui puent, les vrais au lait cru… Je ne comprends comment vous arrivez encore à polémiquer autour des filles… Quand ce n’est pas pour le vin c’est sur le fromage… Un vieux relent de machisme peut être….

J’avoue. Je suis un macho.

Sans déconner?

Je suis assez agacée par l’instrumentalisation de la femme (volontaire ou non) et l’obligation de sexytude. Et si je n’ai pas envie d’être sexy quand je mange du fromage, moi? Parce que les injonctions, ça va bien deux secondes. En prenant des femmes et en imprimant ce biais là « tu es une femme tu manges du fromage qui schlingue mais tu le fais parfaitement manucurée, maquillée et brushée » on fait rentrer dans le crâne des femmes qu’il FAUT être sexy. Pas qu’on PEUT l’être. J’en ai marre de devoir être sexy en mangeant, en buvant, en clopant (ha non, ça on a plus le droit) en bossant, même en me douchant (oui, z’avez vu, les shampoings vous promettent TOUS des orgasmes, quand ils n’ont pas des odeurs de trucs qui se bouffent et fortement connotés « filles » d’alleurs).

C’est assez moyen, surtout pour les nanas comme moi, au physique pas facile, qui rament assez tous les jours pour être un minimum sexy (genre 10 min, avant que ma fille régurgite et vomisse du lait caillé dans mon décolleté) (note qu’on est pas loin du fromage). La bouffe n’a pas à être ou rendre sexy, c’est de la bouffe. Comme le vin. De façon générale, on ne perçoit pas à quel point la pub fortement genrée fait peser un tas d’injonctions sur les nanas et les mecs dans une moindre mesure. Vous pouvez me dire que c’est joli, que c’est de l’art, que c’est pour rigoler. Mais ça m’agace tout de même. La nécessité d’être sexy pour vendre du fromage me casse les couilles. Comme la nécessité d’être sexy pour vendre du dentifrice, du pinard, du gel douche ou du PQ.

Ensuite, on m’a fait passer ce truc:

tracteur

J’ai d’abord ri.  « On peut être sur des tracteurs et être sexy » sans doute. Meuf, va bosser vraiment dans une exploitation agricole et tu me diras si le mini-short et les talons sont adaptés.

Et puis j’ai lu plus attentivement, et j’ai bondi. Que ces filles soient jolies, coquettes et qu’elles adorent s’habiller voire se mettre en scène, tant mieux. Mais s’habiller sexy pour attirer les regards des messieurs et intéresser au vin, j’appelle ça le  « grognasse way to the vinasse ».

Je vais être très claire, parce que je sens que c’est abstrus pour certains. Être sexy, non, plutôt se sentir sexy, si on le désire, c’est BIEN. Instrumentaliser son sex-appeal pour vendre, ou pour se valider aux yeux des hommes, valider une compétence, c’est NUL.

Faire péter le décolleté parce que tu te trouves belle comme ça, parce que tu te sens bien, à l’aise c’est une chose. Se nipper en femme fatale pour faire bander  prouver qu’on peut être sexy et parler de vin pardon mais c’est pas exactement la même chose.

Aucun rapport humain n’est dénué d’une certaine forme de séduction, on ne me fera pas dire ça. Mais l’obligation pour les femmes de toujours devoir être sexys en bouffant du fromage, en vendant du vin, en le faisant, basta !

Est-ce qu’on demande aux mecs d’être sexys? Oui, certaines agences de comm’ le font, maintenant. Pour intéresser des nanas aux vins, d’ailleurs.

La bonne blague.

Comme si l’unique façon de parler de vin aux mecs et aux meufs c’était de promettre en sus des éphèbes dénudés ou des courbes siliconées.

Réfléchir avec sa bite, ça ne fait pas aller bien loin, m’est avis. Quinze centimètres en moyenne.

Le sexe fait vendre, c’est indéniable. Il est déjà partout. Jusqu’à l’overdose.

Le vin en soi peut-être sensuel, érotique, voire sexuel. Alors les filles, less is more. Pas besoin d’en rajouter.

