Céline, Simone, et le goût des autres…

Céline se marre

Je crois que je prends goût à cet exercice d’humeur du week-end. Il est tôt, mon triple expresso avalé, les neurones pas encore bien réveillés et pour cause: un cauchemar orthotypique m’a occupée une partie de la nuit. J’ai rêvé que je devais aider mon fils à préparer une dictée comprenant uniquement des appellations de vins: elles étaient toutes incorrectes, et ça me rendait dingue. Comme quoi, il est peut-être temps de faire un break.

Ça tombe bien, je pars demain et pour trois jours.

En Alsace. Bon.

Je pense vin, je vis vin, je vacances vin: nul n’échappe à sa passion.

Et puis, voyons le bon côté: j’espère avoir au moins une belle rencontre à vous raconter, ici. Les belles rencontres… Le lecteur attentif sait que finalement c’est aussi ça qui me fait courir, et tapoter sur le clavier.

Le VDV de ce mois, paru hier m’a permis de me replonger dix ans en arrière, à Poussan. Et depuis hier, je me pose pas mal de questions.

Je me demande pourquoi certains vins, qui ont tout pour être « grands » n’explosent jamais médiatiquement. Rustan continue m’a-t-on dit à faire un boulot excellent, pourtant il est très rare de croiser ses bouteilles. Il avait -il a – tout en main pour être un de ces crus qu’on s’arrache, dont on voit passer les photos de quilles sur FB, entre grands amateurs, sourires matois et confidences en connivence. D’autres que lui y ont mieux réussi. Pourquoi? Je n’en sais rien. Son identité purement languedocienne, son « vin de garage », sa précision aurait pu en faire une de ces stars de micro-chai, comme il y en a d’autres. Il n’est pas devenu une « Star ». Je ne sais pas si c’est mieux, ou non.

C’est curieux comme certains vins arrivent à faire leur trou médiatique, d’autres jamais. Il est évident que la présence sur les réseaux sociaux, le savoir communiquer, aide beaucoup aussi les vignerons. Ceux qui savent faire. Certains m’ont donné envie de goûter leurs pinards, juste au détour de discussions sur un mur facebook. Curieux, non?  La relation humaine, même virtuelle, quand on parle de vin est encore très présente.

Avant le goût, les mots. Rien de neuf: avant on lisait les revues, un ami nous parlait d’un pinard qui l’avait laissé sur le cul. Ce qui a changé, c’est que maintenant on peut être en prise directe avec le vigneron. Avant même d’avoir goûté ses vins, on en sait déjà beaucoup sur lui.

Le goût, on en a encore beaucoup parlé cette semaine. A bien distinguer de la qualité, pour deux vins, de Provence.

On peut respecter éminemment un producteur, son travail et ne pas accrocher à ce qu’il fait. Du moins je le crois.

milanJ’ai fait part de ça sur les réseaux sociaux à propos du grand blanc 2010 de Milan. Si je n’ai rien à lui reprocher au niveau technique, si j’estime que c’est un très beau vin blanc, bien fait dans son style, ce style justement ne me parle pas. Rien de grave, personne n’en mourra. C’est la subjectivité du goût, c’est la liberté de garder le sien, loin des modes et des prescriptions. Un des commentaires qui m’a le plus amusée a été de lire:

C’est dommage, parce qu’ils sont sympas, mais j’aime pas trop leurs vins.

Oui, on regrette de ne pas aimer un vin, de rater la rencontre gustative alors que la rencontre humaine est là.

A contrario, le lendemain, je goûtais Simone rosé 2006.

simoneLes rosés ne sont pas ce qu’il y a de plus accrocheur chez Simone, mais moi, avec quelques années de bouteille, ils me plaisent bien. J’aime leur rectitude, j’aime le fruit pas putassier, j’aime aussi ce discret décrochage qu’on trouve aussi dans les blancs, qui vous fait imaginer qu’on est assez loin de la Provence. Et cette finale qu’y fait qu’on y revient, fatalement. C’est un genre. Un style.

Poster la photo sur les réseaux sociaux, et là, paf ! Des réactions très épidermiques:

Comment peut-on aimer ça?

