Journée de l’infâme*

*tu perçois le jeu de mot subtil, cher lecteur de mon cœur?

L’avantage du billet d’humeur, c’est de pouvoir digresser et sauter du coq à l’âne.

La blogo vin s’est enflammée ces deux derniers jours: ça m’a gavée. En gros, la parution d’un livre que je n’ai pas encore lu mais ça ne saurait tarder a déclenché un genre de guerre mondiale des opinions, plutôt en dessous de la ceinture, plutôt pas très argumentées. Bref, il ne faisait pas bon se promener sur les réseaux cette semaine. Atmosphère puante. Putride même.

Elle a permis, avec les moins obtus du lot d’ouvrir le débat sur d’autres choses, aussi. Le fait que systématiquement quand on insulte une femme, on use de termes sexuels, dégradants non pas pour son intellect mais pour sa pseudo-facilité (ou son absence de facilité, cf les très récurrents « mal-baisée »). Je suis comme Gizmo, tu me balances un truc égalité homme-femme je me transforme en vilain gremlins féministe.  Et avec la journée de droits des femmes qui arrive demain, j’aime autant vous dire que:

GRUMPY SAND IS GRUMPY.

Oui, je considère qu’UNE journée par an, c’est peanuts.
En vrai, ça sert surtout à des campagnes de comm déplorables (cf mettez du rouge), et à des marronniers ds les journaux à base d’inégalité salariale. Ça sert surtout à dédouaner de leur culpabilité  certains hommes et femmes qui à l’année ne se bougent pas les doigts du fion.
C’est tous les jours, et sur tous les sujets qui touchent l’égalité homme-femme qu’il faut communiquer. Pas en se souvenant une fois par an de l’excision, des femmes battues et du viol conjugal. On ne le répétera jamais assez: tous les combats sont importants, il n’y a aucune hiérarchie à établir. Traiter une femme de salope parce qu’on est pas d’accord, ce n’est pas admissible, tous les jours. Comme lui donner du « ma petite » pour l’infantiliser.

Une discussion aussi sur le, les blogs. Qui sommes-nous, la blogo vineuse? Quel est notre rôle? De quoi devons-nous parler?

Perso, je suis plutôt pour ouvrir un max. J’aime assez l’idée de passer d’un sujet à l’autre, de laisser paraître de l’humain derrière le vin et vice versa.

Il parait que c’est aussi notre rôle, essentiel, de taper dans la fourmilière. D’initier aussi les débats: tant qu’ils restent des débats justement, pourquoi pas? Si ça tourne au pugilat, systématiquement, aucun intérêt.  Le blogueur n’a pas de « rôle » à jouer, il est là, il propose des choses, on le lit, ou pas. Je n’estime pas avoir un rôle, si ce n’est d’être mon propre porte-parole. J’aime écrire, j’aime partager, j’aime le vin. Fais-je vendre plus de quilles aux vignerons dont je parle? J’en sais rien. Est-ce que j’ai une influence? Sur ceux qui veulent bien se laisser influencer (donc, ce n’est pas une vraie influence, CQFD). Le blog c’est une tribune, oui, mais une tribune qui ne s’adresse qu’à un public choisi et qui sait ce qu’il lira. On n’est pas des artistes de première partie, à devoir acquérir un public, on l’a déjà. Et forcément, on ne « convainc » vraiment personne: ils sont déjà convaincus en ouvrant le lien.

Sauf les quelques trolls qui trainent de ci de là: joie d’internet !

Il y a des sujets dont je ne parle pas, ou très peu. Je fais juste des textes qui moi me feraient marrer à lire, en fait. Je suis mon meilleur public. C’est complètement égotique et nombriliste: j’assume.  Je n’ai rien écrit sur la flavescence parce que si je l’avais fait, ça aurait été bassement opportuniste pour faire du trafic à un moment où c’était bien d’en parler et que je ne maitrise pas assez le sujet. J’ai interrogé des vignerons en off, pour moi, pour comprendre et analyser.

Mais bref, parlons de vin.

Attention, foutoir total.

Premier vin sur lequel je ne vais pas m’attarder d’ailleurs: ceci.

wpid-DSC_2984.jpg

Oui, c’est un bordeaux. Ça se voit pas au premier coup d’œil. L’étiquette est marrante: c’est la meilleure partie de la bouteille.

C’est rare, très, mais celui-là a fini à l’évier: acide, désagréable, aucun fruit. Déception totale. Natural circus, merlot, bordeaux.