Soyez sexys, si ça vous chante. Ou pas du tout, si ça vous convient. Mais merde aux obligations. Merde au fait de devoir justifier sans arrêt de son potentiel de baisabilité. Merde au fait de devoir rappeler « Oui, on fait des trucs de mecs comme aimer le vin ou le fromage qui pue mais on reste des fâmes avec des seins et des vagins ».

Merde.

Pour clore ce sujet sur une petite note plus légère, cette semaine j’ai reçu ça.

fofie

J’ai fait part tout de suite de ma réticence quant à l’étiquette. Nana girly à mort, jupe ras-de-la-touffe avec une culotte mauve assortie. Est-ce que ce vin sent la foufoune? C’est toute la question.

J’ai goûté, c’est intelligemment marketé et cohérent donc: c’est formaté pour les petites jeunes filles qui n’aiment pas le vin, le goût de l’alcool et qui cherchent un jus de fruit. Servi à température de 16°, c’est franchement très bof. A 14°, ça passe. Ni vice ni vertu, oubliable aussitôt que fini mais on ne peut rien reprocher au niveau technique. Bon, moi ça me parle pas du tout, mais ça peut faire vin d’initiation (beaucoup mieux qu’un rosé pamp’). Sur le jus, pas grand chose à dire, vendu près des 5 euros.

Ça fait partie de ces petits riens contre lesquels je m’énerve. Qui font qu’on me moque gentiment, ou qu’on me prend en grippe. Parce que j’exagère, parce que les féministes elles sont chiantes à toujours gueuler.  Parce que « oh moi je suis une femme, je suis pas une féministe ».

Un test utile, pour tous ceux qui pensent que féministe c’est un gros mot. Ça calme, hein?

Je vais continuer à gueuler systématiquement, chaque fois que je verrais du sexisme. Je vais continuer. Parce qu’encore il y a deux jours, une demoiselle sur twitter me confiait « Je suis allée chez un caviste. Il m’a conseillé un truc, en me disant, ça c’est un vin de femme. Et il a eu l’air tout étonné que j’adore les vins du sud-ouest ». Mon conseil a été: change de caviste!

C’est un sale boulot, être la méchante féministe castratrice hystérique qui fait rien qu’à emmerder les gens avec ses idées d’égalité. C’est un sale boulot, mais il faut bien que quelqu’un le fasse.

Terminons ce billet par un  peu de n’importe quoi.

Guillaume est un gentil roux à lunettes. Je dis ça, on ne s’est jamais rencontrés. Enfin si, on aurait pu, mais il n’a pas osé/ voulu venir me claquer la bise quand il m’a reconnu. Sans doute le côté « castratrice », hinhin. Il m’a soumis ce truc-là, le Liebster award qui est une sorte de chaîne à la con de blogueurs entre-eux. Comme d’une part, je déteste les chaînes à la con, et que d’autre part, la blogo vinique étant petite et que je n’ai pas envie d’encourager la consanguinité, je ne taggerai aucun blogueur pour prendre la suite. Na !

Mais comme je l’aime bien, je réponds tout de même.

D’abord, il faut que je balance 11 trucs sur moi.

  1. Je ne suis JAMAIS de bonne humeur le matin, c’est-à-dire jusques environ 11h. Il est 10h14 quand j’écris ceci.
  2. Je suis blond cendré naturellement, mais je déteste cette couleur, donc là, je fais un joli roux cannelle pour le masquer.
  3. Je mets le papier-toilettes en pointe, chez moi. Comme dans les hôtels. Un tic.
  4. J’ai beaucoup de mal à ouvrir une porte avec une clé.
  5. A ce jour, ma plus grande réussite culinaire est une salade. Avec un peu de cuisson, bon, mais une salade.
  6. J’ai déjà réussi à me couper jusqu’à l’os en faisant des crêpes. D’où le point 5.
  7. J’ai une passion sans borne pour Adamo, et je rêve de le rencontrer, un jour.
  8. J’ai déjà rencontré, et même bu un café avec mon deuxième belge préféré. Un chanteur. J’étais TROP fière.
  9. Je suis dingue de Stockholm, c’est sans doute ma ville préférée au monde.
  10. Je commence mes journées avec un double espresso et une orange.
  11. J’ai un don pour les compliments qui tombent à l’eau. Genre je suis la reine du quiproquo.

