La Femme est un client comme les autres*

Pochtronne antique

Ce matin je lisais avec une moue genre « je veux pas dire que je l’avais dit, mais… » Eva du blog Oenos. Celle-ci pond une note sur un service exécrable dans un resto, et s’insurge qu’en tant que femme, on ne lui laisse pas l’heur de choisir le vin.

Ha la la, ces bonnes femmes: il a fallu qu’elles votent, qu’elles conduisent, qu’elles ouvrent un compte en banque et désormais elles veulent aussi « s’y connaitre en vin »?

On pourrait encore leur passer ce caprice, si elles gardaient la modestie inhérente à leur sexe et à leur position, et se taisaient. Si ce n’était qu’une marotte intime, que pourrait-on leur reprocher?

Mais non: elles en font étalage, elles réclament de parler de vin, d’avoir un avis dessus, d’écrire à son propos. Il se murmure que certaines en font.

Toute ironie mise à part, certain(e)s semblent encore découvrir que des restaurateurs (voire des clients) soient misogynes, sexistes, paternalistes.

Bon, que vous dire?

Que depuis que j’écris sur le vin, je m’en suis pris de toutes sortes, des rafales misogynes, sexistes, paternalistes. Que ce n’est pas une exception. Que même ceux qui pensent bien faire se gourent.

Hé ouais.

En postant le dit article, je me doutais et j’attendais avec un sourire angélique j’avoue, le point galanterie.

La galanterie, c’est cette excuse facile pour infantiliser la femme et la réduire à un état de chose fragile dont il faut prendre soin. Dépendante.

Je n’invente rien: consultez plusieurs dictionnaires, plusieurs sources.

« La galanterie est une forme de politesse destinée aux femmes, à faciliter leurs déplacements et actions »

Aux femmes, aux femmes uniquement. Pas aux gens en général, pas aux hommes. Non c’est un type de relations qui ne marche que dans un sens. Et qui est avant tout considéré comme une forme de séduction.

Moi quelqu’un qui considère que je suis trop débile pour choisir du vin moi-même, ou trop con pour pas savoir ouvrir une porte, il peut se taper le cul nu par terre en s’arrachant les poils du torse s’il croit me séduire mais bon.

Moi, homme fort, moi Rahan, protéger faible femme.

C’est ça, votre galanterie. Peu importe l’usage, peu importe les conventions sociales: quand vous invoquez le point galanterie, vous faites du sexisme.

Punt!

gala

Voilà, avec une bonne grosse couche bien dégueulasse sur la vénalité à la fin. Édifiant? Oui. Étonnant? Non.

Revenons à nos restos. Et à cette fameuse carte des vins, qui est tendue par « galanterie » et « conventions sociales » à l’Homme. Je sais, c’est ainsi qu’on vous a enseigné dans les écoles hôtelières: j’en ai fréquenté une, et j’étais sans doute un peu trop jeune et inexpérimentée à l’époque pour comprendre tout le sens et le poids de ces injonctions.

Mais quelqu’un d’adulte, d’un peu attaché à l’égalité des sexes devrait aussi se remettre en question. Un bon restaurateur devrait pouvoir proposer une carte des vins aux deux sexes, de façon indifférente parce que c’est juste du bon sens. La personne la plus compétente, ou celle à qui ça fait le plus envie fera son choix. Voire et là, attention c’est foufou comme concept: ils choisiront ensemble.

C’est un détail, on dira que je chicane mais c’est par une série de points de détails qu’on arrivera à faire un peu bouger les choses. Prenons le « madame le Président » des derniers jours: oui, c’est important! C’est presque fondamental, de féminiser aussi le vocabulaire. Ce n’est pas une « idéologie de la féminisation à outrance ». Ce n’est pas « violer » la langue française, comme j’ai pu le lire, ce n’est pas une barbarie, c’est une évolution de la langue, liée à son usage. Une langue qui reste figée est une langue morte: réjouissons-nous donc de ces petites (r)évolutions.  C’est une façon d’affirmer: ce job n’est pas spécifiquement masculin, il est ouvert aux hommes ET aux femmes. Je tiens à ce petit -e de auteure quand je me présente, car il a une vertu exemplative sur les plus jeunes. Il décomplexe du fait d’ être née XX.

En voyant que d’autres femmes commandent et assument un choix de vin au resto, celles qui hésitaient peut-être encore pourraient s’y mettre. En constatant qu’elles ne disparaissent pas dans les flammes de l’enfer pour avoir donné un avis sur une bouteille, elles réitéreront.

