Les FAV, le vin et la féministe*

blida

Va donc voir là: Caro est caviste, Caro fait cave à manger, Caro est à Caen.Et Caen on n’a que l’Amour…

*un conte moderne

Re-vlà samedi, déjà. Les semaines filent à toute vitesse, on n’a même plus le temps de se poser qu’elles sont déjà finies. Dire que j’ai toujours un billet sur les vins de New-York sur le feu, et aussi des envies d’explorer le soufre… Ce sera pour plus tard, en attendant, concentré d’humeur.

Ce sont les FAV, autrement dit foires aux vins qui occupent le devant de la scène (si elles pouvaient paraphraser Dalida et y mourir, seulement, soupire-je).

J’ai promis de ne pas en parler, en parler c’est aussi leur faire de la pub. Sauf qu’au hasard du net, je tombe sur bon nombres d’articles et j‘enrage, tellement.

J’enrage quand je lis cet article du Monde, où le titre laisse supposer qu’on va lire un point de vue de caviste contre celui d’un représentant de grande surface. Mais tenez-vous bien, le caviste en question est un patron de chaîne. Je passe sur les approximations et idioties, notamment sur le vin nature, ce ne sont pas les premiers à en dire n’importe quoi.

Je ne sais pas à quel moment au juste ça a merdé pour qu’on considère que ce type est l’équivalent d’un caviste indé. Les discours du patron de chaîne et celui de la GD sont identiques, ils avouent vendre les mêmes vins, bref c’est un comparatif complètement bancal. Bonnet blanc et blanc bonnet. Quoique non, allez, il existe une petite différence entre eux: je vous laisse apprécier cette phrase à sa juste mesure

« Je vais même plus loin ! Je pense que les clients sont prêts à acheter des vins un peu moins bons chez un caviste dès lors que le contact humain et les conseils sont à la hauteur. »

Quel cynisme, quel mépris! On peut fourguer du moins bon si on est sympa?

Quand bien même parfois on donne la parole aux indépendants, ce n’est pas forcément à leur avantage. J’ai lu avec un agacement certain  un caviste un vrai, pour qui j’ai par ailleurs une pleine estime qui se retrouve à donner des conseils pour acheter en GD. Il ne fait rien de plus, dans son propos que dire des choses sensées et cohérentes (oublier les médailles, par exemple). Il est  parfaitement sincère. Mais  ce que laisse à penser l’article  c’est qu’il adoube le système FAV:  le contextuel, le chapeau et l’illustration donnent cette impression et c’est le résultat qui compte. 

Certains cavistes font des FAV: ha ben tiens! Un caviste ne devrait pas faire de FAV (ou ça veut dire qu’il marge déjà bien trop à l’année). Ce n’est pas en copiant la GD qu’on s’en sortira. Je suis partisane d’offrir du bon, et de la nouveauté à prix correct toute l’année. Donc, rentrées régulières et marges raisonnables. Le coté « ruée vers les bonnes affaires alors qu’on s’est privé l’année d’acheter du vin » ça me gave. On vous ment: les satanées promos qui n’en sont pas, les incroyables 6 bouteilles achetées=  24 offertes… Je vous jure que j’ai vu ce genre de réclames. Soit, je vends du vin, pas du détachant.

Le calcul est vite fait: venir de temps en temps chercher une bouteille à 6/7 euros ne revient pas plus cher que d’acheter par caisse des trucs improbables en GD, découverte, conseil, et surtout goût en plus!

Au delà des multiples raisons qui font qu’acheter en FAV est une mauvaise idée,  j’enrage de voir à quel point on fait peu de cas du vin, à quel point il est traité par dessus la jambe.

Mais putain, les mecs, vous êtes français, le vin c’est votre truc! Vous devriez, je ne sais pas, en être fiers. Ça devrait faire partie de votre mode de vie, de votre façon de respirer.

Je ne supporte plus ces discours prémâchés et adaptés au plus grand nombre, de la soupe servie comme si on était parfaitement abrutis.

