Boire sans grossir, le bouquin *

Il ne suffit pas d’avoir de bonnes idées ni même de bonnes intentions pour faire un bon bouquin. Dit comme ça, c’est à la fois un peu lapidaire et évident.

Mais voilà.

On ne peut pas dire que j’attendais beaucoup d’un ouvrage comme celui-ci:

wpid-DSC_3635.jpg

D’abord parce que les guides d’une façon générale m’ennuient, parce que les régimes m’ennuient, parce que la modération m’ennuie.

Mais je pensais y apprendre des choses, voire réviser mon jugement sur certaines habitudes.

Je l’ai donc commencé l’esprit ouvert, ne sachant pas au juste ce que j’allais y trouver.

L’auteure, dans l’intention manifeste de promouvoir le vin, et pour contrer les méchants emmerdeurs prohibitionnistes tend à démontrer que le vin est un aliment, et même un aliment bon pour la santé.

Bonne idée. On découvre donc -bon, j’exagère, on le savait déjà- que le vin contient des minéraux, des polyphénols, des acides, des tanins, de l’eau, du sucre et de l’alcool. Que c’est probablement l’alcool qui joue le plus grand rôle dans les effets bénéfiques (à petite dose) du vin, les minéraux présents y étant en quantités tellement infimes qu’ils ne peuvent pas avoir une incidence réelle. C’est un nutritionniste qui le dit.  Ou alors il faudrait en boire des litres. Sauf qu’on ne peut pas, et pas uniquement pour préserver son foie.

Méga-surprise: pour ne pas grossir, il ne faut pas se priver de vin, mais ne pas en boire beaucoup (1 verre à 1 verre et demi pendant le repas).

Boire en dehors des repas, c’est mal, grignoter c’est mal, les chips c’est mal…

Pondre plus de deux cent pages pour révéler ça c’était un peu light, non?

Du coup, l’auteure évoque une théorie assez fumeuse de groupes sanguins, sans s’appuyer sur rien de scientifique, elle l’affirme elle-même. Moi, ce genre de pseudo-science alimentaire me fait doucement rigoler.

A ce sujet, sa théorie sur l’explosion (sic) des ventes de vins rosés est très rigolote: on boit du rosé parce que c’est plus léger en couleur donc moins alcoolisé, moins nocif, moins caloriques (idées reçues, bien sûr) et parce que le rose, couleur pimpante est un remède anti-crise.

Toujours aussi étranges, les vertus des vins selon leurs couleurs et régions:

Le champagne fait péter, le vin blanc est à éviter pour les sportifs, le vin jaune est antibactérien, le côtes-du-rhône est riche en calcium, le sud-ouest antioxydant…

Bref, on n’apprend pas grand chose, mais s’il le fallait on se déculpabilise d’aimer le vin. Ou de ne pas l’aimer, puisque d’après l’auteure, notre corps sait instinctivement si nous en avons besoin ou pas (les groupes sanguins).

Bon:

  • cette histoire de groupe sanguin me turlupine un max: on sait que génétiquement, certains individus sont hypersensibles à l’alcool, et ça n’a rien à voir avec leur groupe sanguin, mais plutôt avec une mutation génétique en rapport avec une origine ethnique .
  • faire une analyse de ce que contient le vin (acides, minéraux, etc) sans parler une seconde des pesticides me semble assez biaisé, pour le coup. C’est encore bon pour la santé, si c’est blindé de pesticides, dites?
  • les vins natures en prennent pour leur grade: mal maîtrisés selon l’auteure, effaçant le terroir, faits trop rapidement, ne pouvant pas vieillir, voire carrément mensongers. Heureusement qu’elle est trop polie pour parler de leur goûts de poneys … enfin « c’est une mode, une étiquette, un signe de reconnaissance qui permet aux jeunes consommateurs de se rallier à un groupe et ainsi de se rassurer ». Et puis, d’après l’auteure il contient moins de polyphénols (sic). Bref, ne buvez pas de vins naturels pour votre santé, en plus ils sont même pas tous bios (re-sic). wpid-DSC_3627.jpg
  • les vins bios sont parfois très très méchants aussiwpid-DSC_3628.jpg
  • la liste de vignerons par région en fin de bouquin, s’apparentant à un mini-guide, est surtout pas mal pour dégraisser… le porte-feuille. Beaucoup des vins présentés sont tout de même relativement onéreux (surtout sur le bordelais). Présenter des grands noms (qu’on ne présente plus d’ailleurs) c’était un peu court- jeune homme.