Ensuite, il faut répondre à ses 11  questions:

Pour être original : pourquoi ton blog ?
Pourquoi pas? J’ai déjà du le dire environ mille fois donc je te fais un schéma:

wpid-DSC_2750.jpg(là, on se rend compte que le dessin, c’est un métier)

Quel est ton livre préféré, et pourquoi ?

Un carnet, vierge. Parce que potentiellement on peut tout y (ré)écrire. Sinon n’importe quoi de Bukowski, Roth, ou Paasilina.

Jimi Hendrix ou Jimi Hendrix ?

Johnny Cash!

Quel est ton film préféré avec ou par Clint Eastwood ?

J’ai un problème avec Clint, je le trouve terriblement sexy, donc j’oublie totalement ce qu’il peut bien raconter/jouer. Je peux donc regarder n’importe quoi avec lui, sans le son, juste en matant ses profils. Faible femme que je suis.

Pourquoi le vin ? ou pourquoi pas le vin ?

Parce que le cheval c’est génial et le vin ça fait du bien.

Dessine-moi un mouton.

wpid-DSC_2756.jpg
Quel pays aimerais-tu visiter en priorité ?

Le pays imaginaire ! (en vrai l’Italie, j’en crève d’envie)

Lard ou cochon ?

Le cochon parce que c’est l’enfance de lard.

C’est quoi la taille parfaite ?

Celle qui tient dans ma main. Je parle de bouteille, obsédé!

Tu ouvres quelle(s) bouteille(s) ce soir ?

Je sais pas encore: j’avais un muscadet à ouvrir mais je me rends compte à l’instant que j’ai oublié de le mettre au frais. Donc je vais improviser.

Comment gères-tu au quotidien le fait que j’ai toujours raison ?

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Voilà. Sur ce, bon week-end!

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13 réflexions sur “Le sexYsme au mètre*

  1. PDM, ça fait du bien de te lire, car finalement n’importe quel secteur vit avec un machisme primaire en fond (fond de tout: de conversation, d’écran, de verre…), lequel alimente un truc ringard vieux comme le monde: le sexy fait vendre. AU SECOURS !!!! Pourquoi est-ce que les femmes doivent être sexy pour être crédibles ou autorisées à passer du côté obscur de la force ? Bon, j’arrête sinon je sens que je vais me transformer… d’ailleurs, je te laisse, j’ai un morceau de salade coincé entre les dents, y paraît que c’est pas très sexy 😉

  2. Pour Emmanuel GIBOULOT, les choses sont simples.
    1) la viticulture moderne détruit tout ce qui vit dans une vigne pour ne pas avoir de pathogène
    2) Une espèce arrive dans la région, pas de concurrent vu que tout le monde est mort et elle s’implante
    3) les vignerons prennent peur et décident de tuer un peu plus les espèces locales de peur de voir le nouvel arrivé se propager

    Emmanuel a choisit de créer un écosystème le plus varié et diversifié possible sur son domaine pour éviter qu’une seule espèce puisse devenir majoritaire et causer la situation que la viticulture classique a créée.

    Normal qu’il refuse de détruire ce qu’il a créé, d’autant que les mesures – pour dévastatrices qu’elles soient, n’ont aucune efficacité quand au but recherché… Ce n’est pas 1 insecticide par an qui peut stopper net le risque de voir la citadelle incriminée se propager. En revanche, c’est nettement suffisant pour perturber un écosystème équilibré…

