Voyage au bout de la nuits*

*ce titre n’a aucun rapport, Karamazov

L’humeur du week-end revient, en douceur et profondeur.

Je ne sais pas pourquoi j’ai en tête depuis quelques jours les filles du bord de mer, version Arno. Envie d’évasion, peut-être. J’aime bouger, voir, sentir, découvrir, rencontrer.

A défaut, je bois varié.

faugeres

chateau des Estanilles, faugères 1998

Un vieux languedoc, acheté trois francs six sous ou quasi, parce qu’à mon grand étonnement personne n’en voulait. Une aubaine. Dégoupillé, vite humé: on replonge dans mes atmosphères, je repars là, loin, dans le sud. De l’accent qui chante, du thym plein les narines, des cailloux chauds sous les pieds. La bouche est belle, mûre, à point. Le fruit est encore là, le tannin discret, la voix baisse d’un ton. Un soir languedocien fait de murmures.

chinon

Alliet, chinon coteau de noiré 2005

Un chinon, chinon rien! Il va faire tout noiré! (j’épuise mon stock de jeux de mots, braderie de printemps). Philippe Alliet fait de très beaux vins, on le sait, est-ce la peine d’en rajouter? Y a pas à tortiller du cul pour chier droit: prends de beaux raisins, mûris sur un coteau argilo-calcaire, plein sud, et t’as déjà la matière première idéale pour faire un énorme jus. Qu’il devienne un grand vin, après, c’est une autre histoire. Du temps, de la patine, de la patience. 2005, et le voilà presque prêt à être abordé: de la sauge, du cassis, puis des framboises, un côté violette même. En bouche, c’est rond, plein, subtil. On va les planquer encore un peu.

plan

domaine Mourressipe, vin de table plan-plan

Et tadam! That’s le vin parfait pour un dimanche soir. Celui où tu traînes en grandes chaussettes et pull trop grand, à ne pas savoir quoi faire de toi. La pression de la semaine est relachée, va falloir déjà replonger dans celle qui vient. Routine. Plan-plan? Allez! Mourressipe est un petit domaine de 6 ha, plein Languedoc-Roussillon. 100% syrah, une vinif « naturelle ». Résultat? Ça jute, ça glougloute, bref, introduis ici un commentaire de hipster branchouille. Les classiques vont détester l’adorer, les bobos vont se ruer dessus. Moi? J’ai beaucoup aimé le début de bouteille, la fin commençait à partir sur l’oxydation. A boire montre en main.

maziere

Jean-Michel Lasbouygues, Mazière, vin de table

Un poil de douceur dans un monde de … De cons. Allez, zou, une grenache, oubliée 10 ans en foudres, du sucre juste ce qu’il faut. Ce vin, c’est simple: c’est l’amoureux qui pose une couverture sur toi quand tu t’endors sur le canapé, c’est une main aimante qui écarte une mèche de ton front, bref, c’est de l’amour pur et inconditionnel conditionné en 75 cl.

Celui-ci aussi a un goût d’amour. De draps froissés, d’une perle de sueur, de peau chauffée. De la minute suspendue.

trev

domaine de Trévallon 2001 vin de table

Que ça sente l’abricot, la verveine, la vanille, que ça goûte un peu comme un vieux bourgogne, un peu cire, un peu délicat, c’est pas ce qu’on retient. On angoisse juste de savoir s’il en reste, parce que ça déchire, c’est classe, c’est long, ça fait du bien. La Provence fait confidemment des vins merveilleux.

Même des fois ceux auxquels tu ne croyais plus. Servi en aveugle ça:

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chateau de Pibarnon, bandol, 1990

Le dialogue qui suit est réalisé sans trucage:

Lui: bon alors, c’est quoi?

Moi: c’est bon. C’est pas tout jeune mais ça va, c’est pas baisé.

Lui: …

Moi: C’est sud, c’est sûr. J’ai bien envie de dire mourvèdre.

Lui: ouais. Et t’aimes? Parce que normalement c’est un vin que tu détestes!

Moi:  d’où je déteste les mourvèdres? D’OÙ JE DÉTESTE LES MOURVEDRES? BACHI-BOUZOUK!

Lui: La dernière fois t’as dit un truc genre « ça sent les vieilles cuisses de dames sales dans les hospices ».