Voilà un bouquin que je n’achèterai pas -ça tombe bien, c’est la maison d’édition qui me l’a envoyé. Et je me demande à qui il est destiné au juste?

Les gens qui veulent maigrir n’y trouveront pas d’astuces autres que faites-vous plaisir mais en limitant les quantités et évitez les vins trop sucrés/trop alcoolisés.

Les gens qui cherchent du rationnel et du scientifique seront également très peu servis: beaucoup de choses floues, ou servies avec des « si ». Affirmer que le champagne est « tonique » comme -oh étonnement- à peu près tous les vins, okay, mais sur quelles bases?

Bref, la seule chose qui ressort de ce bouquin, c’est que le vin est à prendre comme un plaisir, et que même si ses effets scientifiques ne sont pas prouvés de façon claire et précise, il a très certainement des effets sur la bonne humeur et la convivialité. Et ça, c’est bon pour la santé.

En revanche, si un vigneron nature me lit et veut prendre l’auteure en stage pour lui montrer deux-trois trucs, j’appuierai à fond l’initiative …

 Sur ce pour me remettre, j’en ai appelé au saines vertus d’un Hurluberlu, 100% cabernet franc, en carbonique.

wpid-IMG_20140331_214332.jpgC’est en bio, l’élevage est court, c’est tout fruit tout flamme. Je sais plus, c’est quoi déjà la vertu des vins de Loire?

(j’ai eu un sourire de là, à là, mais en très mauvaise élève, je crois que je n’ai pas respecté le pas plus qu’un verre. C’était trop bon, chef).

 

 Boire sans grossir, sans excès, et sans nuire à sa santé, Laure Gasparotto, Flammarion 17 euros.

 

Advertisements

15 réflexions sur “Boire sans grossir, le bouquin *

  1. Sur le vin blanc et les sportifs, j’ai souvenir d’un sportif qui ne buvait que du blanc pour « s’assécher » et perdre de la masse grasse. Parce que le rouge, question d’acidité et de polyphénols apparemment, ça n’a pas le même effet (ou ça a l’effet inverse ? je sais plus).
    Sinon, dans le doute, il y a « soignez-vous par le vin » du docteur Maury. Qu’importent les symptômes, il y a toujours un conseil et son contraire, de sorte que ça justifie de boire à peu près tout ce qu’on veut

  2. « ses effets scientifiques ne sont pas prouvés de façon claire et précise » => en fait, les effets « connus » du vin sur la santé sont plutot bien maitrisés au contraire. [Surtout l’effet antioxydant qui n’est d’ailleurs pas du tout propre aux seuls vins du sud-ouest] Seulement on ne les connait pas encore tous. En partant du principe que chaque type de molécule présente dans le vin peut potentiellement avoir un effet sur celui qui le consomme, je doute que nous ayons un jour une liste exhaustive…

  3. Bon, ben étant vigneron et fan de nutrition (et surtout démonteur des mythes, oh combien, ancré dans la tête de beaucoup de soit-disant professionnels), forcément je me dois de réagir. Par contre au vu de la date du post j’ai eu un gros gros doute du sérieux du truc, mais bon cela n’empêche pas parler 😉

    D’abord pour Julie :

    « Sur le vin blanc et les sportifs, j’ai souvenir d’un sportif qui ne buvait que du blanc pour « s’assécher » et perdre de la masse grasse »

    Mauvaise interprétation, l’alcool ne fait pas perdre de gras, par contre il a un effet diurétique et peut donc faire perdre du poids sur la balance si l’on en consomme pas mal sans manger à coté (qui n’est en fait que le résultat d’une déshydratation sévère, pas conseillée bien entendu pour un sportif, car la déshydratation abaisse les performances).