J’en ai marre de voir des mecs doués devenir « hyper sommeliers » inféodés aux grandes surfaces. J’en ai marre de voir qu’on interroge des patrons de chaines de cavistes en les présentant comme des cavistes-artisans. J’en ai ras-le-fion de voir des sommeliers affirmer « moi je n’achète plus en GD depuis 10 ans », affirmer soutenir les vignerons-jardiniers ET dans le même putain d’article donner des conseils pour acheter en GD « parce que vous êtes un peu cons après tout les gens ». J’en ai marre de ce mépris, de ce nivellement par le bas, des cavistes qui ne s’en sortent pas et qu’on ne peut pas aider, des rideaux de fer qui tombent définitivement.

J’en ai ras-le-bol de relire sempiternellement les mêmes conneries, les mêmes approximations, et j’ai bien conscience que les amateurs de vins sont une niche, mais ce n’est pas avec ce genre de bouse qu’on va attirer des gens, des jeunes ou moins. Faire de la pédagogie, claire, ludique c’est trop demander à des journalistes?

Donner envie, loin des discours stéréotypés, loin des propagandes des grands circuits de distribution. Remettre le vin, le vigneron au centre du monde, de la table.

Parce que le vin, le bon, c’est aussi entendre un sommelier dire wow quand on lui fait goûter des trucs et même laisser échapper des gros mots de plaisir.

C’est ce qui te pousse à écrire ça:

C’est juste une bombe: le nez est chargé, épicé, tu t’attends un un gros câlin bourru de rugbyman, et en bouche t’as une danseuse de 45 kilos toute mouillée qui te fait des entrechats mignons et délicats que tu te demandes d’où elle sort et paf t’as fini la bouteille.

Pour info, Ondine du Clos Massotte.

C’est ce magnum qui descend tout seul, ce ploussard (ou poulsard, comme on veut) d’un fruit pur, juste une tuerie. Avec un peu de chance, ça rendra aussi aimable que le vin l’est. Le Jura c’est bon, buvez-en tous les jours. point barre

C’est ce sublime vieilles vignes 1997.

gaubyAncienne école, disent certains. Le nouveau style est mieux, rétorquent les autres.  On va mettre tout le monde d’accord, je n’ai pas sous la main 1998, ni 2001, ou millésimes plus récents. Mais ce 1997 VV était vraiment bien, frais, plaisant, on eut pu dire qu’ils faisait pas du tout son age. Quant à nouveau style/ ancien style, sans vouloir faire de la démagogie, il en faut pour tous les gouts… et même qu’on est pas forcément obligés de penser ses vins pour la garde, si on les aime jeunes, c’est un droit. Le Roussillon, c’est bon, buvez-en tous les jours.

C’est cet Acacias, 1999, monstre gentil de fraicheur, de tenue, de jus, de gourmandise, un vin complet quoi.

acaciasSeigneur malbec, que je t’aime quand tu te donnes comme ça.

Le Sud-ouest c’est bon! Buvez-en tous les jours.

C’est ce gamay incroyable.

 

morgon

Pas en magnum celui-là, c’est une honte, appelez-moi le directeur! Sans rire, c’est tellement délicieux, ça a le goût des cerises chapardées à même l’arbre, l’écorce rugueuse sur les cuisses nues, le vent frais dans les cheveux, le front brûlé de soleil. C’est de la chair, de la vie. C’est tout ça, le vin.

Le Beaujolais c’est bon! Buvez-en tous les jours!

C’est celui-ci.

coteEncore un coup du (domaine) Lombard. Damned! J’adore leurs brézème, mais pour une petite soif, un pic-nic, une amusette, voilà LE vin parfait. La cote se descend tout schuss et sans casque. Le Rhône c’est bon! Buvez-en tous les jours!

C’est ce vieux château qui bande encore!

bandol1995, la mourvèdre se livre, commence à se livrer: c’est d’une jeunesse à lui coller deux tartes et à l’envoyer ds sa chambre. Le fruit sort, tout doucement, de l’embuscade adolescente. Les tannins ont fini leur mue, sortent de la disgrâce et sont civilisés, polis. Bref, on peut le boire mais c’est encore mieux de l’attendre un poil.

La Provence aussi c’est bon, buvez-en tous les jours!

Oui, j’avoue! J’incite à boire.

Je suis une terroriste, une poseuse de bombes!

Je suis dangereuse.

