Les diables au corps*

*parie tout ce que tu veux.

L’humeur du week-end revient, forcément un œil sur les diables et les jolies quilles.

La Belgique aujourd’hui se lève avec une belle gueule de bois, quelques regrets et malgré tout la banane. Parce que, quoi qu’on puisse penser du sport, et des manifestations d’une envergure telle que cette coupe du monde, quoi qu’on puisse dire à propos de ce ballon rond qui abrutit les masses, les endort et les empêche de lutter contre les vrais problèmes…

Putain, on a kiffé.

J’ai vu mon môme retenir son souffle, hurler de joie, transpirer, me serrer les doigts jusqu’à ce qu’ils bleuissent, puis pleurer hier soir. Des grosses larmes d’enfant, les mêmes que les miennes.

It’s only sport, gentlemen.

C’est vrai, c’est seulement du sport. Sauf qu’ici, en ce pays particulier, il prend un relief, un goût justement particulier.

Parce que depuis quelques années, le vivre-ensemble est de plus en plus compliqué: un pays si jeune, à trois langues nationales, mais avec pourtant une identité si forte, mérite qu’on fasse des efforts.

Hier, il n’y avait ni flamands, ni wallons, ni bruxellois mais un seul cœur qui cognait. Bien sûr, ce ne sont pas les Diables Rouges qui régleront les crises politiques. On est belges, on n’est pas débiles.

Mais cet élan d’enthousiasme, ces drapeaux sur les joues des gosses, aux fenêtres, partout, nous aura fait fiche au panier tous nos foutus complexes, nos quelques dissensions, et ça, ça fait un bien fou. On n’a pas à rougir, on n’a pas à se sentir moins bien: l’humour, l’autodérision, le sens de la fête, jusqu’à notre façon de perdre sont ce qui nous caractérise. Soyons en fiers. Fiers d’être belges.

Sans transition, le bonheur c’est simple comme un vitello tonnato, en terrasse, le soleil vous caresse le visage, l’homme vous couve du regard, et il y a de la falanghina au menu. Cépage italien, de Campanie (avec le greco), il offre en général des vins à l’acidité bien présente, un peu perlants, légers et sautillants. Certains ont une dimension minérale. Ce n’est pas le cas de celui-ci: tout simple et sans apprêt, il a parfaitement fait l’affaire. On lui demandait de rafraichir nos gosiers, et d’y laisser une empreinte fruitée. Well done. Au restaurant, une vingtaine d’euros

 bohn

Le bonheur, c’est aussi simple qu’un coup de fil parfois. Un vigneron qui s’ennuie sur un salon et passe au débotté à la cave. Belle discussion, on récupère quelques caisses, on fait du troc. Comme ce splendide Clos des Boutes. J’en avais entendu parler, jamais goûté, c’est chose faite, merci Fabien!

boutesLe pluriel, en magnum, c’est simple: il ne faut pas s’y mettre à beaucoup pour que la bouteille soit vide. Du fruit, plein la bouche, du jus du jus du jus. Un assemblage carignan-syrah qu’on pourrait croire épais, en costières-de-nîmes. Oufti non! C’est d’une légèreté tout en dentelle qu’on prend plaisir à déguster boire. Ce serait dommage de la réserver à Noël (car à Noël, ils sont nombreux, les boute-en-train). Environ 15/16 euros le magnum

Et donc ce mystérieux Fabien qui troque ses Boutes, qui est-ce? Il est jeune, il est souriant, il est doué: j’ai nommé Jouves du Mas del Périé, bien sûr.

Je ne fais pas secret de mon goût total pour ses vins, la preuve encore ici par trois.