Peu d’arguments strictement œnophiles:

Le proprio est imbuvable.

Soit, ça arrive. Je n’en sais rien, j’ai toujours acheté mes Simone en cave, et je ne me suis pas rendue sur place. Je ne peux pas en juger.

Le vin est trop cher.

Encore une fois, le prix est une question compliquée, relative à la valeur que les gens qui aiment ce vin peuvent lui accorder. Je mets le prix parce que j’aime ces vins-là. Qu’on me pousse à les comparer avec d’autres vins semble absurde (les silex de chez Dagueneau, autant comparer des pommes et des salsifis). Certains vins que j’adore coûtent chers, d’autres non. Ça me fait un peu plus réfléchir à combien en acheter, mais c’est tout.

Le rosé, ce n’est qu’un vin de soif.

Le rosé peut aussi être un vin de soif, comme les rouges. Comme les blancs. Mais foutre, ne le résumons pas qu’à ça. J’ai toujours un peu de mal avec les gens qui me disent je déteste tous les *remplacer par une catégorie de vins*. D’abord parce qu’il est improbable de les avoir tous goûtés. Ce serait un peu comme de dire « je hais toute la littérature américaine » en ayant juste lu Irving ou Salinger. D’ailleurs, moi j’aime pas le sucre, et hier je me suis régalée d’un rivesaltes-grenat. Celui-ci pour être précise.

vaquer

Rivesaltes-grenat, domaine Vaquer, l’extrait 2007

Un vin d’une fluidité, d’un équilibre, et d’une précision qui ont fait que paf, on a bu toute la bouteille, en discutant, parce que jamais le sucre n’a pris le dessus, parce qu’il était là, juste dans l’ombre, pour accompagner subtilement la bouche. En renfort discret. En voilà une toute belle quille pour douze-treize euros à tout casser.

Mais revenons au débat sur Simone, qui s’est enflammé à tel point que ça en est arrivé aux insultes: j’ai rarement vu ça, en tous cas avec une telle violence.

Le goût de l’un n’est pas le goût de l’autre. On peut être unanimes sur la perfection technique d’un vin, et en désaccord amoureux avec. On pourrait aussi décider de ne parler de vin que sous ce prisme là, la perfection technique, mais ce serait un peu ennuyeux non? Je trouve assez génial -à la condition d’être extrêmement respectueux du vigneron et du travail qu’il a accompli- de pouvoir être libre d’aimer ou pas. De ne pas sentir une pression quelconque sur les épaules. De ce qui est grand ou non. Un vin est grand pour moi quand il me remue les tripes, pas parce qu’il coûte cher, pas parce qu’il est réputé, ou porté aux nues par certains. Il est grand quand il me secoue.

Ce que je trouve drôle, dans ces deux cas, c’est qu’on ait parlé à charge ou à décharge des propriétaires. Comme si le fait qu’ils soient sympas devait faire peser une sorte de culpabilité quand on n’accroche pas plus que ça aux styles de leurs vins. Comme si le fait que le type soit antipathique devait forcément vous faire boycotter leurs pinards. On en revient là encore à l’humain derrière le vin. Faut-il arriver à débarrasser un pinard de son contexte, terroir, appellation, vigneron, et même sympathie de ce vigneron pour le goûter convenablement? Pour émettre un avis?

En ce qui concerne terroir, appellation, cépage, vinification, clairement: non! Ils sont des éléments de compréhension du vin. Ce sont des éléments de son langage, si on peut les « gommer » dans un premier temps pour juste laisser les sens parler l’intellect doit reprendre le dessus et contextualiser.

Et l’antipathie du vigneron? Est-ce qu’on passe dessus si le vin est vraiment grand? Est-ce qu’on s’accorde des dérogations pour certains? Est-ce qu’on se base sur ceux, et uniquement ceux qu’on a vraiment rencontrés pour s’arroger la prérogative de détester leurs vins?

En même temps, je ne veux pas être obligée non plus d’aimer tel ou tel pinard parce que machin est un type/une nana génial(e).

Compliqué, hein?

Dans toute discussion de ce type, on en arrive forcément au point Céline.

