Et mes contres? Tu les aimes mes contres?

Où il va être question de postérieurs. C’est pour le stats, vous énervez pas.

La contre-étiquette. Ah mais que voilà un sujet auquel on ne pense pas forcément spontanément, pourtant elle concerne beaucoup de vins. Certains choisissent de la zapper, concentrent tout ce qu’il y a à dire sur le vin sur la seule étiquette. Un choix. Le bon?

Difficile à dire.

La contre, c’est un peu le quatrième de couv’. Si on file la métaphore, elle devrait donner envie de boire (cette bouteille-là précisément, pas de se précipiter sur n’importe quoi d’ardent). Alors qu’y mettre?

C’est tout le problème: ou on la joue hyper technique (au risque de perdre un peu le consommateur lambda), ou on essaie d’être efficace en proposant une t° de service, ou un accord mets-vin (et parfois en tombant dans des banalités affligeantes… oui, le rosé qui « va » avec les pâtes, les pizzas, le saumon, le bœuf et la tarte tatin ça s’est vu). Dernière option, la poésie. Le seul inconvénient de cette dernière: on n’informe plus.

Suivant les régions, les types de vin, une info claire et précise peut être utile: simplement si on pense à l’Alsace, connaitre un sucre résiduel est parfois précieux. Ou un dosage en Champagne. Si je me pose la question en tant que caviste, c’est un super aide-mémoire surtout quand un vigneron propose des cuvées avec des différences très peu sensibles (légère différence de résiduels, ou absence de soufre, proportions inversées de cépages d’une cuvée à l’autre). Car j’ai beau avoir beaucoup de vins dans le palais et dans la tête, je ne suis pas un ordinateur. Plus simple donc pour moi de me référer à la contre qu’aller rechercher des fiches techniques (surtout dans mon brol). On peut me dire « bah, tu t’en fous, t’as qu’à parler du gout que ça a ». Pas faux, ceci dit y a des curieux qui demandent les cépages (ou le taux de soufre, ou la couleur du slip du vigneron quand il a pigé). En Bourgogne pour les cépages, c’est easy, les régions où l’on assemble (comme Bordeaux, haha) c’est parfois un poil plus compliqué, surtout quand un vigneron s’amuse avec sept/huit cépages.

Le premier argument que j’entends en défaveur des contre trop techniques c’est « mais les gens n’y comprennent rien ».

Bah, déjà, z’ont qu’à lire mon blog aussi.

Plus sérieusement, soit. Admettons. S’ils se trouvent chez un gentil caviste, celui-ci se fera un plaisir d’expliquer ce qui pose problème. Au pire ça rend curieux: on attrape son smartphone, on google (pour les plus vieux on sort un Larousse). On apprend un truc. Le vin ne rend pas intelligent, mais il donne accès à une certaine forme de culture -du moins si on veut s’en donner la peine.

On en passe quelques unes en revue?

Les « priorité à l’info »: ces contres là se veulent transparentes, claires. Mention du cépage, parfois d’un éventuel dépôt, quasi pas de bla-bla. C’est le job minimum de la contre: rien de fantaisiste. wpid-dsc_5850.jpgwpid-dsc_5857.jpgwpid-dsc_5855.jpg

ries

Deuxième cas: les infos + philosophie:  là aussi on retrouve mention des cépages, parfois d’un taux de soufre (avec un seul f tudieu), ou autres mais surtout le vigneron exprime sa philosophie. Je vous accorde que c’est plutôt le fait des vignerons qui bossent en bio, ou en biodynamie: deux pratiques qui dans l’esprit des consommateurs sont encore assez nébuleuses, du coup on en profite pour enfoncer le clou et en dire deux mots. chardtenut

wpid-dsc_5854.jpgbonnes

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Autre genre (ahem) le marketing clair: deux cuvées qui se répondent, on appréciera la finesse (toute féminine?!) de l’humour.

Les évasifs: c’est pas que leurs contres ne veulent rien dire, mais elles sont plutôt des indications d’ordre général sur l’état/ la tenue de la vigne que sur le vin en particulier qui se trouve dans la bouteille. Inutile? J’ai pas tranché. Mais je dois avouer que j’adore la mention « interdit aux blaireaux » de la seconde.

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Puis il y a les techniques. Trop? J’en sais rien non plus. Si je prends l’exemple de l’étiquette de Jean-Pierre Rietsch, ça me sauve bien cette contre. Parce qu’en 2012 et en 2013, il existe une cuvée « quand le chat ». Sauf qu’une année c’est du riesling, l’autre du pinot gris. Chez Franck Pascal, on fait dans le très factuel aussi tandis que chez Anne Gros on se permet non seulement d’informer mais aussi d’y ajouter une touche d’humour, presque militant.

nature

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Et puis… Et puis y a la poésie.

