Quand t’es dans le désert

Aujourd’hui, attaquons nous à un problème épineux: non, pas les belles-mères. La carte des vins au restaurant.

tandem

Merci pour ce moment

Hé oui, le pavé est lancé, l’entends-tu faire un gros floc dans la mare?

Parce qu’il faut bien que je l’avoue: ce qui me fait toujours frissonner, quand je découvre un nouveau resto, ce n’est pas la perspective de mal manger, en général on tombe plutôt bien, c’est la perspective angoissante de ne pas savoir quoi boire.

Quand j’ai la carte en main -admettons qu’on me la propose aussi bien qu’à monsieur, dans certains restos on peut rêver, mais soit, autre débat, ne nous égarons pas- il arrive souvent qu’un long soupir s’échappe tandis que mon sourcil gauche se fronce (des années d’entrainement intensif, ne tentez pas chez vous).

Il y a les cartes courtes, tellement pauvres qu’à côté le désert de Gobi parait accueillant.

Il y a les cartes longues, multipliant les références inconnues, sans queue ni tête ni même l’esquisse d’un lien entre les vins choisis.

Il y a les cartes truffées de fautes: d’orthographe, d’appellation, de classement (non, les gars pouilly-fuissé c’est pas la Loire, on en a déjà parlé).

Et pire que tout, les cartes muettes. Du genre à ne vous proposer que des choses vues et revues, re-bues partout.

C’est triste, non?

C’est toujours pour moi un grand mystère,  alors qu’on attache beaucoup d’importance à l’assiette, au décor, ou même à l’ambiance musicale, on oublie le vin!

Je peux comprendre que choisir, composer une carte, acheter du vin puisse paraitre difficile… Mais il y a des gens dont c’est le métier, suffit de se faire aider. Et ce n’est pas valable que pour les grandes tables: les petits bistrots aussi sont concernés.

En adaptant évidemment l’offre à l’assiette: absurde de proposer pléthore de grands crus classés si on fait des boulets-frites (quoique).

Voilà ce qui me chagrine: qu’on ne prête guère d’attention à ce qui peut pourtant faire toute la différence entre un resto honnête et un très chouette resto.

La plupart des gens n’y connaissent rien en vin.

Et alors? Vous croyez vraiment que tous ceux qui vont au resto savent cuisiner?

Non. Bien entendu, ou pas à ce niveau là. Mais au delà de la fonction première de restaurer, donner à manger quoi, on devrait trouver dans ces établissements du plaisir. Et le plaisir peut -aussi- passer par la découverte des vins.

Pouvoir prendre le premier prix de la carte -le pichet- sans craindre de se trouer l’estomac.

Tenter la sélection de vins sans avoir la quasi certitude qu’on va vous faire boire des machins de grande surface surfacturés (parce qu’avouons-le nous, les sélections c’est le pire et le meilleur: bien adaptées, originales, à juste prix, c’est merveilleux sinon…)

Avoir quelques références classiques et rassurantes, mais aussi proposer de sortir des sentiers battus. Oser des vins au verre! Plus simple de tester sur un seul verre un vin qu’on n’aurait jamais pensé goûter, quitte à en prendre une bouteille entière par la suite.

La plus belle assiette du monde ne sauvera pas un vin médiocre, servi à la mauvaise température. Ou dans les mauvais verres: trop grands, trop petits, j’en passe.

Parce qu’il y a ça aussi: une méconnaissance, parfois grave, qui conduit à mal servir des vins trop chauds, ou glacés.

Les gars, formez vos serveurs un minimum, ayez un poil d’ambition. Soyons prosaïques: une belle carte, bien vendue, bien construite, ça fait du chiffre. Ça se dit, ça se glisse à l’oreille: tiens, tu sais chez Machin on boit de jolis vins.

Pourquoi je dis tout ça? Parce qu’hier j’ai testé un nouveau resto, à Liège. Resto qui fait aussi bar à vins. Laissez moi dubiter fortement quant à cette deuxième appellation: une carte très bof, où quelques bouteilles de prestige se noient au milieu d’une sélection de vin hors France très disparate. A la place de l’amateur lambda, je choisis au prix ou au nom. Y a du floris, de Vincent Pinard en sancerre … en aparté, à se demander combien il en produit, pour en trouver systématiquement partout?

tande

feat. les jolies mains du très gentil serveur

Finalement, parce qu’on est un peu foufous, parce qu’on connait un peu, on opte Maroc. Syrah (bon c’est un peu triché, puisqu’on trouve du rhodanien aux manettes). Un joli vin, sympathique, épicé, pas alcooleux, évidemment c’est loin d’être la découverte du siècle mais ça fait le job. Nos voisins de table, séduits par l’étiquette, prendront la même, qu’ils apprécieront  aussi.

 Où voulais-je en venir?

Ha oui: nous avons super bien mangé. Le vin, sans être formidable était pas mal. Mais je suis certaine qu’avec un peu plus de gniaque et de volonté, ce resto sympa se serait transformé en « à rééditer ».

