L’histoire du samedi, c’est so…*

*Tiens, tu sais comment on dit la sagesse en latin?

Samedi matin, c’est toujours un matin plus cool que les autres. Prendre le temps des quelques minutes de marche de la maison au travail, s’emplir les poumons d’air frais et encore un peu humide. Ce matin, quelques gouttes fines et malgré ça une drôle de lumière, douce. C’est un de ces matins d’automne qui se lève, engourdi.

Je suis contente. L’automne est définitivement ma saison préférée: je n’aime ni les grands froids, ni les excès de température. Cette saison in the middle of me va très bien.

Probablement, ça étonne: moi, l’excessive, qui parle trop, écrit plus vite que son ombre, fustige, crucifie, adore et déteste dans un même mouvement je serais finalement adepte de la tempérance?

Curieux, non?

Le net.

Internet est un miroir, à la différence près qu’on peut toujours choisir le profil qu’on a envie de montrer. On biaise un peu, on a de la pudeur pour certaines choses, pas pour d’autres. Et on devient une représentation dans l’esprit des gens, forcément encore différente.

D’ici quinze jours, ce sont les vacances. Le bordelais, une brève incursion à Cahors, virée à Rennes et sans doute un crochet par le beaujolais. L’occasion de mettre de la chair et des os sur certain(e)s avec qui je ricane sur la toile.

Et cette angoisse qu’ils attendent de moi la drôlerie, l’humour. J’ai cette peur absurde de décevoir: je devrais peut-être me mettre au jonglage, ou apprendre un numéro de mime, je ne sais pas. Bref, on l’aura compris: j’appréhende.

Je suis une grande timide, sous mes dehors rentre-dedans. Je préférerais me cacher sous les feuilles d’automne, un gros pull, et paf, je disparais.

J’adore raconter des histoires, bien à l’abri derrière mon clavier.

Imaginons celle-ci: ça commence par un grand sourire.

Il s’appelle Loïc: il est vigneron.

Enfin, en 2000 il ne l’est pas tout à fait encore. S’il a acquis une jolie parcelle en AOP savennières, celle-ci ne possède aucune vigne. Il faut planter, tout créer. Quelquefois, l’ex nihilo est un bienfait. Partir de rien, c’est ne pas devoir corriger le passé.

Comme il le veut, l’envisage, le boulot a l’air simple: accompagner la nature. C’est tout l’inverse, beaucoup de réflexion, de travail, limiter les rendements, vendanger à la main. Tout au long du cycle être extrêmement attentif au moindre écart de la vigne, savoir quelle préparation biodynamique à quel moment… et puis, c’est une évidence, pratiquer des vinifications les plus naturelles possibles. Fermentations lentes, élevages en petits contenants. Du temps.

Le temps, c’est le luxe. Plus encore que de bosser à petite échelle. Le temps que l’on gaspille parfois à faire n’importe quoi, ici c’est le secret.

En même temps quand on fait du savennières,  ça coule de source.

Je vous ai déjà parlé de savennières, avec un de ses vignobles les plus emblématiques, ici.

Bref rappel: L’aire d’appellation se trouve au sud-ouest à 15 km d’Angers et compte environ 150 hectares. Le cépage emblématique de la Loire, le chenin permet d’élaborer des vins avec des profils très différents, et pouvant avoir des gardes impressionnantes. L’appellation tire son nom de saponaria, qu’il faut rapprocher de la saponaire, plante herbacée à fleurs roses que l’on trouve dans les lieux humides au-dessus de la Loire.

On l’a compris: ce souriant jeune homme a intérêt à avoir une sacrée patience. D’abord, tout recréer, acheter au fur et à mesure quelques parcelles de ci de là, pour se constituer un domaine. Bichonner ses vignes, ses raisins, puis ses vins. Lentement. Amoureusement.

Jusqu’à ce qu’un jour, après bien des étapes, à quelques centaine de kilomètres de là, une belge ouvre une bouteille.

sect

Domaine du Gré d’Orger, savennières, sectilis terra 2005

Le liquide doré dans les verres, et là, on plonge le nez dedans c’est trop tentant. Il faudrait un peu réprimer ce mouvement trop rapide. Il faudrait lui laisser un peu de temps, à ce joli, de s’installer, de prendre ses quartiers dans ce verre inconnu. Alors on le pose, on l’observe. On attend.

Les minutes s’étirent, on n’en peut plus: les narines frémissent. Y a du miel, de l’abricot, un ailleurs presque oriental.

Zut, la bouche, la bouche: il faut goûter! Va-t-on se lover dans des soies précieuses, va-t-on se faire envelopper de narguilé, va-t-on voir débouler Salomé?

Rien de tout ça: on est bousculés dans un marché aux épices, les ruelles sont étroites, le soleil pèse sur les épaules. La girofle, la rose, le poivre blanc sur la langue, les pieds pressés, le cœur avide. Et puis doucement, sans qu’on s’y attende, tout se calme: nous voilà entre les étoffes à savourer des fruits légèrement rehaussés de miel, le front apaisé.

J’aurais pu dire que ce vin né sur une terre exposée plein Sud sur les coteaux de Savennières où affleurent les schistes, de tout petits raisins de chenin concentrés vendangés à la main, une vinification lente et naturelle de 18 mois en fûts de chêne est précis, puissant, épicé, long, et incroyablement frais. J’aurais pu vous dire qu’on peut encore le garder en cave, un moment.

Mais que voulez-vous, je préfère raconter des histoires: c’est ainsi qu’on découvre le mieux les vins. Et les gens!

 

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Une réflexion sur “L’histoire du samedi, c’est so…*

  1. Encore un bien bel écrit.Je n’ai pas encore goûté les vins de ce beau vigneron mais ça ne saurait tarder.Toujours un grand plaisir à vous lire.Bon w.e

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