Nulle trace de jugement littéraire ici, mais que dire de ces contres qui ne disent rien de technique mais parlent d’émotions, d’histoires, de moments?

Les deux suivantes portent la patte assez reconnaissable d’une plume qu’on croise sur la toile.

Le premier, Outre rouge. Nada sur le vin, en tous cas sur sa composition. On sait qu’il vient d’Elian da Ros. On sait que c’est un rosé, au départ. Mais qu’il se comporte plus comme un rouge: voilà Pousson et da Ros bien embêtés. Que faire?

Alors bon, on aurait pu dire, « je suis un couillon, j’ai vinifié un rosé mais je trouve qu’il a goût à rouge, j’en fais quoi? ». Et ajouter le degré, la mention « vieilli en futs de merrain » et « accompagnera délicieusement vos rôtis et gibiers ainsi que vos fromages ». Mais on a préféré faire autrement, surtout après en avoir beaucoup bu.

Faire autrement, accessoirement citer Galilée et rendre hommage, pousser un grand cri d’amour. Le vin est aussi là pour ça, il donne ces occasions là. Doivent-elles se trouver sur une contre? Pour reprendre la métaphore du bouquin: et si on faisait de la contre une préface? De quoi entrer dedans sans en savoir grand chose, au final. De s’immerger, totalement dans une histoire, de se laisser prendre la main et emmener.

Après, c’est sûr, on peut mettre à la place une liste d’ingrédient ou même des équations chimiques, mais bon…
Chacun son style. Mais ce que je demande en premier à une femme, ce n’est pas la composition moléculaire de l’intérieur de son vagin.
On adhère ou non. Pourtant très sensible aux mots, je reste un peu sur ma faim avec ce genre d’étiquettes. Sans doute mon coté flamand qui adore la rigueur, l’info allez savoir.
Ici, on touche encore à autre chose. Ce n’est plus de la poésie, c’est du militantisme. PrintDu marketing? D’une certaine façon. Du marketing de bon-vivant, presque d’outre-buveur tiens. De la décomplexion joyeuse. Bon, on ne sait toujours pas ce qu’on boit, mais on est prêts à y aller.

Dernière catégorie, que je ne sais même pas catégoriser d’ailleurs appelons-la la Michel Rolland, tout simplement.

rollandChut, le silence qui suit du Michel Rolland c’est encore du Michel Rolland.

(pardon, c’était trop tentant).

Bref, pour conclure: l’étiquette on le sait tous joue pour beaucoup dans le premier contact avec un vin. Elle nous intrigue, nous fait marrer, nous rassure. C’est un premier coup d’œil, certes mais c’est déjà avec lui que se décide à 80% si on est tenté ou non. Bah oui. Les plus grands pros s’y laissent parfois prendre: une étiquette savamment orchestrée, un nom qui claque ou le même vin dans une bouteille d’Oasis et paf! On a l’impression que le premier est bien meilleur que l’autre. Et la contre? Suivant le vigneron, son vin, sa sensibilité elle portera des messages complètement différents: factuels, poétiques, militants, parfois absurdes ou formatés GD (j’ai été gentille, j’ai rien mis de tel mais ça eut pu). Je regrette parfois son absence, ou sa sous-exploitation: les exemples pleuvent, on peut en faire des usages multiples. Et d’ailleurs, comme le fait subtilement remarquer Eric, nombre de ces contres prises en exemples sont en fait… des étiquettes puisque les mentions légales s’y trouvent. Haha, nous voilà bien attrapés! Après… Doit-on casser la magie en réclamant des indications techniques comme le cépage, une éventuelle vinification spéciale, un taux de sucres? Ou bien ne doit-on se référer qu’au seul vin, à ses impressions, à l’histoire qui l’a vu naitre? Oui, mais alors, sans aucun élément précis (et allez j’ose: rassurant) auquel se raccrocher on choisit comment? A la tronche? A la gouaille?

Y a peut-être bien une solution, notez, ça impliquerait fortement les cavistes mais bon, on dira que je prêche encore pour ma paroisse.

Je vous laisse, j’ai un brol de fiches techniques à ranger.

Resistance is futile

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5 réflexions sur “Et mes contres? Tu les aimes mes contres?

  1. dis, quand est-ce que tu publies tes bonnes adresses, les « vraies », celles qui sont pas dans les guides commerciaux? Sinon, on t’aime, et ton approche singulière (et éclectique) me plaît !

  2. Belle série de contres; à part les rosés j’ai tout dégusté et peu de déchets ici.Les moins connaisseurs peuvent foncer,on peut pour une fois ne pas trop s’attarder sur une certaine demoiselle(avis très perso).Comme dit René faut tout goûter et c’est parfois plus difficile que tout acheter.Passionné ,on stocke,on stocke mais après faut déboucher.Et pourtant on est très sérieux concernant ce sport.
    Allez encore un papier fort agréable.
    Bernard

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