Je vois de plus en plus de femmes aux dégustations que j’anime, c’est un fait. Elles ont envie: il leur manque parfois le coup de pouce de la confiance nécessaire. Alors cavistes, restaurateurs, sommeliers, c’est à vous de le faire: proposez des cartes, essuyez des refus parfois, voyez-en rougir, ou au contraire oser.

Ne tombez pas dans les pièges faciles: exit les « vins féminins » (il faut encore redire que ça n’existe pas?). Out le sucre, le rose d’office: si elle les réclame, donnez-lui. Mais ne présupposez pas d’emblée qu’il lui faudra du »fin », du « léger », du « moelleux ».

La créature appelée « femme » que vous avez devant vous a beau être nantie d’une paire de seins, et parfois d’un vagin, c’est un humain, comme vous et moi. Avec des goûts, dégoûts, affections et détestations pas forcément liées à son sexe. Pensez-y.

Pour vous ça ne changera pas grand chose: pour bon nombre de femmes, si.

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8 réflexions sur “La Femme est un client comme les autres*

  1. Comme j’aime ton article ! Et le nombre de fois où je me débrouille pour récupérer, demander ostensiblement la carte des vins… Parfois, j’hésite à dire que j’ai le droit de choisir le vin, mais je n’ai pas encore assez de cran. Si ça continue, dans quelques années, je crois que j’aurai suffisamment de « courage » pour passer outre, et le dire à haute voix.

  2. Les deux billets (celui-ci et son « inspirateur ») sont vachement bien torchés et, hélas, tout ce qu’il y a de plus vrai.
    Ma compagne ne compulse pas la carte des vins au restaurant, simplement parce qu’elle boit le vin par plaisir et par découverte.
    Elle n’a suivi aucun cours spécifique mais s’y intéresse tout de même.
    Alors faute de s’astreindre à un apprentissage « scolaire », j’essaye chaque jour de lui transmettre mes modestes connaissances par petits bouts (et presque chaque fois à l’aveugle 🙂 ).
    Ça marche et ça lui convient.
    En revanche, si elle ne choisit pas le vin au restaurant, elle le déguste très souvent avant le service.
    Et malheureusement, nonante-neuf fois sur cent, le serveur et/ou le sommelier demandent rarement qui souhaite le goûter puisque c’est forcément celui qui a passé la commande qui … etc.
    Mais tout aussi rarement, il y a des gens intelligents qui posent poliment la question.
    Faudrait presque les déifier !
    Next step pour elle (mais elle l’ignore encore) : à notre prochain resto, je lui laisserai la carte entre les mains juste pour découvrir son choix … 😉

  3. moui. Je tends systématiquement la carte des vins à ma douce, et indique au serveur/veuse son verre pour goûter. Et on fait aussi comme ça à la maison 😉
    De mémoire dans le dernier restau que nous avons fait, la patronne lui a directement proposé (elle avait passé la commande) : tout n’est pas perdu !

  4. Pingback: La Femme est un client comme les autres* | Plumes et Flacons

  5. J’avoue que je me souviens encore de la bouille du sommelier d’un restaurant étoilé le jour où mon père a déclaré « la carte des vins, c’est pour elle », en me désignant. Et là encore ce n’était pas suffisant vu qu’il a eu besoin d’un « c’est elle qui choisit, c’est elle qui goûte » en ramenant la bouteille!
    Double peine pour moi : une jeune fille ne doit rien connaitre au vin. Ah je ris (jaune)

  6. Vous avez toutes raison, rien de plus fade que le discours à sens unique! Rien de plus excitant que la compagne qui exprime son opinion, ses goûts. C’est parfois très difficile pour celles qui ont subi une éducation à l’ancienne où chaque genre avait ses devoirs, mais pour les plus jeunes : »EXPRIMEZ VOUS dans tous les domaines, le vin, la bouffe, le sexe, pour que la vie soit plus passionnante, plus riche!
    Maintenant si certains couples préfèrent le « jeu » à l’ancienne, pourquoi pas, mais seulement en cas d’accord mutuel.
    Un seul manque dans ce billet : quel était le vin dégusté et ses caractéristiques??????
    Attention , le désert s’accroît.
    A+

    • « Rien de plus excitant que la compagne qui exprime son opinion » : ah ben oui bien sûr, exprimer son opinion, c’est sulfureux, c’est excitant, loin d’être juste normal.

      Et ben il y a du boulot…

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