All sace! *

*je suis fatiguée, je sais ce titre ne vaut pas tripette, contentez-vous en

L’Alsace: y passer trois jours, c’est trop peu. Evidemment qu’on a pas le temps de tout faire, de tout voir, de tout goûter… résumé foutoir de trois jours de balade donc, avec du vrai bon bistrot, de chouettes jus, un nouveau sourire de vigneronne, etc etc. Go?wpid-IMG_20140302_175854.jpgC’est une maison bleue, accrochée à la colline on y vieeeeeeeeeeeeent à pied… Pardon, un vieux réflexe pavlovien. Bon, très bien, la façade du Potin n’est pas ce qu’il y a de plus merveilleux mais le bonheur est dans le pré dedans. Un vrai bistrot, au sens noble. Pas un de ces machins chics qui veulent faire genre canaille, non, on sent bien la vraie authenticité du type qui vous tapote l’épaule, qui court d’une table à l’autre mais qui trouve quand même le temps de vous causer un brin.

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Le beau sourire de monsieur « Potin »

Il est fou de vin, ça se sent, ça se sait, ça s’entend. Forcément que j’aime ça. Vous raconter le parmentier d’agneau serait indécent et comporterait probablement nombre de gémissements suggestifs.

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Parmentier d’agneau au piment d’espelette, Caramba!

La cuisine est top, point, ça n’en fait pas des caisses et c’est très bon. Les vins? Apéroter avec Grittermate de chez Patrick Meyer (domaineJulien Meyer) en 2009, c’est toujours une bonne idée. Voilà un riesling que j’aime, qui me parle, avec du nerf et du poil. Embrayer sur Gilles Azzoni Fable 2011 pour s’en mettre plein le gosier de fraise écrasée, à l’aveugle les Laurentides de Gramenon 2011, du grenache tellement fin que t’en boirais des litres, au débotté. Bref, poussez la porte du Potin, on y est bien. J’oublie le dernier tour de passe-passe de monsieur « Potin », qui nous a sorti ça de son chapeau.

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Trouble fait, c’est 1500 pieds de muscat à petit grains, vinifiés en grappes entières et élevés sous bois. Un coup du Clot de l’Origine.

Dire que c’est un muscat immense serait mentir. Mais c’est le genre de vins que tu prends plaisir à siffler, parce qu’il sort du rang, des codes. Y a un peu à boire et à manger dedans? Pas grave, ça m’a fait le dessert. Avec la tatin, c’était parfait.

Le Potin

11 rue du Général Vandenberg
67140   BARR

Au rayon table toujours, le bistrot-winstub du Chambard.

wpid-IMG_20140304_185053.jpg A Kaysersberg, le joli village où se situe (entre autres) le domaine Weinbach, c’est réputé, dûment. On y a déjeuné correctement, le service était relax, les vins à la carte plutôt chéros, et les demi-bouteilles pas très présentes. On a bu ça, pourtant sur un joli terroir, pas été éblouis.

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Le Chambard

En plein centre de Kaysersberg.

Puis on pousse d’autres portes et  au rayon « expériences paranormales », je demande  commander un pichet de rouge et se retrouver avec un pinot noir glacé (le systématisme alsacien consistant à tuer ses vins par le froid me tue) dans un winstub où un renard empaillé à patte cassée vous accueille . Commentaire de mon fils?

Il réveille celui-là.

Voilà, exactement.

Deuxième commentaire du fiston

Bon, on y retourne quand goûter chez Jean-pierre?

On y va, on y court même !

Jean-Pierre, pour ceux qui ne connaitraient pas encore -ils vivent sur Mars faut les comprendre- c’est bien évidemment Rietsch.

wpid-IMG_20140303_185130.jpgJ’ai déjà expliqué avec quel plaisir j’ai rencontré le bonhomme. Cette fois, j’ai dégusté avec Anne-Lise. Une short dégustation, par rapport aux trois heures de la dernière fois mais si le plaisir fut court, il était bel et bien là.

