Perfect (day)

En démarrant une nouvelle histoire d’amour, à moins d’avoir 10 ans, on apporte son passif. Les erreurs, les doutes, les échecs. Ce qui a marché dans les précédentes relations aussi. Le quotidien rassurant. Bref, l’expérience.

L’expérience, c’est ce qui fait de moi une personne différente d’il y a dix ans, ou quinze. Je suis probablement- sans avoir fondamentalement changé, non plus- dans une autre réflexion. Je pense qu’on nait bloc de terre glaise, puis que les expériences diverses, les autres, nous façonnent. Sans compter le véritable travail sur soi qu’on peut effectuer.

Très éloigné du pinard, tout ça?

Pas tant.

Aussi fou que ça paraisse, le vin, son apprentissage, l’apprivoisement de son gout, c’est quelque chose de graduel. Alors oui, il y a des bouteilles que j’aurais bu avec un certain plaisir qui ne me font plus du tout envie maintenant.

Le plaisir et l’envie, voilà ce qui me guide. Mon gout c’est tout ça. Le gout, c’est différent.

Le gout, c’est dire « cette bouteille contient un vin bien réalisé, sans défaut ».

Mon gout, c’est dire « ce vin, aussi bien fait soit-il, je n’ai pas envie de le boire ». Car je n’ai pour lui aucun désir.
Et ce fameux désir, d’où vient-il?

Compliqué de répondre: ma réponse sera différente des vôtres. Ce qui éveille mon désir, cette chose intime et personnelle, c’est propre à ma personnalité, mon expérience, ma curiosité.

A ma philosophie.

La philosophie devrait-elle avoir une place dans le vin? Je le crois.

La mienne se construit, petit à petit, en avançant dans la vie. Privilégier le bio, l’artisan, l’humain. C’est une jolie ligne, pas toujours évidente à suivre.

Certains diront que c’est politique: en un sens oui. Privilégier certains vins, c’est aussi en laisser de coté d’autres. Quand c’est possible. On n’est jamais vierge de ses propres erreurs, ou de celles des autres, dont on hérite. Alors on assume. On tend vers le meilleur, on sait qu’on trébuchera de temps à autres.

Ma fille est juste à coté de moi pendant que j’écris: je la vois se lever, dandinant des fesses, puis faire un pas, puis deux, avec cette grâce ridicule qu’ont les bébés, et paf. Chute. Je me fais pas de souci, elle y parviendra. Puis elle filera. Et ce sera le début des emmerdes, mais c’est une autre histoire comme dirait Gérard Blanc.

Mais cette enfant, c’est encore un peu moi: je ne suis pas exempte de chutes, de maladresses, de choses dont je suis moins fière. Le tout, c’est d’en avoir conscience. J’ai trente-trois ans, j’ai encore tout mon temps pour apprendre, pour me remettre en question, pour envisager d’autres possibilités. Pour découvrir des vins que je ne connais pas, pour poser des questions et me faire une opinion, qui toujours s’affinera. Avec le temps.

Le temps, cet élastique: quand t’as dix ans, les dix-huit te paraissent inatteignables, tu te rêves à 30, femme fatale, rouge à lèvres, toute la panoplie. Puis t’arrives  à ce fameux cap, le temps a filé comme le bas nylon que t’essaies de camoufler, t’as un peu de rides et pas de rouge à lèvres, parce que c’est pas pratique. Au fond, t’es toujours cette gosse idéaliste qui voudrait la perfection de tout, tout le temps.

Tu ranges tes utopies, mais du coin de l’œil tu continues à les surveiller, tu mets de l’ordre dans tes cheveux, et forza.

La perfection n’existe pas.

Pour se consoler, on ouvre ce genre de quilles:

perfectEn trois vins, alignés comme des enfants sages, on touche ici un moment de béatitude.

Le blanc de blanc de chez Vaquer, c’est de la poésie en flacon.

La Charpentrie, c’est la finesse arachnéenne sans sacrifier une seconde à l’intensité et à la matière.

Et la Grange des pères, c’est ma madeleine. Dentelles ici aussi, fruit tendre, longueur de rêve.

 

Y a aussi ces vins qui te redonnent foi en l’humain, et qui redonnent du sens au mot partage.

Un vin sans prétention autre que se faire plaisir. Un vin dans lequel tu mets énormément d’affectif, que tu ouvres en ayant une énorme pensée pour le mioche au grand sourire qui a dessiné son étiquette. Merci Téo, tu nous as fait vivre de belles émotions. nouvoC’est tout pour cette semaine, profitez de ceux que vous aimez, et bon weekend.

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Une réflexion sur “Perfect (day)

  1. L’essentiel est d’évoluer vers ses désirs en gardant au fond de soi son âme d’enfant, assoifé de découverte et d’apprentissage.
    En cette semaine très difficile pour moi, c’est un billet qui me réchauffe le coeur, sans aucun doute.
    Le vin est empreint de cette philosophie du partage.
    Cette semaine, j’ai aussi découvert qu’il était un puissant réconfortant et qu’il permettait d’atténuer le chagrin et de sécher beaucoup de larmes.
    Puis surout de rendre hommage, simplement mais humainement.
    Et, cerise sur le gâteau, ces belles cuvées du Domaine de la Molière hier soir m’ont rappelé qu’il fallait profiter de chaque instant de la vie.
    Intensément. Sereinement.
    Mais … en bonne compagnie ! 😉

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