Bordeaux et Sud-ouest Connection

Finalement ce qui m’a le plus chagrinée dans Vinobusiness, c’est l’image qu’en ont retiré certains de Bordeaux: un nid à investisseurs peu scrupuleux, manipulant le vin au moyen de divers produits louches, et de grande sorcellerie comme « l’assemblage » (sic), faisant enduire leurs vignes de poisons à des employés dans des combinaisons de cosmonautes.

Sauf que…

Sauf que Bordeaux est bien autre chose que ce neuvième cercle de l’Enfer.

Nonobstant les célébrissimes désormais Techer (et leurs poules) du chateau Gombaude Guillot, il existe pas mal de vignerons qui font bon, bio, voire biodynamique.

Le Puy, 19 Bis, Closeries des Moussis, La Grolet, Les 3 Petiotes, …  pour n’en citer que quelques-uns sont assurément à découvrir. Parce que ça pourrait changer votre avis sur les bordeaux: un vin à-la-papa, chiant comme un jour de pluie, carré comme un régiment? Oula, non! Ça c’était avant.

 On a beau être Pervenche, on peut être aimable. La preuve:

pervencheThierry Valette est tombé dans le tonneau -pas des Danaïdes- de vin à la naissance. Ou presque. Une famille qui y œuvre depuis quatre générations, papa et pépé Valette acquièrent des vignes en Loire, Languedoc, sont un temps propriétaires de Pavie (saint-émilion). Forcément, ça laisse des traces.

Sauf que Thierry ne se sent pas l’âme vigneronne, pas tout de suite. L’art, d’abord ! La danse, le jazz pour une première carrière. Musique et mécanique des corps avant de se tourner vers les fluides à 35 ans. Exit Saint-émilion, place à Castillon.

 Castillon avait sa propre AOP, jusqu’en 2009. Puis, simplification, refonte des appellations oblige le voilà castillon-cotes-de-bordeaux. Qu’est ce que ça change? Pas grand chose au gout du vin, à sa promotion, c’est peut-être une autre affaire. Située dans le libournais, comme saint-ém’ ou pomerol, elle est moins connue que ses illustres voisines: c’est un tort. Qu’est-ce qui a poussé Valette à faire le grand saut et acheter en 2000- presque en un éclair- le Clos du Puy Arnaud?

Parler de retour à la nature serait certes bucolique mais ça ne doit pas être la seule raison. Ceci dit, elle fait aussi partie de la réflexion qui le pousse à conduire le vignoble d’abord en bio, puis en biodynamie.

La vigne est un être vivant qui doit respecté pour donner sa pleine mesure…
Bien entendu, il faut tout faire pour ramener le plus possible de vie dans les sols et utiliser toutes les possibilités de notre petit terroir pour introduire de la biodiversité partout ou cela est possible (préservation des bosquets et des bois, création de haies, plantation de plantes aromatiques, engrais vert un rang sur deux alternant plantes aératrices de sol et apportant de la matière organique et plantes mellifères apportant des niches aux insectes et aux oiseaux…
Nous essayons aussi de travailler à un niveau plus subtil grâce à la biodynamie, à la géobiologie et à la bioénergétique sur les équilibres Yin Yang de notre micro-environnement.

Travailler en biodynamie, ce n’est pas seulement ce qu’on peut en voir parfois, ces gentils sorciers enterrant des bouses de vache dans des cornes, et plongeant cuisses nues dans du raisin: il existe des approches sensiblement différentes, de vigneron à vigneron, adaptées selon leur façon de voir. Ce n’est pas une pratique « miracle », mais bien pensée, elle peut aider vachement à faire de beaux raisins, sains. Et donc de jolis vins.

