VDV #71: pour qui sonne le gras *

*connard d’Hemingway, va

Notre cher David Président des vendredis du vin de ce mois de novembre, toute à sa truculence toulousaine, nous propose comme thème « le gras c’est la vie ».

Oui, alors que le froid tombe enfin sur nos nuques anguleuses (ou presque), que les efforts de l’été sont déjà loin, il est maintenant temps de faire des réserves. Le gras devient alors un allié de circonstance. L’idée d’un inventaire vinico-calorique des forces en présence, sorte de simple (mais indispensable) manœuvre de dissuasion saisonnière, à l’heure où les tisanes et autres infusions tentent de récupérer la place laissée vacante par les petits rafraichissements que supportent allègrement ces fins de journée baignées d’une chaleur aujourd’hui perdue, semble ainsi un minimum dont doit s’enquérir le web pinardier.

Le gras, ha mon dieulge**, que voilà un sujet dans lequel se lover avec délices.

J’ai toujours aimé les rondouillard(e)s, les confortables, les petits bedons qui racontent, les hanches généreuses et les épaules dodues. La peau à parcourir n’en est que plus douce, le moment tout en ouate. Y a de la tendresse dans ces chairs en trop, de l’attendrissement dans la poignée d’amour, et des parfums au pli du genou.

Le gras, c’est la vie!

Bien évidemment, les jeunes trentenaires que nous sommes pensent à l’immense Caradoc, et à son appétit de la couenne, du lard, de tout ce qui nourrit le corps.

C’est caricatural – c’est fait pour ça- mais admettons-le: la tranche de jambon, sans son gras, elle a moins de saveur, non?

La cote de porc à l’ancienne, juteuse, moelleuse. Et l’entrecôte persillée, dont le gras suinte juste assez pour la nourrir, lui donner sa saveur, sa profondeur. wpid-img_20140812_210404.jpgJe ne comprends pas cette course absurde aux viandes de plus en plus maigres, anorexiques. Des viandes qui ne suscitent ni envie, ni appétit: cadavériques.

Mais on est pas là pour tailler le bout de gras… Ha ben si, continuons.

Le gras c’est cette exquise saveur en plus, capable de transcender le gout. Cette touche qui si elle est subtile, t’enivre bien plus que n’importe quelle cochonnerie (sic) industrielle. Parce qu’il faut séparer le bon gras de l’ivraie.

Oui, au gras noble, au gras-double, aux  belles charcuteries, celles qui ont vu la main de l’homme. Qui n’a jamais pleuré d’émotion devant le fondant d’un lard colonnata me lapide aux lardons Lidl.

Donnerais-je le ton avec un article pour viandard?

Ho que non: je vous prends à revers et je le confesse. Mon péché de gras, je vais le chercher en mer -c’est une question de tempo.

Du poisson. Du saumon, plus exactement. Comme la viande, le poisson gras est une merveille.

A cru, juste relevé d’un peu de soja, de wasabi si on est aventureux, sa texture fondante, iodée, précise, généreuse appelle le vin.

Lequel?

Pour jouer les frondeuses, je pars dans le Jura: ils méritent bien qu’on leur colle autre chose que les sempiternels fromages et saucisses dans les pattes, non?

tissotDe la bulle, pour se rafraichir le palais, mais une bulle pleine d’opulence, de saveur, avec du fruit blanc en pagaille, une pointe de curry, puis ça t’en bouche un coing. C’est une version extra-brut, on pourrait avoir peur. Comme certains rechignent à la mention « gras », pour d’autres c’est « l’extra brut » effraie. La morbidité acide, beurk. Sauf que là, c’est parfaitement maitrisé. C’est frais sans jamais être trop, c’est tranchant mais équilibré.

contretis La contre dit tout, que puis-je ajouter? Que l’accord saumon cru et crémant du Jura est une tuerie absolue (je dis ça, je dis rien, mais c’est bientôt les fêtes, notez-le éventuellement dans un coin de votre tête).puis même, parce que je vous aime, astuce ici. Chut!

Le gras, il est dans ce qu’on mange, mais aussi dans ce qu’on boit. Et là, mes petits enfants, c’est encore plus compliqué. Il faut être gras sans être lourd. Envahissant. Énervant.

Les spécialistes le décèlent en observant les larmes du verre de vin, je me contente de faire gaffe à mes sensations: ce vin me remplit la bouche, y laisse une empreinte, agréable. Mmh, y a bon gras.

En général, si on pense blanc gras, on se dit bourgogne.

Et si les meilleurs chardonnay, si les jolis gras se trouvaient dans le Jura?

Provoc’ pure, ne me conchiez pas: il faut cependant admettre que Tissot en chardo, ça dépotte sa mère. Le nez est très prometteur: des poires juteuses, un bouquet d’acacias et d’aubépines, une note un peu beurre frais étalé sur les grosses tartines. En bouche, ça se prolonge avec ce fameux gras. Les poires, le beurre, tout ça reste longtemps en bouche, ça t’envahit le palais et l’intérieur des joues, longtemps, longtemps.

curonEn deux vins du Jura, la preuve par le gras!

Ne redoutez pas le gras, faites bombance, enivrez-vous, pâmez-vous.

Le gras c’est la vie, le vin, la chair. Ce petit supplément d’âme, de rondeur, d’amour dont parfois on a bien besoin.

**dieu belge

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4 réflexions sur “VDV #71: pour qui sonne le gras *

  1. Enfin un texte qui fait la part belle à la vie telle qu’elle doit être : rondeurs et volupté, douceur et gourmandise ! 😉

    Merci.

  2. Bien d’accord avec les « Gras » du Jura. Lors d’une belle dégustation de vins de cette région chez les Ligeron,j’ai pensé que ces nectars en plus de me procurer énormément de plaisir , avaient la puissance nécessaire pour me nourrir sans que je sois gêné sur le plan digestif. Vive le Jura, vive Tissot et Ganevat aussi et bravo pour ces lignes.
    Bernard

  3. Attaquer le gras par le Jura, c’est assez logique, rapport à la gastronomie franc-comtoise. Mais le Sud-Ouest n’est pas en reste. Etudiant, j’avais testé un restaurant épatant à Pontonx, dans les Landes, avec mon vieux copain de lycée. Nous nous étions enthousiasmés pour un plat associant foie gras et saumon. Et l’excellent restaurateur de Commentry Michel Rubod, à l’époque, y avait trouvé une logique : le mariage des gras. Tout un roman…

    Tout ça me donne envie de sortir un clavelin de vin jaune avec un Comté de 36 mois…

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