    Ensuite:

    « ses effets scientifiques ne sont pas prouvés de façon claire et précise »

    En fait là elle a raison, le soucis a l’impossibilité d’isoler à 100% tout les autres facteurs entrant en compte (un buveur modéré de vin est probablement quelqu’un qui mange mieux que la moyenne par exemple)

    Le bon point par contre c’est qu’aucune étude n’a pu démontrer sérieusement l’effet néfaste d’une consommation modérée de vin.

    Le soucis voyez vous, c’est que les maux modernes sont souvent le fait d’un cumul de pas mal de choses (trop de viande, pas assez de légumes, additifs, pollution, manque d’activité physique, surconsommation de sucre raffiné, etc).

    Donc vouloir à tout prix « extraire » un paramètre positif ou néfaste est difficile, voire sans aucun sens. C’est aussi pourquoi il est difficile de prouver « scientifiquement » certaines choses, sauf mauvaise foi, ou orientation lobbyiste…

    « A ce sujet, sa théorie sur l’explosion (sic) des ventes de vins rosés est très rigolote: on boit du rosé parce que c’est plus léger en couleur donc moins alcoolisé, moins nocif, moins caloriques (idées reçues, bien sûr) et parce que le rose, couleur pimpante est un remède anti-crise »

    théorie fumeuse pour sur. j’aurais plutôt tendance à dire que devant le concours du plus tannique, plus boisé, plus m’a tu vu, des rouges et la mauvaise réputation des blancs « qui font mal à la tête », on se tourne vers des vins plus légers, faciles a boire, moins acidulés, avec un peu de sucre résiduel adaptés aux palais « coca-cola ».

    Si vous saviez le nombre de consommateurs qui assimilent » haut degré alcoolique » et « vin fort » (en clair tanniques, dur, alcooleux, etc)… Personne ne m’a jamais regardé dans les yeux et dit que mon second vin faisait plus de 14% d’alcool en le goûtant… Alors qu’on me l’a dit pour mon blanc moelleux (qui fait 11,5%)….

    « Les levure indigènes trop génératrices de soufre »

    Pipeau total appris à l’école des oenologues (j’en suis un, donc je sais de quoi je parle). Ce qui fait produire du soufre c’est lorsque les levures galèrent, en général suite à une multiplication pas assez importante, du à un nombre initial de levures pas suffisant (suite à un abus de cuivre, de pluies lessivantes, ou autre soucis de produits phytos au vignoble qui ont réduit drastiquement les populations de micro organismes).

    Bon je passe sur l’histoire des régime suivant le groupe sanguin, c’est aussi valable que toute les autre méthodes de magasines.

    Pour maigrir => manger moins que vos besoins (mais pas trop), ne perdre JAMAIS plus de 0,5 kg / semaine, arrêter de manger le plus possible de nourriture transformée (le sucre contenu partout dans la bouffe industrielle donne faim en jouant sur l’insuline), manger gras mais pas sucré (le gras c’est la vie, car c’est la base de votre système hormonal!).

    Plus de conseil contre un carton de vin 😉

    « En revanche, si un vigneron nature me lit et veut prendre l’auteure en stage pour lui montrer deux-trois trucs, j’appuierai à fond l’initiative … »

    Elle viens quand elle veut et si elle résiste je l’envoi en Belgique se faire pendre 😉

    D’ailleurs chose amusante dans un de ces précédent bouquin elle semblait plus « open » aux vins « natures ».
    Que ceux qui pensent que « vin nature » ne veut rien dire aient au moins l’intelligence de dépasser les mots (souvent inopportuns) et aillent jeter un oeil a la charte de l’AVN.

    Le terme « naturel » est certes mal choisi, j’en conviens, n’est pas non plus une garanti de « bon vin », mais le mouvement des vins natures est loin d’etre une « mode », pas plus que la Biodynamie.