Et cette Pervenche? Parce qu’on l’a laissée sur le trottoir, prête à siffler…

Pervenche 2012 a un nez frais, de fruits tout juste cueillis, des cerises encore perlées de rosée, on sent bien qu’on va avoir affaire à du caractère dans pas loin. La bouche est très ronde d’abord, c’est le fruit qui déboule en premier, s’impose, ça mâche, mâche. Derrière on voyage: ho hisse! Une pointe de poivre, un soupçon de cacao, de la feuille de tabac:  ça embarque loin loin, et les tanins fins mais présents soutiennent la voile, on prend du vent dans la gueule, sur un immense bateau rassurant. On est bien.

 Si ça ne vous convainc pas de boire du Bordeaux, je ne sais pas ce qu’il faut.

Je prends mon armure de don Qui-shote pour vous parler d’une autre bouteille, autre région, parfois largement sous-estimée: le bergerac.

classikSituée dans le sud-ouest, très proche géographiquement des appellations de Bordeaux, on lui prête souvent cette appartenance: à tort. Elle partage avec sa voisine les cépages cabernets franc et sauvignon, le merlot et le côt (malbec) plus la Sud-ouest touch le fer-servadou. On y produit aussi des blancs secs et des rosés.

Franck Pascal à ne pas confondre avec son homonyme champenois, élabore avec Isabelle Carles des vins modernes, fruités sans être putassiers, accessibles sans être vulgaires, bref un peu de finesse dans un monde de brutes. Eux aussi bossent en biodynamie, avec un principe: accompagner. Accompagner la vigne, le raisin, puis le jus afin de retrouver dans le vin de la vitalité, de la fraicheur, de la gourmandise. Sans renier le côté puissant que peuvent prendre certains.

Classik est de ces vins-là. Un peu noir, un peu fermé dans les premiers temps, il lui faut au moins une paire d’années pour sortir du mutisme et secouer sa trame de bure. Les 2010 commencent à aborder cette phase: un peu de réglisse d’abord, une pointe de griotte, le tout encore discret. La bouche est plus généreuse: soyeuse, tendre, le fruit est long, rond, doux. Pour un peu on  croirait voir tendu le velours, rouge. Trois coups et paf! Entrée en scène et en matière, douze mois de barriques ont corsé l’enfançon. Élégamment.

Sortez les cotes de bœuf, et ripaillez!

Des vins pareils, on n’en cause plus: on les boit!

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5 réflexions sur “Bordeaux et Sud-ouest Connection

  1. Après le 19 Bis, un autre Bordeaux à découvrir ! 🙂
    Pervenche next on my track list !
    Quand au Bergerac classik, ce sera pour ce soir.
    Après la cuvée Sens du Fruit, je me réjouis.
    Je ne nommerai pas le plat accompagnant, refusant de choquer les âmes sensibles. 😉

  2. Là, forcément (« Nous essayons aussi de travailler à un niveau plus subtil grâce à la biodynamie, à la géobiologie et à la bioénergétique sur les équilibres Yin Yang de notre micro-environnement ») ça me rappelle furieusement les théories scientifiques de Monsieur Spock. Donc forcément je décroche : j’ai toujours eu du mal avec les coupes au bol.
    Sur Francky le champenois on en a déjà parlé par ailleurs : faut consommer avec modération.
    Pour le reste on se retrouvera (enfin) et c’est sans doute le plus important : très joli fruit sur cette Pervenche découverte il y a un petit mois de çà. Ca se boit bien, très bien même et le propriétaire est charmant.

  3. Allez, j’en rajoute un peu sur dos des Bordeaux ! Il paraît que certains viticulteurs peu scrupuleux du bordelais vont se servir du côté de Tautavel (le vin très réputé des Pyrénées) pour sublimer leurs propres vins…

  4. Si cet article est la pour démontrer qu’il y a de jolis domaines dans le bordelais, soit, j’allais dire.
    Il y a des productions et des vignerons intéressants partout et c’est a vous, cavistes, de savoir nous les faire de découvrir en sortant des sentiers battus …
    Restent que ces exceptions sont quand même loin de refléter la « masse » de la -sur-production des 5000 châteaux de la région …

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