Vino, resto, dodo*

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allons jouer chez Isa, #relfie le concours de l’été de la Molière.

*le dodo, comme chacun sait, est une espèce disparue: d’où le niveau de mes jeux de mots

Pour ceux qui me suivent sur facebook ou twitter, ils n’ignorent pas LA grande affaire de cette semaine: je me retrouvais désespérée sans ordi suite à la merveilleuse idée de bébée d’éprouver sa résistance à l’eau. Conclusions:

  • Un bébé a beau être adorable, ne le laissons plus jamais approcher d’un clavier.
  • L’eau, si on devait encore le prouver est une belle saloperie: buvons donc du vin.

On ne reparlera plus de l’affaire Tariquet et consorts, elle a fait couler beaucoup d’encre -y compris ici, au point de rédiger ce billet long comme un jour sans pain vin entièrement sur mon smartphone, hé ouais.

Juste une petite réflexion en passant: la réputation, la crédibilité, ça s’acquiert patiemment, à la force du poignet et des écrits, mais ça peut se ruiner en trois secondes. J’ai lu ici ou là que Pépé Smith n’aurait plus aucun droit de parler de vin, de vrais vins j’entends. Allons bon: il est journaliste, il a été honnête et n’a pris personne en traitre. Il n’a pas chanté les louanges, ni été dithyrambique. Vous ne voulez lire que ce qui vous arrange ou vous est confortable? Très bien. C’est curieux chez les blogueurs ce besoin d’invectiver les autres. On peut ne pas être d’accord, c’est la liberté de chacun: ceci dit, je l’ai dit et je le répète, un journaliste  avec une éthique, une démarche, une intellectualisation de journaliste n’est pas, ne sera jamais ce que nous, blogueurs sommes. Nous avons le rôle d’agités ou d’agitateurs, selon. C’est sain, c’est vivifiant, ça permet le débat.

Pour le même genre de raisons de réputation s’est posé à moi un drôle de cas de conscience cette semaine: j’ai reçu un mail me proposant de twitter et facebooker du lien contre une rémunération. Les agences de comm’ semblent passer à autre chose: inviter les blogueurs ne semble plus suffisant pour s’octroyer une visibilité. Donc on joue la carte du pragmatisme: tu linkes, je raque.

Le site à linker est bien foutu, je l’aurais sans doute évoqué avec plaisir et gratuitement si on me l’avait demandé gentiment. Mais là, c’est contre des sousous… D’où mon interrogation: en parler, prendre l’oseille et envoyer se faire cuire le cul ceux qui critiquent? Possible! Sauf que… c’est ouvrir la boite de Pandore. Accepter une fois de jouer ce jeu du lien rémunéré, c’est laisser planer le doute ensuite sur tout ce qui sera twitté, linké, aimé. Je sais trop, je l’ai observé, comme on peut se faire démolir en un éclair sur la toile, même avec les meilleures intentions du monde.

Je ne m’emmerde pas depuis deux ans à tenter d’offrir un contenu intéressant, libre, drôle et parfois engagé pour tout foutre en l’air (et offrir ainsi à certains qui seraient trop heureux le bâton -pas de berger, hélas).

Ceci posé, parlons vin.

Pour me consoler de ma perte informatique, il me fallait au moins quelque chose de tendre, de doux et de fort.

wpid-img_20140805_225456.jpg Ca tombe bien: y a du Vaquer en veux-tu en voilà dans ma cave. Ce domaine qui m’épate, je l’ai déjà dit ici,  a encore bien réussi son coup avec ce rivesaltes d’une adorable joliesse.

C’est danser un slow dans de la ouate sur du Marvin Gaye, ce vin là. Pas moins. C’est s’approcher un peu du paradis des gens honnêtes. Du fruit très confit, je lui ai trouvé aussi des épices en pagaille, ça m’a ramenée à l’enfance, aux tartines épaisses pleine de sirop de liège (pour ceux qui ne savent pas, une sorte de gelée de pommes-poires, les moins bonnes contiennent aussi des dattes).

Roussillon toujours, et une étiquette que je trouve très belle: voilà une Anodine qui ne l’est pas du tout.

wpid-img_20140806_215356.jpgNature, je pense. 5 ans, qui a dit que ce genre de vin ne tient pas/ se fane/ s’oxyde direct?  Du fruit, un putain de fruit qui pète au nez, ravit les papilles, éclate sur la langue. Oui mais c’est pas typé Roussillon: c’est vrai, on est loin des machins sur-musclés sur-alcoolisés autant dire caricaturaux qu’on trouve parfois dans les grandes surfaces, ceux-là qui vous font dire: j’aime pas le Roussillon. Alors que nom de dieu, le Roussillon c’est une mine d’or à ciel ouvert. Rouges suaves,  blancs d’une minéralité déconcertante, rosés gourmands, les doux, les oxys. Qu’attendez-vous pour y aller, et en boire à tire-larigot?