Entame des hostilités avec Murmure, un muscat ottonel discret au nez, mais bien joli en bouche: fruit, matière, légère amertume. Je dis banco à l’apéro: si vous en trouvez, ruez vous dessus, au domaine y en plus. Hélas.

wpid-IMG_20140303_185025.jpgEnsuite un sylvaner vieilles vignes, qui vous fait ravaler tout ce que vous pouviez dire de négatif sur ce cépage mal-aimé. C’est précis, c’est fin, c’est tendu, ça tire un peu vers un beau riesling de terroir, bref c’est un jus très réussi.

wpid-IMG_20140303_185720.jpgAu rayon « ruez-vous dessus là encore » les rouges.

Le pinot noir alsacien, j’avoue, j’ai souvent eu beaucoup de mal. Herbacé, limite pas mûr, trop ceci  ou pas assez cela. Mais ça, c’était avant! Ces derniers temps, je redécouvre avec bonheur qu’on peut en faire de beaux jus épicés ou de gourmandises à picoler sans culpabilité. Ici, on joue dans le second registre. Matez-moi cette couleur:

wpid-IMG_20140303_184901.jpgCarrément que ça donne soif, non?

C’est plein de fruits, ça te pète au nez avec de tous petits gnons mignons, ça te titille de gariguettes, de griottes, ça goguette et ça babille, bref c’est un jus tendre pour prendre son pied léger.

On a terminé avec la « sucrette »: gewurtz.

wpid-IMG_20140303_185603.jpgBah oui. Dieu sait qu’on peut faire de merveilleux gewurtz secs, mais il faut pouvoir déloger l’idée reçue « gewurtz= vin doux » de l’esprit des gens. Pas facile. Coin-coin.  Alors, quitte à faire avec du sucre, autant que ce soit bien fait et équilibré. Ça l’est.

Le fiston adore les vins des Rietsch. Le fiston a bon goût. Normal, c’est mon fils.

Maintenant, ouvrez bien vos esgourdes, parce que je vais pas le répéter deux fois: il va falloir suivre -de près- ce sourire.

wpid-IMG_20140303_184747.jpgJe vous présente Catherine. Catherine Riss.

Je ne devrais pas vous en parler, et la garder égoïstement pour moi toute seule: un hectare et demi de vignes, maintenant deux et demi, ça produit pour ainsi dire que dalle comme quilles.

Premier millésime: 2012.

Fille de restaurateurs alsaciens, elle est très vite sûre d’une chose: la restauration, no way. Mais le vin l’intéresse. Après une expérience de vente, pas concluante, elle fait une vendange, touche à la vinif. Révélation. C’est ça, sa voie. Elle apprend, part notamment en Bourgogne, revient en Alsace bosser pour Chapoutier, dans une petite vallée, à l’écart de la route des vins. Le métier la passionne, ça se voit. Elle a du caractère, en trois secondes on est fixé. Faut-il dire que ça m’a plu? Faut-il dire aussi que faire cette photo la rendait mal à l’aise? Je sais à quel point c’est dérangeant, les photos. Mais le sourire lumineux, comme les vins, fallait pas que vous le loupiez. Ça respire l’humain heureux de ce qu’il fait, moi j’aime bien.

Elle sait ce qu’elle veut. Faire des vins qui lui ressemblent et qu’elle aura plaisir à boire.

Pour l’instant, elle vinifie chez Rieffel, à Mittelbergheim, mais compte bien s’installer bientôt dans « ses meubles ». On commence par dessous de table, un assemblage où tout est pressé, vinifié en même temps. C’est sec, c’est fluide, ça roule tout seul. Les parcelles sur grès donnent peut-être ce côté féminin? HAHAHA.

Pardon, cette rondeur, cette sensualité, ce jus gourmand. J’aime beaucoup.

De Grès ou de Force est un pur riesling. Sur du grès, toujours,  et élevé en barriques anciennes, c’est un beau profil, ciselé, droit, tendu.

