VDV #64: Vin divin, ou devil?

J’aime bien le Doc. Non, mais vraiment. Il fait partie de ces quelques rares pour lesquels j’ai sympathie ET estime. Ceci dit, après m’être d’abord écriée « mais il est génial ce thème VDV » (rendons-nous à l’évidence: la drogue), au moment d’être face à face avec mon écran d’ordi désespérément vide- oh, toi interface blanche et nue, que n’auras-tu pas plissé mon front d’albâtre, ahem- je l’ai maudit. Sur quatre générations, au moins.

Qu’est-ce qu’il nous impose donc comme thème, ce fieffé coquin?

 Pour vous, que sera le vin de demain ?!

A quoi le vin de demain devra-t-il « ressembler » pour vous convaincre dans votre passion ?!

Y’a t-il à votre connaissance des vignerons qui font déjà le vin de demain ?!

Va-t-on dans le mur, ou passerons-nous à travers ?!

Hé ben, on a pas l’cul sorti des ronces, moi je vous le dis.

Quel rat! Le rat devil!

(oui, ma carrière prometteuse en ce qui concerne les jeux de mots vient de prendre un coup dans l’aile).

Il est bien marrant, lui. J’ai d’abord pensé à croquer la vieillissante blogo: le Bon Vivant sucrant les fraises, avec Michel Smith, pas mieux, Vincent au vert, à regretter de ne plus pouvoir mordre dans de bonnes pièces de bœuf, Olif tel Hibernatus conservé dans les glaces de son cher Jura, les punks Antonin, et Guillaume  papys frondeurs, réclamant de vraies purées bios dans les homes, François continuant sa veille internet, vigie sans faille du Lol-wtf du pinard, Marthe prenant des bains de meursault parait-il bons pour conserver la jeunesse de la peau, Maïlys Eva et Ophélie et leurs réunions tricots-chats, Guillaume reconverti en vigneron chauve dans le Beaujo par amour du Gamay, avec l’aide de Nicolas cheveux désormais ras mais idées toujours longues, David préparant des conserves de cassoulet pour ses dix-huit petits enfants, le Bicéphale icône rock sur le déclin, qui a connu la gloire dans les années 2020 avec un groupe dénommé « Glou-trust », tous les autres que j’oublie et bien sûr ce cher Doc, ce bon vieux Doc, pilier de comptoir d’un certain resto-cave rennais tenu par la descendance des anciens proprios. Et puis, je me suis ravisée.

Commençons donc avec ordre et méthode, et reprenons un peu les questions tordues qu’il se pose, notre homme à lunettes:

Le bio est-il la seule alternative pour « sauver le vin et les vignerons » ?

Je rêve d’un monde où le bio serait juste la normalité. Où on ne devrait même plus se poser la question du « il est en bio, le zigue, ou pas? ». Parce que ce serait le cas de tous, partout. Mais …

Faut-il « refuser les progrès, même au nom de la santé publique » ?!

Faut-il « revenir aux fondamentaux de la viticulture, parce que c’est justement une question de santé publique et d’avenir » ?!

La déviance sera-t-elle le seul goût alternatif de demain ?! Le vin est-il clitoridien ou vaginal ?!

WOWOWOW, qu’est-ce que c’est que ces questions subversives et pleines de vice, mon bon monsieur? A supposer que le vin ait un sexe, pourquoi diable faudrait-il qu’il soit féminin? N’est-ce pas déjà lui prêter un caractère? Salope d’Eve, croqueuse de pomme, vierge, mère, sainte et putain…

C’était attendu que je réagisse juste sur cette question là, n’est-ce pas mes enfants?

Hé oui. Parce que je suis la méchante vilaine féministe qui tape sur tout et tou(te)s. Pas plus tard qu’il n’y a pas longtemps, je m’insurgeais encore contre un site « girls only », de vente en ligne de vins spécialement destinées aux femmes, par une femme. Pourquoi?

  • parce que c’est aussi sexiste de créer un lieu « que pour les femmes » que de ne pas admettre des femmes quelque part. Dé-catégoriser soi-disant un truc en recréant une autre catégorie, ça ne marche pas. Non, jamais.
  • parce que lire ce commentaire me donne envie d’envahir la Polognegrangeon
  • parce qu’en sus, elle me cite comme exemple (WTF). Mon propos est depuis le départ de dé-genrer et surtout d’intégrer les femmes au vin, sans les mettre à part, sans demander de traitement de faveur: alors me retrouver citée sur un site qui le fait précisément, comment dire?

Le plus gros problème des femmes c’est … les femmes elles-même.

Eureuka ! Au futur je veux ça !

Un vin qui ne soit ni de femme, ni pour les femmes, ni de gauche ni de droite, et encore moins du centre, ni girly, ni fashion, ni tendance, ni bobo, ni baba, ni néo ni in, ni médaillé, ni tradi, ni pour les vieux, les jeunes, les pédés, les pédettes, les hétéros, les bis, les gnous astigmates et que sais-je encore d’autre.