Vous savez quoi? J’adore! Je vais continuer à vous parler des vins que j’aime, de comment on les boit, de comment ils rendent vivants. Je vais continuer d’occuper ce bout de terrain, que j’ai. Parce qu’au fond, rien ne me rend plus heureuse que ça.

Pas un mot sur Vinobusiness, qui sera diffusé lundi sur France 3. Si ça vous chante, faites-vous votre propre avis. Quant à moi, motus: j’aurais bien trop peur que son auteure me traite encore de féministe (sic, en 2014 une femme utilise « féministe » comme épithète disqualifiante)(voilà voilà).

Bon week-end!

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9 réflexions sur “Les FAV, le vin et la féministe*

  1. Bienvenu ce coup de gueule! Lorsque l’on voit des magazines comme l’Express, le Figaro magazine faire une pub de plusieurs pages pour les vins de GD, il y a de quoi s’arrêter de boire! Conseillés de plus par certains « grands » sommeliers!
    Le culot de certains propriétaires en bordelais qui arguent de leur utilisation de méthodes raisonnées ou
    bio. Ils tablent vraiment (mais hélas avec raison) sur le manque de mémoire des lecteurs , après être tombés à bras raccourcis sur les initiateurs de ces nouvelles méthodes.
    Seul « Le point » est allé un peu plus loin en consultant des sites de vente de vin.
    Comment lutter contre ces véritables campagnes d’abêtissement? Je crois que les réseaux sociaux , donc le Net, permettent de contrecarrer, lentement mais sûrement, les amateurs curieux et désirant rester indépendants .
    Laisser tomber Amazon, Google, la Grande Distribution dans la mesure du possible, c’est une nouvelle discipline à acquérir. Difficile mais enrichissant!
    A+

  2. « …ce n’est pas avec ce genre de bouse qu’on va attirer des gens, des jeunes ou moins. Faire de la pédagogie, claire, ludique c’est trop demander à des journalistes? »
    Non mais ça va, hého c’est quoi cette humeur putain !
    Tolérance
    Sinon les vins que tu proposes sont super classes. Tu fais une promo dessus, genre une Foire aux Vins, comme font les grands cavistes ? Non ?

    • vous êtes une exception notable, madame Glou 🙂
      (malgré ton penchant pour la taquinerie).
      Pour être claire et transparente, et tout, je les « propose » pas ces vins-là, je les ai bus, et aimés. Les gens sont grands, ils se débrouillent 🙂

  3. ouais, tu as tout bon! enfin, à 99%; car l’alternative la plus logique reste l’achat au domaine, à la propriété; merveilleuses rencontres en vue; il y a aussi les magasins régionaux qui vendent une appellation sans marge : le Chai d’Homps par exemple (Aude), le Divin Caveau (Mercurey), les Caves du Roussillon (Port-Vendres) etc…Sinon, bravo! on t’aime!

  4. Là je suis d’accord, rien ne vaut la visite des domaines et donc les contacts avec les viticulteurs.
    Mais cela demande du temps et surtout des moyens. Sauf pour les régions proches comme l’Alsace ou la Champagne.
    Par contre, je crois que le nombre de cavistes qui se rendent régulièrement dans ces régions est en diminution pour les mêmes raisons. Il leur reste la collaboration avec des confrères ayant des critères de choix semblables.
    Il m’est toujours difficile d’acheter des vins sans les avoir découverts auparavant!
    J’ai d’autant plus de respect pour les cavistes sérieux.
    A+

  5. Ah comme je vous adore vous 2, La Pinardotheke et Miss Glou Glou! Je partage vos 2 postes, merci pour ta sélection toujours géniale. J’aimerai pouvoir écrire comme vous, mais en Anglais (pfouah, l’excuse!!) c’est plus dur :p
    J’approuve à 100% pour les foires au vin et l’intervention des sommeliers dans les magazines, à chaque retour en France j’essaye de m’y mettre de les lire ces revues, mais…j’ai franchement du mal à finir les articles quand je vois comment tout est traité d’un point de vu uniquement commercial.
    Reste les blogs de Nicolas Le Saint et d’autres trubillons sur le terrain, le tien et Miss Glou évidemment, vive internet!!

  6. Pingback: The Good, the Bad and the Ugly: Vino business - Food & Wine Tasting

  7. Pingback: Naked Wines seen in Liège - Food & Wine Tasting

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