Beaucoup mieux, le muscadet chouettos que voilà.

musca

J’ai des souvenirs aigus de dégustation de muscadets en rafales, dont un proprio ne sachant plus quoi inventer sans doute me vantait le goût de platane (wtf). Ici, on est dans de la buvette sympa, c’est fruit blanc, c’est la chemise ouverte à trois boutons, c’est le printemps qui s’insinue. Rien que du léger et du sans suite: il en faut. Ça coûte autour de 6,5 €. Les bêtes curieuses, la Perdrix de l’année, muscadet

Encore un blanc, et rien à voir, tout à boire!

wpid-IMG_20140306_195541.jpgLe Jura, c’est plus fort que toi. Petite histoire qui fleure bon la passion: Kenjiro est japonais, Kenjiro est ingénieur, Kenjiro adore le pinard. Il l’étudie, apprend à le faire, à droite à gauche, rencontre quelques « monstres » dont Shueller, Ganevat puis paf ! Sols calcaires, savagnin-chardo-poulsard-trousseau. Pose de valises dans le Jura, et hop, quand est-ce qu’on part? Entre autres. C’est du libre et du poétique: va faire un commentaire de dégustation hyper classique là dessus. Dire que ça goûte la pêche blanche, ça avance à quoi? Moi ce vin là, il me parle, il me raconte des prés fleuris, il me souffle de l’air et du vivant, c’est une gourmandise presque enfantine, ça a de la candeur et de l’innocence retrouvée.  Domaine des Miroirs, les saugettes côtes-du-jura. De mémoire une quinzaine d’euros.

wpid-IMG_20140305_213031.jpgJ’aime les vieilles choses: ce n’est plus un secret. Ce chinon a vingt ans, et il est encore frais comme un cul de poulette (l’animal, oui, point de sexisme malvenu). Ce vieux cabernet m’a enchantée: un peu comme quand on découvre fasciné tout gosse une toile d’araignée emperlée de pluie. Les constructions complexes et pourtant si fines. Le vin est comme ça: le fruit y est une ombre, un filigrane. On n’est plus dans un registre où on se remplit la bouche, on laisse venir des choses discrètes et élégantes, une pointe de tabac, un soupçon de cannelle, un peu de poivre noir. Fantastiquement délicat. (difficile d’estimer son prix) (L’échansonne, chinon, sélection noël Pinguet, mis en bouteille par Olga Raffault)

wpid-DSC_2978.jpgAnd last but not least, on pourrait partir pour le rêve, on se contentera de la Toscane. Ornellaia, super toscan. Ornellaia, avec tout ce qu’on pourrait lui reprocher, d’excessif, de trop cher, de trop snob. Ici, c’est un « petit » vin d’Ornellaia. Et c’est grand. C’est profond, long, dense. Merlot, sangiovese et cabernet sauvignon. Pas très rital? Et pourtant… C’est la dolce vita, cette furieuse amoureuse italienne qui te promet un baiser et dont la langue ne te quitte plus. C’est son goût, son odeur, tatoués. Il y a du jus, mais plus cette fougue énervante de la jeunesse. Le plaisir maîtrisé de la maturité. Entre 15 et 17 euros, m’a-t-on dit. Le Volte toscane IGP, Ornellaia

Pour conclure, parce que plutôt que de s’écharper c’est mieux de penser à picoler. Et à soutenir les vignerons, je relaie ici l’initiative d’un bordelais. J’ai pas souvenir d’avoir goûté ses vins, mais le grand Manu dit que c’est bien. Faut-il le croire? Bénéfice du doute. Je me dis qu’aller voir un vigneron, apprendre comment ça taille, comment les ceps racontent des histoires, ou pas ça fera jamais de mal.

Moins pérorer, plus agir, plus picoler.

Il faudrait sans doute créer une blogo alternative.

oh toi Internaute qui clique prends garde à ton gosier.

Ici le vin on n’en parle pas, on le boit!

Ça claque, n’est-ce pas?

Allez, bon week-end !

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6 réflexions sur “Journée de l’infâme*

  1. Tenez-nous au courant de vos impressions de lecture de « Vino Business » – cette parution m’avait échappé, mais c’est le genre d’ouvrage qui m’intéresse. Je vous souhaite une belle et bonne fin de semaine!

  2. Bonjour,
    J’ai souvent pensé à créer un blog. Comme je n’ai pas de talent d’écriture, je lis ceux des autres.
    Le votre je ne le lis pas, je le déguste, je le savoure. C’est coloré, ça allie puissance et finesse, c’est fougueux, jeune et mature. Bref je bois vos propos ou plutôt je les picole !
    Levé chafouin je me sens mieux. Du coup j’ai ouvert un Pouilly-Fuissé Domaine de Lalande- Dominique Cornin : je le bois à votre santé. Trinquons et bonne journée !

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