Le rosé-grenadine-oulalala-c’est-trop-bon-azy-finis-pas-la-bouteille-salopard.

jouDu malbec rosé, donc. Tout ce que j’aime: c’est à la fois du vin et en même temps tellement gourmand qu’on dirait presque que ça n’en est pas. Le rosé parfait pour « ceux qui n’aiment pas le rosé ». Le rosé génial pour les grillades. J’aime, j’aime, j’aime! Environ 7 euros

Next, une étrangeté. Il n’y a pas beaucoup de bouteilles, c’est nouveau, c’est bizarre, c’est du chenin de macération.

oranJ’adore explorer ses vins là, donc j’étais très curieuse de cette orange voilée: le nez est très caractéristique, avec un plus pelure d’orange, c’est volumineux. La bouche est un peu plus courte que ne laisse penser le nez, mais possède de la nervosité, une réelle fraicheur, et du fruit en embuscade. A l’apéro, ça le fait grave. Avantage: on peut conserver la bouteille plusieurs jours au frigo, et se faire un verre tranquille. Ça ne bouge pas.  Plus ou moins 25 euros

Toujours chez Fabien, la grande cuvée: la pièce.  la piCelle-ci est un bébé. Très vieilles vignes sur un sol calcaire-ferrugineux, fermentations en fûts, élevages longs. C’est la haute-couture de cahors. Ça explique aussi son prix (+-50 euros). Est-ce que ça vaut la peine de poser ce gros billet pour cette bouteille? A mon avis, totalement! Comparons, même si c’est incomparable avec certains grands bordeaux: rougissez les gars! Le fruit, pur. La tenue, longue. La texture, veloutée. Les tanins, présents mais fins. Tout fait de cette bouteille un putain de bordel de merde de grand vin. Si vous doutiez encore du potentiel du sud-ouest, goûter ça devrait vous convaincre, à tout jamais. Sinon, je bouffe le chapeau de Michel Smith.

Et encore une cuvée chez Rietsch: un assemblage riesling-gewurztraminer à 7 grammes de résiduels.

coupQue voulez-vous que je vous dise? Mon avis est dans le nom de la cuvée: c’est délicieux, c’est charmant, le sucre est présent juste comme il faut, poli comme tout. On en ferait son quatre heures, son dix heures, et son minuit aussi. Environ 10 euros.

De L’Alsace au Languedoc, on fait des kilomètres, mais à cheval, ça va.

pon

Ponpon! 100% counoise, un cépage qu’on ne retrouve guère seul (il peut par exemple entrer dans l’encépagement des chateauneuf-du-pape), c’est donc encore une curiosité. Le domaine des Terrasses de Gabrielle commence à sortir pas mal, j’avais adoré « pour une poignée de raisin » un rouge de 100% nielluciu (qui va changer de nom, un autre domaine l’utilisant déjà). J’ai beaucoup aimé « un jour au cirque », un peu moins « wonderland » (100% cabernet franc). Et bu avec gourmandise les deux rosés (rosé Joséphine et Summer of wine). Ponpon est mon préféré: d’une fraicheur, d’un peps, d’un fruit guilleret qui se fout tout nu dans ta main pour que tu le croques. Bref, c’est un vin de plaisir immédiat, et ça ne coûte qu’un peu plus de 5 euros. Que demande le peuple?

 

Last but not least: il fallait bien une bulle- mais pas de bande dessinée- pour boucler la boucle et faire un dernier clin d’œil de connivence à mon cher pays.

jaqJacquesson est un champagne très régulier, très propre, très net. Bien évidemment les grandes cuvées sont superbes. Mais déjà la 735 (Brut sans année) est jolie. Ici, ce sont des vins de 2007 + des vins de réserve. J’étais étonnée de voir l’évolution: le bouchon un peu vrillé, un poil moins de bulles. Mais un nez très très expressif autour de la poire et du beurre frais, bouche du même acabit. Il est temps de les boire, pour ceux qui en possèdent encore. Environ 35 euros.

WAAR IS DA FEESTJE? HIER IS DA FEESTJE !!!

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3 réflexions sur “Les diables au corps*

  1. Diablesse de Sand qui serait capable de bouffer mon Panama ! Je donnerais cher pour goûter la Counoise sur laquelle il me semble que tu passes un peu presto… 😉 Serait-ce parce que tu veux te garder la boutanche ? Pas ton genre pourtant…

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