Et toi, tu brézème?

wpid-img_20140825_213745.jpgSept longs jours sans écrire. Bon, à vous, ça parait peut-être court: à moi, c’est intolérable. Mais un gros besoin, viscéral, de prendre du repos, et de couper le net, le flux d’infos, les turbulences.

Et me revoilà, avec quelques jolis vins dans les bagages: Alsace, encore, irrémédiablement. Et du riesling. Si on me demande mon cépage préféré, si je dois exclure tous les autres blanc, je le garde lui. Sans doute que mon cœur d’artichaut se souvient des cognements infinis à la découverte de mon premier « grand vin ». Sans doute qu’il y a là un truc de l’ordre des réminiscences douces, qui fait que le riesling est mon partenaire particulier. Le riesling, tellement dur, secret, droit dans les bottes qui claquent. Rocailleux, roulant dans la bouche à grand bruit. Âpre. Difficile. Inconstant. Comme beaucoup, on a voulu en faire une caricature. S’il est génial pour révéler la minéralité, cette sensation étrange et fuselée, précise, saline, il n’est pas loin parfois d’un gros pataud, d’un albatros les ailes engoncées de pétrôle. Si le sauvignon doit sentir le pipi de chat, le riesling doit goûter le bitume.

Soupir

C’est avec un a priori comme ça qu’on passe à côté de ce merveilleux Rietsch. Brandluft riesling 2012, la claque! Le boulot que fait Jean-Pierre sur les riesling, leur gardant du fruit, ne les transfigurant pas, sans les alourdir ou les rendre caricaturaux est hallucinant. Ici, c’est de la haute-couture, du tissu arachnéen sur de belles épaules blanches, une gorge plus suggérée que dévoilée, des hanches soulignées. La classe, la pudeur et l’élégance. Less is more. Au nez, c’est un fruit explosif, du sureau, de la poire, en bouche, la tendresse se poursuit, toute en nuances, en esquisses. Un voile de macis, une pointe de sureau encore, bref ça se boit sans réfléchir, dans le mouvement, souple et évident, pourtant complexe. Je ne l’ai associé à rien d’autre qu’à lui-même, mais je serais assez curieuse de le voir jouer avec un beau poulet rôti, la peau croustillante et épicée ce qu’il faut.

Autre alsace, autre voie, le Grittermatte de Patrick Meyer. wpid-img_20140825_223611.jpgSi Jean-Pierre est un sage, Patrick est son pendant fou: volubile, il fait un peu penser à une espèce de sorcier gentil qui plane au dessus de ses quilles. Les deux sont des passionnés, avec comme point commun, la gourmandise du jus. Brandluft est plus fruit, Grittermatte est pierre, tension, sel.  Son fruit ne sort qu’après une longue aération, c’est un autre genre, une autre bombe. Extrêmement classieux aussi – par parenthèses, qu’on me pende par le scrotum tous les affreux jojos qui oseront encore affirmer que les vins « sans soufre » « natures » etc n’ont ni profondeur ni tenue- sauf qu’on doit l’attendre. Clairement, Grittermate doit se laisser courtiser, effleurer, de longues minutes avant de se livrer pleinement. Mais quand ça vient, oh la la…

Deux rieslings, deux vignerons, deux terroirs, des approches natures, des sensibilités différentes, le même millésime. Rien de ces machins lourdauds, qu’on vous vend avec un sourire matois, rien de ces bouzins sans finesse, où les hydrocarbures dominent, où même -oh, horreur- le sucre tombe dans les genoux.

Deux vins qu’on ne peut départager, au final.

J’aime l’un comme l’autre, leurs équilibres, leur non-facilité tout en étant abordables.

Certains vous affirmeront que les plus grands vins blancs sont en bourgogne: ils feraient bien d’aller re-goûter fissa quelques alsaciens.

Carrément autre chose: Rhône! On part dans une appellation quasi inconnue, Brézème.

wpid-img_20140825_213858.jpg Brézème fait partie des côtes du rhône nord (comme Crozes-Hermitage, par exemple). On y produit donc en majorité de la syrah pour les rouges, et viognier-marsanne-roussane pour les blancs. On y connait Eric Texier, qui fait un très joli Chat fou et le domaine Lombard, donc que David et Guillaume ont visité lors de leur road rhône trip. 

J’avais remarqué ce domaine à la suite de cet intéressant billet.

De façon générale, j’aime les gens qui prennent position, que je sois d’accord avec ou non. Et puis, de fil en aiguille, voilà que…

Je ne vais pas en faire des caisses: Eugène de Monicault, c’est foutrement bon. D’une maitrise, d’un jus, d’une joliesse, d’une finesse qui ne renie pas son appartenance rhodanienne, ça lorgnerait pas mal vers une appellation un poil plus réputée tellement c’est soyeux. Dieu que la syrah, là encore quand elle n’est pas caricaturale, fait de beaux vins….

Le blanc est une tuerie, aussi. Bref, s’il n’y avait qu’un truc à découvrir cette année, ce serait ça. Go!

