Danse de sept?*

*Nan, de nonante-sept

Où il sera question de péché, de luxure, de concupiscence et de désir: éloignez les gosses.

Si je dis, danse des sept voiles il est complètement impensable que vous ne me répondiez pas: Salomé. Pour ceux qui sèchent tel un mérou cherchant de l’air, petit pitch.

Princesse de Judée éprise du prophète Jochanaan qui refuse ses avances, elle est invitée à danser devant son
beau-père le roi Hérode et exécute une Danse des sept voiles avant d’obtenir en contrepartie la tête du prophète sur un plateau d’argent.

Selon les versions, elle est fille d’Hérode, ou sa belle-fille mais commanditée par sa mère, ou bien elle est innocente et c’est une jeune fille manipulée et inconsciente de son charme.

Toujours est-il que notre Salomé se livre à une danse incroyablement lascive, devant son père/beau-père, tellement provocante qu’il en perd la tête et ordonne la décapitation du prophète pas plus tard qu’immédiatement.

Ce fameux mythe des sept voiles viendrait d’une autre légende babylonienne ou assyrienne, dans laquelle Ishtar, désolée d’avoir perdu son amant et souhaitant le rejoindre aux enfers, est obligée par le gardien de se défaire d’un vêtement à chaque porte des fameux enfers, qui en comptent sept. Elle y arrive donc nue, et énervée comme un opéra de Wagner, tente de baffer sérieusement la déesse des enfers. Celle-ci a plus d’un tour dans son sac: ni une ni deux, elle fait enfermer Ishtar.  Toute activité sexuelle sur Terre cesse. Comme ça ne pouvait pas durer, parce que bon, quand même sans sexe on s’emmerde un peu,  le roi des dieux sur terre se débrouille pour la faire revenir, à chaque porte elle récupère un vêtement et  foutre et cyprine peuvent à nouveau couler abondamment à la surface.

Mais pourquoi donc ces légendes sales sur un blog vin?

N’est-on-plus sur un blog familial?

Hinhinhinhin.

Parce que je voulais vous introduire au vin de voile.

Le summum, l’extase, et quasiment épectase des vins quand on sait l’apprécier.

Le vin de voile c’est un vin d’attente, de désir suspendu. Il faut l’attendre pour le voir naître.

Il faut ensuite être patient, encore, laisser monter la tension. Car si on peut être titillé par son or coulant, un peu comme une cascade de cheveux le long d’un dos, prenant des reflets différents au gré de la lumière, il va encore falloir réfréner son envie un petit peu.

Lui laisser le temps, de dérouler un à un ses arômes, comme Salomé laisse tomber ses tissus fragiles. Le plaisir est dans le désir, déjà.

J’ai une passion sans borne pour ce type de vin: elle n’a pas toujours été évidente. Il m’a fallu du plomb dans la cervelle un peu de sagesse pour ne plus me ruer comme un soudard sur ces vins-là, puis recracher presqu’aussitôt, en jurant qu’on ne m’y reprendrait plus. Je crois que ça fait ça à beaucoup de monde. Il faut déjà avoir goûté un paquet de trucs pour se laisser prendre au jeu de cette séduction totalement inhabituelle.

Plageoles fait de merveilleux vins de voile. Producteur du sud-ouest, vraie référence, quasi indéboulonnable, goûtez un peu ses mauzac, rien que ça vous m’en direz des nouvelles.

J’ai encavé il y a un moment déjà ses vins de voile mille neuf-cent nonante-sept**.

voile

Du coup, probablement encore un peu naïve, je m’attendais à ce que ce vin de dix sept ans aie un peu évolué.

Et j’ai pécho une Salomé.

Elle m’a fait le coup de la jeunesse triomphante, encore plus parce qu’elle ne sait pas encore qu’elle l’est, qu’elle est inconsciente de son pouvoir, des charmes de ses chairs, de l’appétit voué à sa bouche, ses seins et son cul.

Le nez presque timide ne laissait entrevoir que peu de choses: miel, cédrat, une lointaine saveur exotique, orientale. Puis avec les minutes dans le verre, voilà qu’il éclate soudain, que le fruit se dénude, qu’on y mordrait à pleine bouche mais pas encore.

Ralentir le tempo.

Juste imaginer.

Comment sera-t-elle cette bouche? Gourmande? Juvénile?  Ardente? Désarmante?

Un peu de tout. La touche du voile est là, en amandes et noisettes, il y a du gras, de la texture, de l’acidité, du piquant, du vivant. On boit un vin qui vit, c’est exactement ça, qui mue à chaque nouvelle gorgée, qui excite et contente, dont on sait déjà qu’on ne veut pas voir arriver la fin, alors qu’on vient à peine de commencer.

Vincent me proposait cet accord:

Sur des escargots au vieux lard de cochon noir + éclats de noisette.

Je suis d’accord.

J’aurais aimé tenter ça, mais n’ayant ni escargot, ni cochon noir, j’ai du me contenter de l’éclat seul du vin.

C’était déjà pas mal. Mais dès que j’en ouvre une autre, j’essaie!

**pour le plaisir de ne pas écrire quatre-vingt dix-sept, maudits français.

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