Aix que les gens naissent égaux en droit?*

*à l’endroit où ils n’Aix.

Zou, partons en Provence.

Les cigales, le soleil brûlant, la lavande, les chats à trottin menu sur les pierres trop chaudes, les pins et les rosés.

Les imageries cartes-postales marchent du tonnerre, tellement qu’on oublie parfois que la Provence est aussi une terre de blancs splendides, pouvant présenter des gardes longues et des rouges.

Ha les rouges provençaux.

Bien sûr, il y a les petits jus qui se boivent sans soif, un peu frais, vite oubliés, quelques tâches sur une nappe comme vestige d’un plaisir immédiat.

Et puis il y a les grands rouges. Les ombrageux. Ceux qui ne se laisseront pas approcher à moins d’un séjour en cave prolongé.

Si on a un peu de chance, si on déjà goûté au charme d’un vieux bandol, on n’en revient plus. La structure serrée, la puissance tannique des premières années, parfois l’amertume des mourvèdres trop jeunes laissent la place à des vins soyeux, expressifs, tendres comme la caresse d’un homme bourru qui se serait assagi, qui aurait compris que la subtilité nichée au creux de la force est précisément la clé de la séduction.

Il y a les bandols, bien entendu, et tant d’autres. Des rouges de garde, bien faits, sincères, la Provence en a: suffit de vouloir les chercher, d’une. Les attendre, deux.

Même en coteaux-d’aix? Oui!

Le vigneron est allemand,  gaillard aux mains solides, formé en Californie. En 1985, il achète Revelette, un petit château provençal. Une bastide, pour être exacte. Un parc, des vignes, voilà notre homme décidé à faire de beaux vins, en accord avec la nature qui l’entoure. Ni gourou ni dogmes, juste du bon sens, du bio, du bon. Ça ne lui est pas venu comme ça, tout cuit: à l’installation, la chimie est là, les vignes sont traitées, les levures pas indigènes… Et puis en goûtant, en testant d’autres vins, il comprend qu’il fera mieux encore en étant plus « naturel ». Je crois -mais ça m’est personnel – qu’un grand vigneron l’est parce qu’il reste ouvert aux autres, à ce qui se fait ailleurs, à goûter, à apprendre.

Le secret de Revelette, je ne sais pas si on peut le percer. C’est peut-être l’altitude (400 m) qui permet aux rouges de conserver de la fraicheur, sans être écrasés de soleil et d’alcool. C’est peut-être le rudesse relative du terroir. C’est peut-être simplement parce que Fisher aime ce qu’il fait. Allez savoir.

J’ai goûté le grand rouge dans sa jeunesse: on sentait l’étalon prêt à partir, mais on l’aurait pas lâché. Il aurait été capable de se blesser, trop impatient. Manquait le contrôle et l’assurance.

Hier, j’ai sorti un grand rouge 1995 de la cave, histoire de voir.

reve

Le grand rouge de Revelette, coteaux-d’aix-en-provence 1995

Avec rien, juste comme ça, pour lui-même. Pour certains vins, pas besoin de tapis rouge ni de plats, juste le bon sens de les servir à la bonne température et de les savourer entre chien et loup.

Le bouchon s’est cassé, effrité, j’ai eu un frisson. Peur évidemment que ce soit un mauvais signe: il y a un risque à la garde prolongée, on le sait. Que la bouteille, si sagement alignée depuis des années, ait en fait été bouchonnée, avouez, c’est con!

Mais ouf, malgré une ouverture compliquée, rien de méchant au nez. Que du contraire: du pruneau, de l’épice, une ouverture sur la garrigue, … Le nez est nettement évolué, mais en bouche… Une autre drôle d’histoire.

La bouche qu’on s’attendrait à trouver dans le même registre, semble avoir au bas mot cinq ans de moins que le nez: le fruit est bien là, savoureux, les tannins sont encore présents mais fins, sans une once de lourdinguerie. C’est le cheval enfin libéré qui galope, traçant, dont les muscles jouent, à peine voilés d’une sueur fine, on admire la beauté et la complexité, le simple mécanisme du vivant en action.

 Pour ce que j’en sais, l’assemblage est moitié syrah, un tiers cabernet-sauvignon, le reste en grenache et en carignan. Du fût, oui. Et quoi d’autre? No comment.

Je me suis régalée. Il en reste encore un peu, je crois que je ne tarderais pas à leur faire un sort. Quoiqu’il serait tentant de voir si dans 10 ans, il portera toujours beau… On parie?

 

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2 réflexions sur “Aix que les gens naissent égaux en droit?*

  1. oui il fait de grands rouges de garde. J’aime aussi son entrée de gamme ceci dit. J’ai moins accroché sur sa gamme PUR, qui manque de complexité à mon gout

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