l’hummer du samedi: planquez-vous

altLhumeur a la gorge nouée, pour tout vous dire.

Hier, toute la journée je me suis demandé si je devais écrire. Quelle utilité aurait un billet de plus ou de moins? Encore redire les mêmes choses. Ressasser. Inlassablement expliquer. J’ai parfois l’impression d’avoir cent dix sept ans et de radoter (dieu merci, j’ai pas trop mal aux articulations).

J’ai commencé à écrire ici juste parce que j’aimais ça, écrire. Et puis est venu partager, parce que les lecteurs, les échanges, les discussions. Ensuite s’engager: c’est ma nature. J’ai l’air douce comme un agneau, j’ai l’air calme mais je bouillonne en permanence.

S’engager, parce que je suis comme ça.

Que je ne peux pas juste m’en foutre, faire comme si de rien, balancer deux trois vannes, et me barrer.

Bien sur, on peut me trouver fatigante, chiante, toujours sur la brèche. Se moquer de l’énergie que je déploie à défendre ce en quoi je crois. Je vous rassure: c’est fatigant aussi pour moi. Surtout quand j’ai cette impression nette que tout ça, cet engagement ne sert à rien. Je me bats contre des moulins-à-vent (je préférerais les boire). Je parle de vins que pas grand monde ne boit, auxquels pas grand monde n’aura accès sans doute. Je vous parle de cœur, de passion, de trucs un peu démodés.

J’ai choisi une voie casse-gueule: être authentique. Quand je vous parle de vin, je parle aussi beaucoup de moi. Car c’est indissociable: ma vie toute entière est organisée autour, parce que je suis dedans H24. Parce que sans avoir trente ans d’expérience, c’est ma voie.

Je ne prétends pas détenir la Vérité: personne ne peut. J’essaie juste de faire au mieux, question de cohérence.

J’ai choisi une voie casse-gueule: être caviste. J’aurais pu rester chef de rayon en grande surface. Ou j’aurais pu … Je ne veux pas y penser. J’ai choisi ce métier, particulier, pas seulement alimentaire. C’est une grande chance déjà, de se lever tous les matins et de se dire « chouette je vais au boulot » (bon, j’avoue, il est des matins où ce « chouette » est légerement tempéré mais dans l’ensemble, je suis heureuse).

J’ai choisi une voie casse-gueule: m’engager. A mon échelle, à ma manière. Batailler, expliquer, démontrer. Convaincre. Essayer du moins.

Y a ces jours là où j’ai toute la lassitude du monde sur les épaules. Ou je me dis que ça ne sert, que je ne sers à rien.

Faut vivre avec son temps, arrêter de rêver. Faut grandir, un peu.

Je n’en ai pas envie, au fond. Je veux pouvoir toujours être capable de m’emballer comme quand j’avais quinze ans. Les années m’ont juste filé un peu plus de vocabulaire et d’arguments, du moins j’espère.

Ce blog vient de mes tripes, comme à peu près tout ce que j’entreprends. Je suppose que c’est son plus gros défaut, c’est parfois ce qui me bouffe: j’aimerais ne pas être aussi touchée, aussi remuée.

Je suppose que c’est le revers de la médaille. Je suppose que ce qu’il m’apporte, en termes de relations humaines, de plaisir d’écrire doit se payer un jour ou l’autre.

Va falloir avaler, et avancer.

 J’ai bien essayé de prendre un peu de hauteur avec cette altesse,du domaine Giachino,  un joli vin frétillant comme on aime, avec une robe dorée comme un bout de soleil, un petit pshitt qui vous titille le nez, une bulle éphémère juste là pour vous dire un peu comme sur les gâteaux d’Alice « goutez-moi ». J’ai poussé la toute petite porte et un monde s’est offert: du fruit, de belles pêches juteuses, des abricots renflés,… de la nature: un peu de sauge, des pierres chauffées au soleil. C’était juste joli. Charmant.

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9 réflexions sur “l’hummer du samedi: planquez-vous

  1. Je vais te dire un truc que j’ai lu une fois, c’est venu d’un esprit brillant et authentique : C’est pas toi qui es anti-tout, ce sont les autres qui sont pour n’importe quoi !!

  2. Bon, d’abord, on ne peut pas plaire à tout le monde.
    Et heureusement d’ailleurs sinon qu’est-ce la vie serait lassante ! 🙂

    Au-delà, la passion, c’est forcément casse-gueule parce qu’on y met ses tripes, son cœur et son intelligence … un peu comme en amour, non ? 😉
    Mais sans cet engagement que vaut-on, que valons nous ?
    A mon sens pas autre chose que l’aseptisé et l’homogénéité, bref du bobinard standard quoi.
    Moi ce qui m’intéresse dans ce blog et dans ta cave, c’est le ton et justement la découverte de quilles et de vitis que je ne connais pas.
    Et de surcroît, quand une âme d’enfant, prête à mobiliser la terre, vient s’ajouter à la passion, on obtient un cocktail sincère, détonnant et savoureux qui s’illustre dans le texte et dans le verre !

    On prend tous des coups dans la vie, on a sa sensibilité et je ne connais personne qui a une armure face à ça.

    Moi je ne souhaite qu’une chose, c’est que ces aventures (blog et cave) prennent encore davantage d’essor et surtout que je puisse continuer à guetter tantôt le nouveau billet « d’humeur », tantôt la nouvelle découverte en cave.
    Parce qu’entre nous, mais rien qu’entre nous, me faire aimer à nouveau Bordeaux et le Sud-Ouest, c’était un putain de challenge relevé haut la main avec intelligence et discernement.
    Rien que pour ça, reconnaissance éternelle ! 🙂

    Maintenant, j’attends avec impatience le nouveau billet et la nouvelle cuvée … à découvrir, of corse ! 🙂

  3. Bravo,
    Quelle sincérité, une belle preuve de respect au lectorat qui vous aime. On dit du bon blogger qu’il doit s’adresser à son auditoir comme à un ami. On se sent ainsi en lisant cet article, c’est très beau et on on croit possible d’être vrai, passionné et nature.
    J’aime à penser que j’ai choisi aussi le monde du vin pour l’amour passionnel et le respect de la nature avec ses humeurs…
    Merci pour ce partage!

    Franck

  4. Pour t’encourager, quelques vers d’un grand battant , René Char »,

    « Emerge autant que possible à ta propre surface. Que le risque soit ta clarté.
    Comme une vieux rire.
    Dans une entière modestie ».

    Bises au joli bébé.

  5. Si je puis me permettre, tout l’intérêt de votre blog provient justement du fait qu’il est écrit avec vos « tripes », chère petite Madame. Surtout ne changez rien !

    Bon courage,
    Cordialement,

    Christophe.

    • J’ai bien fait de lire les commentaires avant d’en laisser un. Ce que je pensais écrire est déjà là. Et écrit par un « Christophe », comme moi. Etrange coïncidence. Donc bis.

  6. J’habite Bruxelles et Nam Ang (Uttaradit Thaïlande), j’aime votre page ou blog… que je lis ici et là-bas grâce à internet.
    Comment je fais pour arriver en transport en commun jusqu’à votre cave avec mon caddie pour y déposer quelques précieux flacons qui m’aideront à patienter jusqu’à mon prochain départ ?
    Et aussi en emmener au moins un dans ma valise…

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