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16 réflexions sur “Quand t’es dans le désert

  1. Tout à fait en ligne avec toi, et j’ajouterai quelque chose…

    De jolis vins, ça se boit dans de jolis verres…à vin!

    Quoi de plus insupportable, de plus énervant, de plus Grrrrrrrrrrrrrr que de ne même pas pouvoir aérer son verre de vin sans en mettre partout parce que le dit breuvage est servi dans un verre en forme de cône ou autre forme fantaisiste qui laisse échapper les arômes et s’en fuir le nectar?

    Ca énerve hein?!

  2. Ah oui, Tandem, vin sympa je trouve en ayant à l’esprit, d’où il vient …
    Ce qui fait sa qualité, c’est la fraicheur du vin.
    Et peut-être qu’Alain Graillot n’est pas étranger à ce profil.

    Si j’en reste géographiquement à la région liégeoise, force est de constater que les cartes de vin sont hyper classiques, plutôt pauvres en terme de découverte et souvent franchement mal conçues.
    Quant à l’approximation, elle est fréquemment de mise.
    Bon, je ne pense pas être particulièrement pointilleux mais le Beaujolais qui est un vin du Rhône ou un superbe Meursault à base du cepage roi de Bourgogne … le Sauvignon (?!) … au secours. 🙂

    Mais on sait aussi malheureusement qui fournit la majorité des établissements dans notre région.
    Les habitudes ont la dent dure. 😦
    Dommage car perso, je me plonge d’abord dans la carte des vins du resto (quand elle existe) avant de me plonger dans la carte des mets.
    Et je salive autant (sinon plus) à la pensée du vin à boire qu’au plat à déguster.
    Restaurateur ? De grâce, poussez la porte de ce caviste hors pair !

    Au fait, c’est quoi ce resto à Liège ? 🙂

  3. C’est en effet une triste expérience que de consulter les cartes de vins de nombreux restaurants sur le territoire! Certains restaurateurs m’ont même déclaré qu’ils n’aimaient pas le vin et que c’était la « marge »
    qui les intéressaient, qu’ils n’avaient pas le temps, que c’était le représentant qui « conseillait », que les clients ne regardaient que le prix ou que le pays d’origine.
    Beaucoup de « vins du patron », soi-disant sympa, à 10 ou 15 euros la carafe de 50cl, ou à la ficelle, proviennent de cubitainers à 5 euros les 3 litres. Servis bien frais avec parfois le sourire du même patron!
    qui se fout de la poire du client gogo.
    Je n’ai jamais compris qu’après avoir apprécié certains vins simples, peu onéreux comme par exemple ceux de la coopérative des Vignerons d’Estézargues, des bouteilles de base de Jean Louis Denois,
    ou de certaines coopératives du sud_ouest ou du Bergeracois, (est-ce vraiment trop demandé)
    ces mêmes restaurateurs ne les présentent pas en vin de la semaine, de mois, du patron, de la patronne,qui même en prenant une belle marge resteraient intéressants!
    Aujourd’hui, la mode est le vin au verre. C’est encore pire que la carafe ou la ficelle, de 3 à 7 euros pièce
    et quelles pièces parfois!! On ose encore nous les proposer dans verres « ballons »! c’est vraiment du foutage de gueule.
    J’ai abandonné. Je ne bois bon que de chez mes cavistes et à la MAISON., sauf rencontre extraordinaire avec chef extraordinaire ayant une carte lisible, explicite, avec une gamme de prix de 20(pour tous les jours à 50 euros(pour les occasions de fête).
    Mais c’est comme les libraires aimant les livres, les exploitants de salle aimant le cinéma ou les patrons de chaîne TV respectant ses consommateurs, TRES TRES RARE.
    Lorsque j’en trouve un, je ne le lache plus. (en fonction de mes moyens naturellement).
    A+

  4. Alors là je vous rejoint complètement. D’ailleurs dès que je rentre dans la salle d’un resto, un coup d’oeil sur les verres et s’ils sont petits et moches je me dit que c’est mal barré pour la carte de vins. A l’ouverture de la carte c’est confirmé, elles sont souvent bien tristes… Nos restaurateurs manquent cruellement d’imagination. C’est vrai que les cartes de vins sont souvent truffées d’erreurs et c’est impardonnable pour des professionnels.

    Je viens de faire 4 restos sur peu de temps, j’ai été hyper déçues dans 3… Rien de mauvais mais rien qui stimule et qui affole les papilles… Vraiment dommage je trouve. Bref, je reste souvent chez moi, je fristouille un truc sympa et je descends dans ma cave chercher un flacon bien sympathique.