    La loi impose une démarche qui n’apporte rien et par laquelle on perd beaucoup ! Juste un exemple pour ne pas que ça ressemble à de la philosophie:
    là où l’insecticide est devenu systématique, il faut de nouveau traiter contre les acariens alors que ça fait plus d’une décennie que les acariens étaient contenus par la faune auxiliaire naturelle… l’insecticide ayant détruit la faune auxiliaire, on ajoute 2 pesticides de plus dans la nature… pour gagner quoi ?? Rien… euh, si, un peu plus de pesticides dans l’eau, dans l’air et dans la bouteille…

    En étant conscient de la réalité des choses, c’est un devoir de soutenir Emmanuel…

  3. Rappel. Tout commentaire à caractère insultant, sexiste, homophobe, grossophobe, raciste, toute injure dans les commentaires du blog subit le même sort. Non publié. Point. On a le droit de débattre, jamais d’insulter.

    « mal-baisée aigrie » est un bon exemple.

    Bisous.

  4. C’est peut-être une « grognasse way » d’être sexy mais elle ont bien raison de le faire si cela leur permet de faire marcher leur business. S’habiller sexy sans être vulgaire ça aide aussi dans le monde du travail. C’est une réalité de la vie, bienvenue dans le monde réel. C’est une triste réalité, certes mais une réalité quand même. Vous refusez les commentaires insultants mais vous vous permettez d’insulter les autres. Ne confondez pas féminisme et intégrisme

    • je n’insulte personne, j’ai d’ailleurs bien précisé « way ». C’est une façon de se comporter, pas un problème individuel que je pointe.
      Que cela aide dans le monde du travail, c’est peut-être une réalité (pas partout, pas applicable à chaque travail). Qu’on puisse y réfléchir est apparemment trop pour certaines. Rassurez-vous, je ne vais pas confisquer les talons aiguilles et le rouge à lèvres, j’adore ça 😉

  5. Il ne faut pas confondre “sexy” et “saloppe”. La réalité est ce qu’elle est: les femmes et les hommes sexy et séduisants y arrivent plus facilement sur le plan professionel que des gens qui ne font pas attention à eux. Etre sexy n’a rien à voir avec la promotion canapé ou s’habiller comme un pute pour avoir les faveurs de son boss ou gagner plus de fric. Ensuite il ne faut pas confondre “sexy” avec “femme objet”. Etre sexy n’a rien de dégradant. C’est lié à la confiance en soit et pour les femmes ce n’est autre qu’une manière d’exprimer l’inner goddess séductrice qu’on a toutes en nous. On peut être sexy sans avoir à porter des talons et mini-jupes. Et oui le sexe fait vendre parce qu’on aime ça et je ne vois pas où est le pb! Le jour où Nabila et Zahia deviennent viticultrices et commercialisent leur propre vin on en reparle mais là l’article mélange tout. Attaquez-vous à des choses plus graves. Signé une sommeliere sexyyyyy

    • Regarde:

      « Je vais être très claire, parce que je sens que c’est abstrus pour certains. Être sexy, non, plutôt se sentir sexy, si on le désire, c’est BIEN.  »

      Après, effectivement, tu peux choisir de ne pas lire cette phrase du texte et commenter à ton idée.
      D’ailleurs, si tu peux m’expliquer le coup de « l’inner godess séductrice » j’ai pas suivi.

      (et salope ne prend qu’un « p », faut pas trop leur filer à bouffer, sinon on se retrouve avec un troupeau. De salopes. Oui oui)

  6. Ah Sand… C’est le premier message que je t’envie même si je te suis sur twitter et facebook et te lis ici avec gourmandise depuis quelques temps. Mais sur un sujet comme celui là il fallait que je t’envoie ma solidarité féminine (#grincementsdedents) face aux commentaires (surtout les féminins c’est là que ça fait le plus mal non ?) qui opposent rouge à lèvres et féminisme.
    Donc voilà : je ne suis pas caviste, ni vigneronne mais les mêmes maux sont partout et lire ce qu’on en pense sur ton blog ça fait du bieeeeeen, donc merci, merci et merci ! Et si j’osais, j’ajouterais une bise
    Clo (féministe-mal-baisée-aigrie-aimant-le-vin-et-les-talons-mais-pas-le-rouge-à-lèvres-parce-que-ça-colle)

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