Pas celle-là, l’autre. Céline l’immense écrivain, Céline le type imbitable.

Doit-on toujours dissocier l’œuvre de son auteur, ou au contraire sont-ils intimement liés? Doit-on considérer que le vin est une œuvre, au même titre qu’un bouquin? Doit-on détester les vins des types détestables ou adorer ceux des gens adorables?

Vous avez deux heures. Moi je vais me refaire un café.

Bon week-end!

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6 réflexions sur “Céline, Simone, et le goût des autres…

  1. Le vin n’a de bon que le moment que l’on partage avec l’autre. Même un excellentissime flacon à déguster seul n’est pas sublimé. Le vin, c’est le partage. Oui, si le vigneron est un « con », je n’apprécierai pas autant la dégustation. Oui, les amis, l’ambiance autour d’un vin moyen peuvent sublimer le moment. Ca fait pas 2 heures, mais j’ai besoin d’au 3ème expresso là! Bises à tous et Très bon WE de dégustation…

  2. Je dois avouer que j’ai effectivement longtemps fait parti de ceux pour qui « le rosé c’est dégueu »,sans finalement avoir totalement cessé d’en boire (soit sur des salons, soit tout simplement chez des amis), ce qui m’a permis de tomber sur quelques quilles qui finalement se défendait très bien.
    Comme par exemple le Rosé ‘Coté fruité’, un côte du Lot de Mas Del Périé, très rond et fruité à volonté; je ne l’ai jamais fait mais je le conseillerai presque sur un plat créole, genre boudin noir épicé et ananas, mais jusque là il passe très bien à l’apéro!! Enfin effectivement tout reste une histoire de goûts et il ne faut pas s’arrêter aux à priori!! Mais c’est vrai dans tout les domaines, il faut rester ouvert à toute proposition!!!,

  3. Ah ben moi, un des rares rosés que j’ai aimé (et aime encore) c’est justement celui de Frédérique Vaquer !

    Sinon, apprécier le vigneron est un plus. Mais si le vin est bon, peu importe qui l’a fait.

    Je ne demande pas à mon médecin d’être sympa, mais de me soigner.

  4. En ce qui concerne la dégustation de vin, un repas, un film, …… , le fait que le vigneron, le chef, le réalisateur soit sympa ou pas importe peu.
    En ce qui concerne le commerce du vin, c’est autre chose ! C’est évident que si le meilleur vigneron (meilleure vigneronne) de l’appellation est imbuvable, hautain, snob et désagréable, c’est mon choix et ma liberté de plutôt défendre un domaine peut-être « un peu moins grand / prestigieux », mais dont l’accueil, le sourire, la gentillesse compensent très largement le fait qu’il soit « second, troisième ou cinquième de son appellation » !
    Donc, pour répondre clairement à ta question Sandrine, d’un côté professionnel, je boycotte le vin d’un type ou d’une femme antipathique. Et cela fonctionne évidemment dans l’autre sens aussi.
    En ce qui concerne les vins rosés, il suffit de faire une dégustation à l’aveugle avec quelques superbes rosés (comme le Château Pradeaux rosé ou le Château Barbeyrolles « Pétales de Rose » de Mme Sumeire) pour que les « antis-rosés » mettent ces deux vins dans leurs coups de cœur de la soirée 
    Bonne route en Alsace…..passe donc par le beau village d’Andlau ! 
    PS : pour Largentula : je veux, et je trouve, un médecin sympa et qui me soigne bien, un garagiste qui si connaît et qui est sympathique, et d’une manière générale, pour la même qualité de service, je choisis toujours le commerçant sympathique par rapport à celui qui tire sa tronche ! 

  5. C’est vrai que si le gars ou la nana n’est pas sympa cela peut laisser un a priori! Mais comme vous le dites si bien le gout ben c’est une affaire perso, c’est ce qui fait qu’en dégust on peut rencontrer quelqu’un de très sympa mais ne pas kiffer son vin alors que le copain qui goute avec toi lui adore, ou aimer une cuvée et pas l’autre…
    Si vous passer en Alsace je conseille Deiss parceque le gars est bien sympa et son rouge je me damnerais pour une bouteille mais c’est mon gout personnel

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