    A bon entendeurs…

  4. Vincent Bonnal. Parler d’un livre sans l’avoir lu, c’est comme parler d’un vin sans l’avoir bu. Après vous faites ce que vous voulez.

    • si ce commentaire s’adresse à moi; je l’ai lu, ce bouquin, j’y ai perdu un peu moins de deux heures, bon.
      si ça s’adresse à Vincent, il ne fait que commenter du commentaire voire de l’extrait, bon 😉

  5. J’avoue que de parler d’un livre sans l’avoir lu n’est pas de très bon gout, encore moins pertinent, j’ai un peu hésité a vrai dire, mais les commentaires de Sandrine et les extraits qu’elle divulgue m’on fait réagir. Et sans vouloir jouer les qui-sait-tout, écrire un bouquin pour expliquer comment boire sans grossir, c’est un peu tendre le bâton.

    Je réagit presque plus aux commentaires, que j’ai lu là, qui montrent qu’il y a encore pas mal d’idée reçut, entretenu souvent par ce genre de bouquin (la théorie du régime « groupe sanguin »… le premier qui la soutien je le pend au portail du Domaine). Après je n’ai pas jugé du fond, même si j’ai pas mal d’a priori, notamment au vu de ce qui est asséné concernant les vins « natures ».

  6. Réagir à la critique de Sandrine est une chose, avoir un avis sur un livre via un tiers en est une autre.

    Sinon, je n’ai pas lu le livre mais je connais 50 millions de coréens qui prêtent beaucoup d’importance aux théories « fumeuses » sur le groupe sanguin (cela ne doit pas être les seuls). Est ce qu’il y aura assez de place sur le portail du domaine pour eux ?

  7. Troll velu, auquel je répondrais qu’encore plus de monde crois au feng shui, a la lévitation, a la nature démoniaque de la femme, aux fantômes, a la possibilité de perdre 30 kilos en un mois sans se fusiller la santé, a pouvoir se soigner en mangeant que des fruits, etc. Apportez moi des arguments solides si vous voulez discuter.
    Quand au livre je n’ai aucun jugement définitif, arrêté, sur le fond, mais je n’ai pas moins le droit de m’exprimer sur ce que j’ai vu et qui me chagrine.

  8. Pourquoi « troll velu » ? Je réagis à cette remarque : »(la théorie du régime « groupe sanguin »… le premier qui la soutien je le pend au portail du Domaine) ». Je connais suffisamment le pays et ses croyances pour y réagir, cela ne veut pas dire que j’y adhère.

  9. Vous croyez sérieusement que je vais pendre a mon portail la première personne avec qui je en suis pas en accord ? 😀

    Effectivement je vais manquer de place. Et par chez moi l’exagération est une culture, que voulez vous, les gens du sud ont dans leur yeux le gris qui manque a leur décors…

    Et Croyance ne veux pas dire vérité, je n’ai rien contre toute croyance mais l’obscurantisme, qu’il soit biodynamique ou scientifique me gave! Alors permettez moi de l’ouvrir lorsque je lis quelque chose de profondément anti-scientifique et non étayé de quelque façon que ce soit.Je suis pro Bio-D mais le bouquin de Joly a fini contre le mur, vous voyez?

    Bref, si Sandrine veut m’envoyer le bouquin, je le lirai, et je m’abstiendrai peut être même d’en parler…

  10. Ca fait ch*** la b***, j’ai toujours pas reçu le mien dis-donc. D’abord un mail de merde me demandant de le « recenser sur mon site » et me proposant de « convenir des modalités d’un partenariat » ce à quoi j’ai répondu Fuck. Réponse reçue ce matin : bon okay si c’est ça on vous l’envoie alors.
    En fait j’interviens juste parce la phrase « Boire en dehors des repas, c’est mal, grignoter c’est mal, les chips c’est mal… » sonne comme une douce mélopée à mon oreille :

    Y a de la ressemblance ou je me trompe ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s