Mais le vrai gros, énorme, coup de coeur c’est le second riesling. Schieferberg est du riesling sur schiste. Catherine est persuadée que c’est là le terroir du riesling. Que schiste et riesling sont fait l’un pour l’autre. Comme Stone et Charden comme le yin pour le yang. Je suis plutôt très d’accord: le vin est tendu, c’est carrément ce qu’on boirait pour se remettre d’une nuit d’amour chahutée. A la fois réveil et consolation,  tendresse et gifle… La minéralité, le fruit, le jus, la complexité: il y a tout ce qu’on, ce que j’aime dans les rieslings.

Le pinot noir est un vrai beau pinot, dans le même esprit que chez Rietsch, à picoler d’urgence. Sauf qu’il n’y en a déjà plus. Là aussi, si vous en voyez, jouez des coudes et goûter, ça vaut!

wpid-IMG_20140303_184618.jpgÉvidemment, y en aura pas pour tout le monde. Évidemment, ça va encore s’affirmer. Mais elle a des projets, une vision, de l’envie. A suivre. Vraiment!

D’ailleurs j’en profite pour faire passer un message:

Catherine, si vous lisez, ça vient de l’arsouille qui me sert de fils

J’ai bien aimé les vins de la dame aussi, mais j’ai oublié de lui dire… Tu pourras le faire pour moi?

Pour terminer le séjour, quoi de mieux que d’aller faire la bise à un collègue? Faire la bise à deux collègues, té!

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L’un des sens est un caviste-bar à vins pourvoyeur de quilles et de bonne humeur. Je peux vous le dire, j’y ai bu du bon.

wpid-IMG_20140304_185157.jpgUn très beau jus de Binner (où le joli terroir de Kaefferkopf était pour le coup bien mis en valeur). Un autre style de pinot noir alsacien, chez Bannwarth, touche épicée et structure.

wpid-IMG_20140304_185456.jpgGypse, chez une autre vigneronne, Sylvie Spielmann, qui m’a bluffé par son amplitude. Y en a franchement sous le pied, pour ce vin issu de parcelles complantée. C’est beau, c’est grand, c’est encore un bébé.

Et l’anathème, du mont de Marie: un jus avec pas mal d’aramon, qui étonne par sa fraicheur, qu’on aurait situé bien plus haut sur la carte.

L’un des sens

18 rue Berthe Molly

68000 Colmar

Fallait bien rentrer un jour, fallait bien. Mais l’Alsace, une fois qu’on y goûte, on n’a plus trop envie de la quitter.

Ouin Ouin.

Le mot de la presque fin: ma descendance, dépiautant à grand peine ses escargots:

Dis donc, j’arrive pas à les attraper… Ils en font une question d’honneur ou quoi?

Il a huit ans, j’ose pas imaginer quand il ouvrira son blog… Note bien que d’ici-là, les blogs n’existeront sans doute plus. A un moment, ça lasse, ces gens qui ont un avis sur tout et se permettent de l’écrire.

L’Alsace c’est fini: on se consolera en repensant au très bel accord rognon-ris de veau et beaune à l’hôtel Julien.

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wpid-IMG_20140303_215910.jpgJe sais, c’est dégueulasse de vous faire baver comme ça. Ben fallait venir !

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6 réflexions sur “All sace! *

  1. Très envie de contacter C. Riss après avoir lu ça. Petite correction, stp, le vin de Gilles Azzoni s’appelle Fable et non Fabre (oui, je chipote, mais, ça prouve que je te lis)

  2. Alors ça alors!
    J’ai rencontré deux fois Catherine Riss en une semaine d’intervalle sans même le savoir!
    D’abord chez Marc Kreydenweiss , qui expliquait les vins du domaine, et une seconde fois il y a deux jour au Salon DiVines de Strasbourg.
    Effectivement elle fait de très beaux vins, qui se sont distingués parmi d’autres noms bien plus connus!
    Très belle découverte, félicitation à elle!
    Le Gypse de Sipp : pépite je confirme!
    Merci de parler de l’Alsace ainsi , ça fait plaisir à lire!

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