Un beau bordal, des beaux bordeaux*

*le retour des titres de la honte

Ce billet va parler de bordeaux: ne vous enfuyez pas en courant, il ne sera plus question du livre-dont-on-ne-prononce-plus-le-nom (sous peine de se faire admonester par un camp ou l’autre, mon côté crypto-complotiste-de-droite enfin révélé, le monde a le droit de savoir, mais je préfère que ça reste entre nous) mais bien de vin.

Le vrai, le qui coule dans les verres et les gosiers, parce que zut, l’essence d’un blog vin ce n’est pas de disséquer les guerres intestines qui régissent le petit monde de la toile, en sus une fois qu’on y met le nez, c’est tout de même vachement moins plaisant que de déboucher une bonne bouteille de pif.

L’essence du blog vin, c’est de parler de vin(s).

Pluriels. Multiformes. Conventionnels ou non: chacun trouve son plaisir où il le sent.

Bordeaux, donc.

Quand on demande un bordeaux à son caviste préféré, en général on a souvent en tête un rouge.

C’est ainsi, les blancs et les rosés de bordeaux passent dans l’ombre, à tort souvent.

Ça se comprend aisément: la production de l’ensemble de la grosse trentaine d’appellation de bordeaux est à 80% du rouge. Logique donc que mis à part les sauternes et l’entre-deux-mer, dans le meilleur des cas certains graves, les blancs de bordeaux font banquette et restent majoritairement inconnus. Qui connait les graves-de-vayre blancs, qui n’ont rien à voir avec les graves, d’ailleurs? Les côtes-de-bordeaux-blaye blancs et côtes-de-bordeaux francs?

Bref, Bordeaux reste identifié rouge, la plupart du temps. Et c’est bien triste, parce qu’on peut y trouver de petites merveilles. Comme partout? Oui comme partout où il y a des terroirs intéressants, des cépages adaptés et des gens doués de jugeote pour arriver à conjuguer tout ça.

L’encépagement de la région bordelaise en blanc c’est les trois qu’on cite le plus souvent: sémillon-sauvignon-muscadelle. Un triumvirat auquel on peut adjoindre l’ugni blanc, le chardonnay, le colombard et le merlot blanc.

Pour les doux (comme sauternes, barsac, loupiac) le sémillon et la muscadelle haussent un peu plus le ton. Pour les blancs secs, c’est souvent le sauvignon qui se taille la part du lion à l’assemblage, voire s’érige en mono (pas de ski).

Souvent, mais pas toujours.

Car un peuple de gaulois résiste encore et toujours à l’envahisseur sauvignon…

Bon, je déconne, mais c’est pour vous mettre dans l’ambiance.

Trouvons-nous un balcon, et évoquons donc la douce Marie-Cécile.

On est soûls, soûls, sous ton balcon

Comme Roméo, woho

Marie-Céciiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiile-heu. **

Je t’en prie encore une fois montre-toi magnanime

Notre amour n’est pas mort, dis moi que non.

C’est peu dire que cette Marie-Cécile est mystérieuse. Une belle bouteille aux épaules courtes, lourde, large, le cul un peu étroit.

marie-cécile

L’étiquette n’en dit pas beaucoup plus. C’est du vin de France, c’est du 2010, c’est blanc. Bon.

Il faut donc y plonger le nez comme un gosse qui apprend. Sans savoir. Juste en faisant confiance à ses sens pour se guider.

Le nez a de l’allure, c’est une Marie-Cécile un peu chic qu’on aperçoit au loin trottinant sur ses talons hauts, jupe crayon. Le genre de femme qu’on s’attend à avoir un langage étudié et à porter du Shalimar.

On plonge dans un bouquet de verveine, de tilleul en titillant sa gorge. Y a une pointe d’eau de fleur d’oranger, et juste en dessous la chair d’un fruit nu au soleil. Abricot.

Faut éprouver sa douceur. Surprise! En bouche, c’est bien moins tendre qu’il n’y parait, notre Marie-Cécile a bien plus de nerf et de caractère que son printemps fleuri et son allure de dame du monde laissait supposer. Y a une longueur, une profusion d’arômes, on retrouve de l’orange un peu confite, les fameuses notes de verveine en toile de fond, et tout ça ne se livre pas bataille mais s’épouse et se répond. Quand on croit que c’est fini, y a un rappel d’abricot qui surgit. Le vin est sec, indubitablement. Un peu sexe aussi. Parce que oui, il faut bien reconnaître qu’il éveille la sensualité, que l’on se verrait bien à descendre la Marie-Cécile dans un pré fleuri, sur une couverture, profitant des premiers rayons d’été, à deux.