Maintenant, veuillez éloigner les enfants et les personnes sensibles. Car le contenu de ce blog va devenir exagérément pornographique.

C’est fait?

Bon.

Voilà.

wpid-img_20140812_210404.jpgParfois, il est bon d’expérimenter soi-même avant de critiquer. Il semble que la viande de Galice (qui en plus ne proviendrait même pas de Galice, bref) soit du dernier chic, un truc de bobos agueusiques, un machin in pour se branler la nouille et se pâmer entre initiés. D’après ses détracteurs, ce n’est donc qu’une barbaque sans intérêt et sur-évaluée. Le visuel de la bête m’encourageant fortement (pas son prix hélas, mais YOLO – carpe diem) j’en achetais deux belles chez un boucher du coin. Vingt-huit jours de maturation, le temps peut en faire à l’affaire…

Cuisson, repos, et là: fichtre, tendre, goûteux, un bonheur dans la bouche…

Poussé-je plus avant la description?

J’ai goûté et approuvé: on n’en fera pas son ordinaire, mais on pourra s’offrir un caprice, quitte à passer pour une suiveuse. Tant pis!

 Pour accompagner ça, bordeaux, et pas n’importe lequel: du pomerol, siouplait. wpid-img_20140812_213347.jpg

2004, on pouvait espérer que le vin serait pas trop mal.

Encore une fois, foutrement bon tudieu!

Le vrai bon bordeaux, où tu sais où tu es, ça n’essaie pas de jouer au plus malin, ça n’en fait pas des tonnes (d’extraction, de bois, de c’est moi qui ait la plus grosse) mais ça éclabousse d’élégance. Du fruit, encore pur. Une pointe fumée. De la matière, oh oui. Du tannin, mais celui qui te chouchoute le palais, qui te frotte gentiment, qui te fait dire « bécasse, tu le bois encore trop tôt, ce jeunot, même si c’est déjà vachement bon, allez va j’te pardonne, reprends en une gorgée ». La bouteille s’est évaporée très rapidement, ce qui, on commence à le savoir, est très bon signe.

Pour terminer sur une note humoristique, sachez que m’afficher en tant que blogueuse féministe finit par porter ses fruits: me voilà donc au climax, dans Elle.

top30Carrément. Bon, ils insistent plus sur mon humour grinçant –comprendre « mauvais caractère »- et ma manie de faire des phrases pleines de gros mots que sur ma spécialité première, le pif, mais c’est déjà ça.

So, cheers!

 

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4 réflexions sur “Et toi, tu brézème?

  1. Comme déjà tweeté, le blanc de Brézème est une très grande gourmandise ! 🙂
    Faudra que je craque pour le rouge aussi …

    Rietsch et Meyer, deux de mes plus belles expériences récentes en Alsace et pour les non obtus (si, ça existe ! 🙂 ) faut découvrir d’urgence leurs belles cuvées.

    Bon c’est pas tout mais avant que je ne mange mon écran, cette viande merveilleuse, goûteuse à souhait mérite vos plus beaux vins rouges.
    Si, si, c’est mon humble avis.
    Ce n’est pas la première fois que j’en déguste de cette Rubia Galega (dans le texte) mais c’est à chaque fois du plaisir gustatif et surtout LE GOÛT retrouvé de mon enfance quand ma maman achetait encore du boeuf en Belgique digne de ce nom.
    Bon, ça va, j’ai repéré les noms de ceux qui viennent de crier que c’était il y a 40 ans et plus. 🙂

    Pour en revenir au vin, je pense qu’il faut choisir les plus rouges de votre cave.
    Perso, ma dernière expérience remonte à 10 jours avec un Hermitage Le Gréal 2006 de Marc Sorrel.
    Un sensuel corps à corps entre la texture ultra fondante de la viande et celle fraîche du vin avec son tanin qui commence à se patiner.
    Le Nirvana.
    Ce soir, ce sera plus simple mais tout aussi gourmand car Molière est au rendez-vous.
    Enfin, Le Petit Poquelin quoi ! 🙂
    A votre bonne santé.

  2. Grosse claque pour moi aussi avec Rietsch et Meyer. Belle découverte avec les vins des Trois Terres et les Macon de Julien Guillot.

  3. Tout cela nous met magnifiquement l’eau à la bouche. Tu es vraiment la Schéhérazade des amateurs de vin. Seule la menace d’intervention de ma belle-mère et de mon médecin de famille m’empêchent de faire le plein et de me précipiter vers l’Alsace afin de rencontrer ces magnifiques artisans que sont
    Rietsch et Meyer!
    J’aime les Rieslings secs, droits, sévères et presque sans sucres résiduels. Certains à boire dès maintenant , d’autres à attendre. Moins les gewurtraminer et les pinots gris,jusqu’à plus amples dégustations.
    Quels échantillons de ces artisans pourraient-tu me conseiller d’acheter cet automne afin d’en expérimenter le savoir-faire et la passion ?

    • le riesling stein chez Rietsch est une belle expression, Grittermatte chez Meyer est aussi un incontournable quand on n’aime pas le sucre. Sinon, chez Laurent Barth, ça bosse très bien :p

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