Moi: genre c’est mon genre.

Lui: non, des fois tu fais pire, mais là, tu as dit qu’il était daubé, et qu’on devrait les utiliser en vins pour les poires.

En fait, toute mauvaise foi mise à part, le dernier Pibarnon 1990 que j’ai goûté, il était effectivement très en méforme. Ça m’avait étonné, j’ai pensé que la bouteille avait un souci: je penche de plus en plus pour cette option, vu qu’il s’agit ici du même lot, conservé dans les mêmes conditions. Et que cette bouteille ci était vraiment bien. Comme quoi, heureusement qu’on re-goûte à l’aveugle quelquefois.

Encore un vin de hipster, tiens.

pomerol

domaine Gombaude-Guillot, pomerol pom’n’roll 2011

Pardon, Olivier.

En fait étrangement, je finis toujours par tomber sur l’un ou l’autre représentant de Gombaude-Guillot. J’avais beaucoup aimé la sagesse du père dans le bouquin d’Isabelle Saporta, j’ai entraperçu la classe de la maman, et je profite de l’humour de leur trublion de fils. Alors, ça dit quoi ce « pomerol de djeuns »? Et bien, c’est excessivement bien foutu. Un bordeaux qui ne se renie pas: on est en plein dedans, ça ne joue pas à être autre chose, ça file plus droit que ne laisse imaginer l’étiquette, finalement le vin est plus Coltrane qu’ Iron Maiden.  C’est jeune, mais ça se boit déjà très bien comme ça. La valeur n’attend pas le nombre des années.

J’ai l’humeur voyageuse et l’humour désespéré en ce moment.

Je me rassure, parce qu’en grande anxieuse, je balise grave. Tout va bien -trop- dans ma vie, du coup j’attends le retour de Trafalgar.

Parce qu’on n’est à l’abri de rien, je viens encore de le constater; c’est l’histoire de ce vigneron que t’essaies de joindre depuis des jours, des semaines. Au début, tu t’inquiètes pas, tu sais comment il est. Tu arrives difficilement à l’avoir au téléphone (quand c’est parti, ça dure trois plombes). Et puis enfin, il décroche et t’apprends le gros pépin. Maintenant il va mieux, il se remet doucement. Mais putain de merde, trente-huit ans. Il est « passé près » comme on dit.

Un jour, faudra que j’en fasse un portrait ici: parce que le mec en plus de faire d’excellentes choses est extrêmement attachant.

Pour terminer sur des notes plus légères cette humeur décousue:

ww

Oui, ils ont osé!

(d’autant plus con que ce vin n’est absolument pas moins calorique qu’un autre: bonjour le marketing dans ses pires travers)

Je relaie ici aussi un truc que j’ai trouvé chouette comme tout: l’idée c’est prendre 10 bouquins (de poche) dans sa bibliothèque et de partager via instagram, twitter, facebook avec le hashtag #mytoptenbooks

Je trouve que ça en dit long sur les gens, leurs lectures, non?

books

(moi, clairement, je suis une sociopathe avec des soucis d’oedipe)(enfin, un truc comme ça)(mouahaha)

 Bon week-end!

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3 réflexions sur “Voyage au bout de la nuits*

  1. C’est clair qu’il faut avoir un chouillat de patience avec les vins d’Alliet et particulièrement sur le 2005.
    J’ai eu l’outrecuidance d’en dégoupiller une l’an dernier, que de belles promesses mais faut laisser mûrir sereinement.
    Tout comme Trévallon d’ailleurs mais ça envoit à maturité.

    Je n’en n’ai pas cru mes vieux yeux en lisant l’article … 😦
    V’là qu’ils s’engagent sur nos chasses gardées ces enfarinés de Weight Watchers !
    Vade retro satanas et bas les pattes.
    Comme l’écrivait savoureusement Michel :  » … Les cons, ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît …  »
    Finalement, ça m’a fait un bien fou et, à titre de vengeance purement personnelle, j’ai préparé une somptueuse blanquette de veau à l’ancienne pour ce dimanche midi. 🙂
    Bon, maintenant faut se gratter un peu le chou : Pouilly-Fuissé d’Isabelle Perraud ou un Chardonnay/Savagnin du Jura ?
    Pfiouuuuu … et pourquoi pas les deux, mmmm ? 🙂

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