Ou qu’on la mettrait bien, la petite chérie, en compagnie de saint-jacques (priez pour nous, pauvres pêcheurs) juste saisies, une sauce légère comme une caresse acidulée d’agrume. On la boirait, cupides, jaloux, en admirant son beau port de tête face aux coquillages ventrus.

Mais avant de consommer, les présentations.

Marie-Cécile est fille du Chateau le Puy. Je connais encore assez mal leurs vins donc hop, petit tour sur le site du domaine et extrait de fiche technique:

Issu à 100 % du cépage sémillon, vinification et élevage par dynamisation selon des phases de la lune en barriques expérimentés, ce vin blanc sec, sans sulfites ajoutés, est l’archétype des vins blancs naturels.

QUOI?

Du pur sémillon? Un vin nature?

Mais c’est pas déviant, puant le poney, trouble, orange, oxydé? Biffez les mentions inutiles.

Bah non, pas un poil de ce qu’on reproche habituellement aux grands méchants natures.On ne le répétera jamais assez: on peut vraiment faire des vins merveilleux par ce biais là. A la fois complexes, ronds, gras, longs, fruités, plaisants. Orgasmiques? Carrément! Du genre à s’en souvenir longtemps. Du genre à appeler au « wet dreams ».

Marie-Cécile, vin de France 2010, chateau Le Puy, 25 euros.

Et les rosés alors?

Les jours s’allongent, les jupes raccourcissent, les premiers mollets poilus refont leurs apparition, oh émotion!

Je n’ai pas comme certains ce snobisme de dire que le rosé n’est pas du vin- qu’un vin d’été. Mais comme on a envie de boire des rouges bien charnus et douillets pour passer l’hiver, le printemps me murmure des envies de subtil, de diaphane, de frais.

brown

Du rosé? du bordeaux rosé? Ils sont sérieux?

Oh, du vin de fille !!!

Remballez vos rictus. J’aime le rosé, pas parce qu’il est rose, pas parce que c’est pour les nanas. Juste parce que c’est du vin.

Enfin, tant qu’on lira ça, j’aurais droit à « le rosé c’est pour les gonzesses »:

Sans trop de surprise, les femmes recherchent plus particulièrement des vins fruités (45 %), légers et doux.

Un jour, les journalistes arriveront à ne pas ajouter ce « sans surprise » pour commenter ce genre de sondages qui additionne le sexisme à la crétinerie.

Bon. Bref.

Le château Brown ne m’est pas inconnu de nom, mais de palais, oui.

J’aborde donc sa découverte par la face nord.

Jean-Christophe Mau, le proprio s’appuie sur un œnologue consultant, Philippe Dulong pour faire un rosé « comme on ferait un grand blanc ». Avec des cépages rouges, bien sûr, donc moitié cabernet moitié merlot et roulez jeunesse.

Important pour un rosé, la couleur. Oui, c’est superficiel, oui c’est s’attacher à l’apparence mais avouez: un rosé bien brillant ça fait plus saliver qu’un machin gris tout terne. Je ne suis pas experte en rose, mais celui-ci est très joli.

Le nez est … on dirait un nez de blanc. C’est en bouche qu’on peu ré-identifier le rosé: y a une corbeille de petits fruits rouges. Des gariguettes juste colorées, des cerises un peu acidulées, un poil de groseilles mûres. Et surtout, de l’épice. On ne saurait pas où on est, on pourrait presque confondre avec un beau provence (j’ai dit « presque », ne gueulez pas tout de suite). Pour la tenue, la longueur, et tout de même la gourmandise.

Château Brown rosé, bordeaux 2013, 15 euros.

Ben merde, alors: bordeaux sait aussi faire de très beaux rosés? On nous cache tout, on ne nous dit rien.

**les prénoms ont été modifiés, pour respecter l’anonymat. hinhin.

Advertisements

2 réflexions sur “Un beau bordal, des beaux bordeaux*

  1. Merci pour ce beau article sur une bouteille où j’ai ressenti le même plaisir : Marie Cécile. Juste une question, si on continue la présentation du vin sur le site du chateau on peut lire « Il ne peut pas être conservé plus de deux heures après l’ouverture de la bouteille sans perdre de sa finesse en augmentant sa coloration. ». Et en effet je me souviens d’une couleur digne d’un sauterne de 15 ans même juste après ouverture, je ne peux pas dire après 2h30 la bouteille était déjà fini ^^ Est ce que c’est une caractéristique du cépage ou non? Merci 🙂

    • je penche plutôt pour un typique du sans soufre. Le soufre agit comme stabilisant, antioxydant et blanchissant. A ce que j’ai déjà expérimenté/vu certains vins peu protégés en soufre peuvent avoir des couleurs qui « virent » sans que ça nuise vraiment à la qualité d’ailleurs.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s