J’en remets une couche: ce vin-ci est une madeleine.

wpid-img_20140730_222330.jpg C’est le premier vin que j’ai acheté pour mettre en cave: maccabeu passerillé, tu me diras on fait plus classique. Je me rappelle précisément de la première rencontre avec ce vin de femme, précieux et sans concession, avec du caractère, de la force, un élan, une détermination. Avec les ans, il a perdu un peu de peps acide, il s’allonge mollement sur un sofa, odalisque grasse de loukoums. Mais à petites gorgées, il se déguste comme ces plaisirs coupables qui vont direct aux hanches.

wpid-img_20140804_225807.jpgAutre chose, essai d’un restaurant cette semaine. Décor prometteur, ancien labo de chimie presque laissé dans son jus et du coup, c’est un peu déconcertant mais sympa. Carte étrange et prometteuse.

wpid-img_20140804_225705.jpgA priori, le Labo 4 a des choses pour (me) plaire. On a fait le choix ici de ne pas avoir de carte de vins à proprement parler: les bouteilles sont exposées sur des tables, on se promène parmi elles et on fait son marché. L’occasion d’observer comment les gens achètent: au prix, ou à la référence connue. Sans doute pour ça que le choix des vins se révèle assez déstabilisant: un grand écart entre vins « très formatés » et « très natures ». Avec rien au milieu. Je ne sais si ça reflète de l’inculture ou un manque d’audace, mais c’est extrêmement étonnant.

L’homme a choisi l’apéritif: son intention de me faire râler un bon coup était manifeste, quel sagouin.

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Le piège à filles est un très joli vin, rose pâle, avec juste ce qu’il faut de sucre, une bulle maline et divertissante, bref, nonobstant cette étiquette, je l’ai bien aimé.

Pour lui répondre, j’ai opté pour le mauvais temps, vin nature d’Aveyron.wpid-img_20140804_230255.jpg Là encore, réaction curieuse de ce resto: la serveuse me l’a clairement déconseillé, parce que vous  comprenez, c’est un vin difficile. Et bah, j’en ai maté des plus coriaces. Certes, il y avait un peu de bulles, mais secouer la bouteille – sous le regard interloqué des serveurs et clients, priceless- a bien vite réglé ça. Juste assez de matière pour accompagner mon entrecôte, et de fruit pour que ce soit très plaisant.

Bref, cette expérience au Labo 4 fut … étrange. La carte des vins entre chèvre et chou, la cuisine imprécise: c’est tellement dommage, quand on propose huit origines de viandes maturées à la carte, donc qu’on démontre une vraie attention au produit, d’être  aussi peu inventifs sur les accompagnements, par exemple. Ou de servir des os en moelle en sous-cuisson.

Et pour terminer sur une note optimiste, le beau pet’ nat’ du Sot.

wpid-img_20140803_221347.jpgUn pet’nat’ curieux: un loire qui se prendrait presque pour une lambic, une fois. Le rapport équilibré entre acides, amers, et finalement une bouteille qui coule toute seule, c’est un petit bonheur appréciable. Loin du sucre, qu’il a mangé en bouteilles, un poil trouble. Pas sexy, dixit Quentin, son « papa ». Question de point de vue, dirais-je. On ne demande pas toujours la perfection, c’est même -souvent- le/les défauts qui achèvent de nous charmer.

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7 réflexions sur “Vino, resto, dodo*

  1.  » Ils ne sont pas sans ignorer… » : donc, ils ignorent, les pauvres… Ce n’est pas grave, Sandrine, j’ai été prof, tu n’es pas sans le savoir :-). Souligner les fautes, c’est dans mes gênes. Cela dit, j’apprécie ton franc-parler et applaudis sans réserve à ton parcours.

  2. Bon, ben il n’y a pas trente-six manières de répondre.
    Soit on veut rester indépendant dans ses jugements et on blogue sans contrainte.
    Soit on accepte de se faire payer et il y a forcément une contrepartie, c’est le deal de tout contrat.
    Argent perçu et indépendance de jugement sont antinomiques.
    En tous cas, cela induira toujours le doute dans l’esprit du lecteur.
    Et au moins on demeure libre (au minimum intellectuellement) de « liker » / « (re)tweeter » ce qu’on aime réellement.

    • Pas forcément, en fait. Si les règles du contrat sont clairement établies, et si, par exemple, elles n’induisent pas une publicité ou quelque chose d’assimilé qui irait dans le sens contraire du blog, je ne vois pas tellement le souci. Etre payé, et garder tout de même une indépendance, c’est possible (sinon il n’y aurait plus de journalistes :p) Le souci est plutôt dans le climat blogo, où on est très enclin à viser la paille dans l’oeil du voisin 🙂

      • Effectivement, j’ai oublié de préciser que je visais exclusivement les blogs et pas les journalistes.
        Et il suffit de surfer sur les blogs ou Twitter (ou autre Facebook) pour s’apercevoir que la parabole (la poutre … la paille …) est presque, je dis bien presque ze sport national. 🙂

      • bah, on peut-être blogueur et avoir une éthique (tout en étant rémunéré). Le truc c’est surtout le procès d’intention qui sera fait systématiquement 😉

  3. Donc, on y va puis on se réfugie dans un bunker, on sort l’artillerie et on installe peut-être même quelques snipers ! 🙂

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