Un vin qui ne serait pas à destination de tel ou tel, mais qui se construirait sa propre identité, en dehors des courants, sauf ceux des airs, dans le vent et sous le soleil, dans les mains des vigneron(ne)s, au chai, au calme.

Le propre du vin, c’est de rassembler même dans la dissension.

Bien sûr qu’on s’étripera encore sur la méthode, sur les vinifs, sur les conduites de vignoble, les appellations, sur le bio ou pas, sur les natures, sur la déviance de l’un qui est le bon goût de l’autre, des guerres de clochers dont on ne sonnera pas la fin avant très longtemps. Le vin, ça fait causer, rigoler, pleurer, se disputer, se réconcilier.

A moins que le vin ne disparaisse à tout jamais: j’avoue, j’y pense!

Scénario catastrophe d’un matin encore trop peu caféiné, un jour las où le ciel faisant la gueule et trop peu d’heures de sommeil te plongent dans des story-boards de science-fiction en deux coups de cuiller à pot.

Imaginez: si dans cinquante, cent ans, le climat devenu passablement cinglé éradique toutes les vitis.

Imaginez si nos descendants ne savaient plus ce qu’est le plaisir d’un gamay tout fruit qui coule dans la gorge, la joliesse d’un chenin, le peps d’un cinsault, et puis… les kadarka, les plavac, les zinfandel, cabernets, pineau d’aunis, riesling, romorantin, traminer, poulsard, savagnin, pinots, pineau d’aunis, sangiovese, tempranillo…

Imaginez que la vigne ait disparu de la surface du globe, et que ça et là, il ne reste que quelques bouteilles, témoins de ce que fut la civilisation du vin. Des intouchables, eu égard à leur rareté. Qu’elles deviennent comme ces squelettes de dinos, qu’on va voir dans les musées, en essayant de se représenter leur peau, leurs muscles jouant, leurs grognements.

Imaginez donc que nos petits-enfants ne puissent se référer à rien d’autre que de vieux écrits numériques pour tenter d’imaginer le goût de la treille. Qu’ils nous prennent pour des fous de s’être émerveillés devant ce qui n’est somme toute qu’un vulgaire jus de fruit fermenté? Comment traduire la beauté d’un vin si on n’en a jamais eu sur les lèvres?

Tous nés quelque part, tous différents, tous essentiels. Nés des humains, pour les humains.

Et si le vin était l’avenir de l’homme, pour paraphraser l’autre, là?

Le poète a toujours raison qui voit plus haut que l’horizon.

Dépêchons-nous de jouir avant qu’il ne soit trop tard, avant d’avoir des regrets, ou pire des remords.

Du coup, moi je dégaine ceci et en magnum:

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Domaine du petit Gimios, rouge fruit, vin de table

Celui-là, s’il n’est pas rassembleur, je bouffe mon chapeau.

J’avais déjà adoré le très joli muscat, un monstre de gourmandise pure, tellement d’ailleurs que le magnum avait filé à la vitesse de la lumière.

Et bah le rouge fruit, pareil!

Anne-Marie Lavaysse fait du vin bio, biodynamique, naturel, sans soufre. Bref, on peut lui coller un paquet d’étiquettes (en plus de faire un « vin de femme » haha, autotroll quand tu me tiens)(d’autant qu’on me glisse à l’oreillette qu’elle a désormais passé la main. À son fils).

En bref, en pratique, à la dégustation, on ne retient que ce qui est vraiment important: c’est BON.

On peut savoir que c’est grenache et carignan, récoltés à moins de 15 hl/ha, tôt le matin, en petites cagettes pour préserver le fruit.

On peut aussi savoir que le vignoble, à Saint-Jean de Minervois est plus potager/fruitier que vignoble classique, il y pousse un peu de tout, pour permettre des interactions entre les végétaux, et à la vie d’y régner.

On peut imaginer l’heureuse heure de produire son vin comme ça, pas parce que c’est une mode mais parce que c’est voulu ainsi.

L’important, ce qui est vraiment important, c’est que c’est BON.

Le bio, la petitesse de l’exploitation, les bonnes intentions ne suffisent pas à faire un grand vin, mais ce sont de beaux points de départs.

Dans son nez fringant, j’ai craqué pour de la framboise, que je cueillais chez mon pépé, dans le jardin, y en avait plus sur mes mains et dans ma bouche que dans le panier, irrésistibles petites renflures velues à peine, veloutées, gorgées de jus. La bouche du même tonneau, du fruit croquant, savoureux, toujours ces petites framboises, tellement bonnes qu’elles n’arriveront jamais à la cuisine. Le magnum se descend tout seul, en six coups. Ou presque. Ce n’est pas un vin tortueux, pas un de ces machins qui te fait pousser les rides du front à force de chercher à le comprendre. Non. C’est fluide, enlevé: une simplicité enfantine et touchante, une beauté sans artifices, juste dans l’instant.

C’est le genre de vin qui te donne envie de rouler des pelles, pour tout, pour rien, comme ça, à qui vient. Pour dire merci d’avoir en-flaconné un petit morceau de temps, de plaisir, de vie, de joie.

Vin de demain, j’en sais rien, mais comme vin d’aujourd’hui, celui-là me va très bien.

 

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