Je suis ritale, et je le reste*

*et dans le verbe et dans le geste (ce qui fait tout de même beaucoup de personnes à vivre dans ma tête, si on compte la flamande et la wallonne).

C’est très frustrant d’être attachée à une cave, parfois. Remballez les images salaces, point de SM ici, mais un constat: avoir un magasin fixe, qui requiert ma douce et lumineuse présence, presque chaque jour de la semaine, c’est très frustrant parce que je ne peux pas faire tous les voyages dont je rêve. Dont l’Italie. Oh, j’en ai sûrement une vision un peu biaisée, un peu romantique échevelée, pleine de clichés et de vespa, d’oliviers et de gens qui gueulent pour un oui pour un non.

J’y arriverai bien un jour, en attendant, je laisse l’Italie venir à moi. Huit vins, des régions différentes, des impressions de déjà vu ou au contraire de la surprise, voilà les derniers jus dégustés:wpid-DSC_2796.jpg

On commence avec un greco di tufo. J’ai un problème avec le greco. Je crois bien que j’ai tellement imprimé dans mes papilles le greco de chez Feudi di San Gregorio, que je ne peux pas, que je n’arrive pas à être impartiale et à goûter sans comparer. En Campanie, les blancs sont le plus souvent à base de fiano, de falanguina (un autre de mes cépages chouchous) ou de greco. Celui-ci est irréprochable, avec une belle fraicheur, une pointe de citron et de la sauge. Mais il ne me raconte rien. Bon.

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Le vin suivant me plait beaucoup plus. On change de région pour la Calabre, et le cépage s’appelle mantonico. A ne pas confondre avec un autre cépage calabrais, le montonico. Simplifiez-vous la vie, adoptez un rital, qu’ils disaient. La mantonico avec un -a serait apparemment apparenté au gaglioppo, ce qui tombe plutôt bien puisque j’en ai goûté aussi, mais n’allons pas trop vite en besogne.

Au nez, on a ce côté terre écrasée de soleil, cailloux, on les sent presque brûlants sous les plantes de pied. On a aussi ce petit truc, ample, fumé qui fait penser qu’il y a du bois dans l’élevage. Que nenni ! Pas un gramme. En bouche, l’impression se confirme: on est forcément sur un vin dont les grappes ont été baignées de soleil et de lumière. Il m’évoquait d’ailleurs des réminiscences de cataratto, cépage sicilien. Chut, ne le répétez pas aux Calabrais. C’est long, c’est rond, c’est puissant et ça se termine héroïquement dans une dernière surprise: de l’acidité. De la belle et franche acidité, bien sûr pas un tranchant de nordiste, mais plutôt celle qui fait du bien. Du genre crème après-soleil. Du genre qui t’aide à reprendre un autre verre.

Troisième vin, un verdicchio. Là aussi, le cépage donne l’appellation du vin. En avant, Marche (c’est la région), un verre et ça dit? Chio! trêve de billevesées, le verdicchio peut parfois laisser des souvenirs acides, voire sulfuriques. On a souvent l’image du vin qui trouerait le parquet, et les estomacs plus sûrement qu’un produit chimique cité plus haut. Sauf qu’ici, verdicchio bien mûr plus passage en tonneaux (probablement pas neufs) adoucit sa verdeur naturelle, le domestique sans le brider. Le nez est joli, tout ciselé autour des agrumes et de la poire, la bouche est tendre, ronde, la poire est bien présente, on se dit qu’avec un poisson noble, un beurre blanc, on toucherait au bonheur du bout des doigts.

Quatrièmement, nous y voilà, au fameux gaglioppo: on revient à la Calabre, par tous les chemins. Mélange d’un chant barbare et d’un ciel d’Italie, le gaglioppo est un cépage qui proviendrait selon les recherches de … Grèce. Soit. aussi appellé mantonico nero, on le trouve aussi en Sicile et Sardaigne, mais peu. Celui-ci, il m’étonne. Son nez discret rappelle un peu les pinots noirs peu exubérants, on est loin de la débauche de fruits et des concentrations italiennes. En bouche, le profil est aigu. Un aigle qui tarde à prendre son envol. C’est précis, fin, presque trop. Ça ne sonne pas « italien ». On ne peut lui reprocher que ça: 36 mois en cuves inox et 6 mois supplémentaires en bouteilles ont patiné les tannins, il n’est ni agressif ni trop baraqué, il joue au contraire sur le fil tendu un beau numéro d’équilibre. Vivace, minéral, frais. Perturbant.

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En cinq, la Toscane. Exit les chianti, pour une appellation moins prestigieuse (ou galvaudée, c’est selon): morellino-di-scansano. Le cépage roi toscan, c’est le sangiovese. Je pourrais écrire une (plusieurs) odes au sangiovese, tant c’est un cépage capable de produire des rouges d’une intensité dramatique, passionnelle, sensuelle, amoureuse folle. Rien de moins. Ici, il est tempéré d’un peu de cabernet-sauvignon. 20% du vin est passé 6 mois par les fûts, histoire de lui apprendre la vie. Comment donner une note juste de ce vin. Prononcez morellino… Vous entendez comme ça roule dans la bouche, comme ça se déguste comme un bonbon? Adjoignez lui maintenant le fouet du « scansano ». Et paf, vous avez résumé ce vin. Un festival de fruits noirs, une gourmandise de mûre qui jute sur les mains, et une finale épicée qui vous remet dans le droit chemin. Essuie ton menton, relève-toi. Un vin qui incite au péché tout en vous sermonnant dans les 15 secondes: c’est irréfragable, j’adore!

En six, aglianico del Molise. Facile: le cépage est l’aglianico et la région… le Piémont. Non, je déconne: la Molise, bien sûr. Une partie du vin passe en barriques, l’autre est en cuves inox, puis on laisse l’ensemble en bouteilles 6 mois avant de commercialiser. Le nez est massif, manque de précision. Fumée, boisé, trop prégnant. La bouche est fermée, tannique, le bois suce l’intérieur des joues. Trop jeune, pas au top de sa forme. A re-goûter dans quelques temps.

Quand j’ai commencé à découvrir l’Italie viticole, j’ai eu vite un crush pour le primitivo. J’en ai parlé déjà, le primitivo a des origines cheloues. Dans les Pouilles, il peut être un démoniaque gorgé d’alcool et confituré à mort, ou une bombe fruitesque qu’on sirote sans y penser, parce que c’est putain de bon. Deuxième cas de figure: je retrouve mon cher primitivo, sa belle cerise noire toute frétillante, sa bouche pimpante et croquante.

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On termine avec un vin du Veneto, un ripasso élaboré à base de corvina, molinara, rondinella. Malheureusement, 48 h d’ouverture l’ont fatigué. Il n’est pas au top: le nez est fané, la bouche est pauvre. Out.

Villa Raiano, greco-di-tufo DOCG +-15 euros

Librandi, efeso-val-di-neto IGP (mantonico) +- 16/17 euros

La Marca, verdicchio-di-castelli-di-jesi-capovolto DOC +- 13/14 euros

Librandi, duca-san-felice-riserva DOC (gaglioppo) +-13/14 euros

Romitorio, morellino-di-scansano DOCG (sangiovese-cabernet) +- 10 euros

Di Majo Norante, aglianico-del-molise-contado DOC +-15 euros

Polvanera, primitivo 16, gioia-del-colle DOC +- 23 euros

Ca’de’Rocchi, valpolicella-superiore-ripasso-montere DOC (molinara, rondinella, corvina) +- 15 euros

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