  5. Je ne peux qu’appuyer tout ce qui a été dit mais je tiens tout de même à saluer quelques trop rares honnêtetés commerciale et intellectuelle de nos amis restaurateurs.
    J’en veux pour preuve l’attitude du patron d’un restaurant jouissant d’une notoriété grandissante en Hesbaye liégeoise, et bien connu de Sandrine d’ailleurs, qui nous a proposé un assortiment de trois vins complètement adapté à son menu gastronomique. Tout ça pour la modique somme de 25 € (2 verres de chaque vin).
    Après avoir dégusté avec plaisir le vin en accompagnement du plat principal, à savoir un très bon « Côtes du Roussillon Villages », je me suis risqué à lui demander s’il était disposé à me vendre quelques flacons de ce divin breuvage qui avait excité mes papilles. A ma grande surprise, il fît bien plus en me révélant que le vin provenait d’un caviste bien connu situé à quelques cent mètres de là. Moi qui m’attendais à ce qu’il me sorte un truc du genre …que ma requête était tout à fait impossible à recevoir du fait qu’il faisait lui-même partie d’un petit groupe d’initiés, de restaurateurs privilégiés et autorisés à faire connaître l’infiniment petite production d’un artiste vigneron perdu dans les confins du Roussillon.
    Voilà ce que j’appelle un bel exemple d’entraide et de soutien au commerce local. Et surtout et tout simplement de l’honnêteté quand on sait que ce vin tant apprécié était proposé à 10 € chez le caviste en question, cela donne une idée de la marge du restaurateur qui semble loin d’être mirobolante au regard des vins de l’assortiment (même si on peut supposer que le restaurateur bénéficie de tarifs préférentiels).
    Voilà, je tenais à le dire. Et sans faire de pub malvenue, j’espère que les protagonistes se reconnaîtront !!!

    • Ces « exceptions » gagnent à être connues et méritent donc d’être cités pour les heureux découvreurs.
      Je suis toujours à l’affût de ces renseignements.
      Parce que c’est un véritable supplice chinois que de ne pas connaître ce bon petit vin du Roussillon et le bon restaurateur qui le conseille.
      Merci d’avance.

  6. Sand’, faut m’inviter. Bien que certains serveurs tentent le coup, ils sont peu nombreux à proposer la carte des vins à un aveugle, donc, madame a de fortes chances de se voir offrir un peu de lecture, à haute voix en prime! Plus sérieusement, sujet épineux effectivement. Le problème étant cette idée répandue, juste ou non, que c’est sur notre boisson préférée que les restaurateurs jouent la marge maximale. C’est un très mauvais calcul. Mais peut-être pas tant que ça à première vue, parce que peu de clients s’en plaignent. C’est facile pour eux de dire « La plupart des gens n’y connaissent rien en vin. » Mais c’est en bonne partie à cause d’eux que les gens n’ont pas forcément envie de s’y intéresser! Tout le monde cherche le meilleur prix, la bonne affaire… Et la qualité, mais surtout l’authenticité, dans tout ça? J’observe tout de même que les patrons consciencieux qui soignent leur carte vins autant que leur cuisine sont blindés en permanence, et que j’ai bien plus de chance de claquer plus de 30 euros chez eux pour une bouteille réjouissante quand je n’en mettrai que 20 ailleurs en grinçant des dents où c’est bâclé. Tentez un coup de fourchette « Chez Franck » à Aubel, c’est mon petit péché-mignon.
    En triturant bien la carte, il y a en général moyen de sortir quelque chose d’acceptable un peu partout, y compris dans les « asiat' » dont j’apprécie la cuisine. Anecdote: le dernier « Chinois » en date que j’ai fréquenté indiquait dans le rayon Alsace encore Tokay Pinot Gris, et le Pinot Noir se trouvait dans les blancs. Mais c’est ça le hic, avoir à fouiner. En terme de plats, chacun ses préférences, mais en général on a pas les trois quarts de la carte miam-miam à éviter parce que ça risque d’être moche! Un bon plan, c’est aussi de demander à son (ou ses si on a de la chance) cavistes locaux si ils ont une table de prédilection.

  7. Amis restaurateurs, lisez ce blog ! En fait, on a l’impression que c’est un peu ça le problème : les clients veulent boire des bons vins, les vignerons veulent produire des bons vins, les prescripteurs (critiques, sommeliers, bloggers, cavistes) veulent proposer des bons vins, les seuls qui n’en ont rien à foutre ce sont les restaurateurs. En revanche, le coeff à 4 ou 5, ça ne les gêne pas. Non, pas tous. Dans ma bonne ville de G… j’en connais hum 4 voire 5 qui ont une carte correcte. Sur combien de restaurants ?
    C’est vrai que c’est déprimant ces cartes de vins d’une médiocrité sans nom. Le pire ( c’est du vécu), c’est quand on s’ aperçoit que ces cartes médiocres sont conçues par le caviste qui a pignon sur rue en centre ville !

  8. Le restaurant gastro dont je parle est à Saint-Georges s/Meuse (Stockay). Y’en a pas dix mille!!!
    Trois fois que j’y vais et chaque fois du pur plaisir 🙂

    Bonne découverte

  9. Étant au resto tous les jours, je ne peux qu’approuver ce que je lis plus haut. Le niveau général des cartes des vins des resto français est catastrophique ! Cela est d’autant plus dommage quand le niveau de cuisine est bon, quel contraste de mettre autant d’énergie dans l’assiette et de délaisser le verre des clients !
    Néanmoins il existe comme partout des exceptions (ils se comptent sur le doigt d’une main dans les villes moyennes) ou il y a moyen de se faire grave plaisir, et quand la carte  » parle » la cuisine suit toujours …

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