De la critique

C’est le week-end, c’est l’heure du billet d’humeur: accrochez-vous à vos slips.

La critique est aisée, l’art est difficile.

Je n’ai jamais été aussi peu d’accord avec cette phrase. Il est vrai qu’il ne faut jamais minimiser le travail, duquel découlera une critique. Que ce soit un restaurant, une bouteille de vin, une peinture, n’importe quoi. Toute oeuvre, toute chose, tout service public, payant ou non, s’expose à une critique.

Tout le jeu consiste à obtenir une vraie critique, constructive, et argumentée. Positive ou négative, ce n’est pas cela l’important. Critiquer comme on ferait un caprice d’enfant gâtée, ça n’apporte rien à personne. Si ce n’est un joli bad buzz au passage. De quoi parle-je? De cette histoire qui tourne en boucle sur Internet: une blogueuse condamnée pour avoir publié une très mauvaise critique sur son blog.

Entendons-nous bien: je ne connais pas le resto incriminé, j’ai lu l’article originel. Il se trouve ici pour les curieux.

Ce que je trouve condamnable, moi c’est cette absence totale de style (et ce gros problème de concordance de temps). C’est très mal écrit, très mal ficelé, et du coup on se retrouve avec la sale impression qu’on a affaire à une blogueuse capricieuse, dont le seul souhait est de démonter un resto qui ne lui a pas servi de cacahuètes à l’apéro.

Des phrases comme celles-ci « il est d’usage, dans la restauration, de les offrir aux clients lorsqu’il y a un souci (vu la marge qu’il se font dessus, ils peuvent se le permettre) » sortent de la critique pure et sont de l’ordre du dénigrement général de la profession. C’est quand même sous-entendre qu’un resto n’offrant pas l’apéro a une pratique de voleur. Je trouve ça au mieux maladroit au pire insultant.

Publier quelque chose sur Internet ou ailleurs c’est aussi le risque de se voir ou contredire ou attaquer. Du coup, mieux vaut être irréprochable. Ce n’est pas le cas ici, quelque part je comprends pourquoi on en est arrivé là, même si ce n’est pas forcément le meilleur moyen.

C’est une discussion qu’on pourra avoir sans fin: faut-il seulement critiquer de façon positive et passer sous silence le négatif? Faut-il ne taire aucune déconvenue, parce qu’elles ouvrent à la discussion et qu’elles offrent une vision globale et sans doute plus juste de l’expérience d’un dégustateur?

J’ai choisi: en bien ou en mal, je parle.

Je ne crains pas une condamnation: je choisis de publier sur Internet, je sais quelles sont mes limites, je ne verse pas dans l’attaque personnelle et j’espère avoir une plume assez juste pour qu’on me comprenne bien.

C’est là où je veux en venir: internet est un terrain de jeux où n’importe qui peut publier n’importe quoi. Il serait bon de relativiser les critiques. Celle-ci, sans réaction du restaurant n’aurait sans doute pas fait grand tort. Quelques influençables se seraient laissé influencer, les autres auraient sans doute capté, par le ton et l’arrogance, qu’elle est tout sauf juste.

Hier, j’ai ouvert une bouteille, celle-ci.

moncher

En magnum, 2012. Ça bulle. Bon, soit. Nous nous mîmes (marceau) à deux pour dégazer. Secouer la bouteille, carafer, agiter.

Un quart d’heure de vigoureuses agitations, et la bulle persistait.

C’est le genre d’incident que je devrais taire: c’est un fait, pourtant.

Ça m’a un peu gâché le plaisir du vin, qui après une bonne heure, toute bulle partie, était réellement joli. Plein de fruit, croquant, charnu. Plaisir tout schuss.

Si j’en parle, c’est que peut-être d’autres que moi, moins avertis, seraient désemparés face à cette bouteille qui bulle. Au mieux, ils ne comprendraient pas qu’il y a quelque chose à faire. Au pire, ils ne rachèteraient plus jamais de ce vin (et au passage, prendraient leur caviste pour un dangereux terroriste).

En vérité je vous le dis: face à une bouteille qui gaze, hop, ayez le réflexe de secouer vigoureusement, en général ça rattrape bien. Si ça sent la lavette mouillée ou les croûtes de vieux fromage, gaffe. C’est peut-être une refermentation en bouteille.

Bref, voilà pourquoi la critique est utile: il ne s’agit pas de descendre en flèche le travail de quelqu’un. Il s’agit de signaler, de façon claire et précise, pourquoi quelque chose n’a pas marché, à un moment. Parfois c’est très personnel (je me fous royal d’avoir des cacahuètes, j’aime pas ça) parfois c’est plus universel (une bouteille qui gaze, ça peut arriver).

Qui sommes-nous pour critiquer?

Je sais j’exagère, déjà que je suis une femme.

Toute ironie mise à part: j’aime évoluer dans un monde où je peux lire des avis, parfois tranchés sur certains vins, à condition évidemment qu’ils soient respectueux du travail en amont. J’aime pouvoir m’arracher les cheveux quand je lis que tel ou tel n’a pas aimé un vin que j’adore, ou l’inverse. J’aime pouvoir me dire que ce qui fait notre richesse, c’est la diversité de nos avis, et pas toujours une convergence absolue et unanime vers un seul style ou type de vins. En faisant ça, même si en tant que blogueurs nous représentons une minorité, nous uniformisons le goût. C’est tout de même un comble.

Vive la différence. Vive le droit à la critique. Mort aux cons.

Sur ce, je vais voir s’il reste un petit fond de Mon Cher. Parce que boudiou, sans gaz, c’est bon!

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4 réflexions sur “De la critique

  1. La critique des vins c’est facile pourtant ….  » Un bon
    cru c’est quand j’ai envie de reprendre un verre…. un Grand Cru c’est quand j’ai envie de reprendre une deuxième bouteille »

  2. je te prête mon bain à ultra sons si tu veux. Il est tout neuf et dégaze très bien. Je me souviens d’un dîner où nous avons bu un excellent rouge corse, certes un peu perlant. Nos bordelais attablés ont tordu du nez, ne voyant pas au delà de la teneur en CO2 le merveilleux fruit du nectar. Des fois, je comprends pas.

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