L’Hummer du Premier samedi de l’Année*

Caption #1

*en vous la souhaitant bonne

2015 est déjà là, et moi sonnée. La fin d’année fut… épique on dira. Fatigue, pression, fou-rires parfois nerveux, parfois ultra-communicatifs, les derniers jours de l’an sont des montagnes russes au boulot. De la difficulté d’être toujours disponible, pédago, souriante. Parce que si l’on a les habitués, cette période particulière est aussi celle de ceux qui ne poussent que très rarement ou jamais la porte d’un caviste. Ils arrivent avec des idées, parfois des a priori, et c’est à nous à expliquer, à redire, qu’on n’est pas forcément plus chers, qu’il faut se laisser guider, que demander un conseil n’a rien de péjoratif, c’est notre taf.

Anybref, c’est crevant mais tellement gratifiant quand on a la sensation de faire le job, qu’on sait que les bouteilles repartent entre de bonnes mains, qu’elles seront bien servies, bien bues, bien aimées.

Fatigue, donc qui n’a pas empêché d’ouvrir de jolies quilles, de sacrifier aux traditions, ou pas, et de (re) découvrir certaines oubliées.

D’abord, parce que c’est tout moi, une Diablesse! La gredine en avait encore sous le corset, un jus et un caractère qui devrait s’assagir dans les prochaines années. Ici, ça vitupère et tempète, mais avec une moue tellement charmante qu’on lui pardonne. Tu as de la Diablesse 2005? Rends-toi service, enferme-la dans ta cave encore quelques années, elle ne s’en livrera que mieux. Chinon rien.

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chinon la diablesse, domaine Bonnaventure 2005

Le Jura, c’est plus fort que toi. Toujours, encore, again. On the road to Cavarodes. Les vins d’Etienne, ça se mérite: dans l’extrême jeunesse, ça réduit, c’est serré, renfrogné. Faut un traitement de choc pour qu’ils livrent -timidement- du fruit. Mais après au moins une paire d’années en bouteille, le couillu bourru devient un sentimental: il offre pivoines à foison, des gariguettes, tout ça claque sur la langue, plaisir accru par la facilité avec laquelle la bouteille file. Ha, ploussard (poulsard toi de là que je m’y mette), quand tu me parles de dedans du verre comme ça, que je t’aime.

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arbois, poulsard des gruyères, domaine des Cavarodes 2010

Lea, elle pas terroriste, elle est pas anti-terroriste. Elle est pas méchante, mais putain qu’est-ce qu’elle est chiante! Du moins, bébée. Là, cinq ans après sa mise, elle a bien repassé les faux-plis, perdu de sa froideur, et on la retrouve épicée, généreuse avec des tannins assouplis. Patience et longueur de temps font plus que force et que rage. Tu ne sais pas où se situe le Libron? En Languedoc, pardi. Dans l’Hérault, exactement. Les cépages de cette miss là? Cabernet-sauvignon (si si), syrah, grenache.

lea

coteaux-du-libron cuvée Léa, domaine d’Emile et Rose 2008 (starring mon pyjama et les macarons home-made)

Qu’est-ce qu’on disait du Jura, déjà? Imaginons donc que connexion karmique ou dieu sait quoi, ou le simple bon sens (goût) belge pousse deux wallons à tenter l’aventure viticole jurassienne. Imaginons que ce couple sache y faire. Imaginons qu’ils aient un domaine « Champ d’étoiles » rebaptisé depuis champ Divin pour des raisons administratives. Des étoiles au Divin, tu m’diras… Bref, un mec pas connu a dit un jour:

Il est grand temps de rallumer les étoiles

Allumée, allumée, est-ce que j’ai une gueule d’… J’aime autant  te dire que pour Castor,  y a pas de mouron à se faire. Un joli chardonnay-savagnin ouillé (donc pas un vin de  voile), qui au nez te rappelle un marché un peu oriental, et en bouche pète de poires et de coings. Il est temps de les ouvrir: moi j’en ai plus, donc bon…

casto

Jura cuvée Castor Champ d’étoiles 2009

Au rayon « faut que ça gaze », quelques pépèttes.  D’abord le petit Giac’, sans prétention. Un pet’nat’ pas plus haut que son cul, des vaches qui volent qui dérident l’atmosphère, même les Classiques ont souri. Faut dire qu’un nez tout affriolant pareil, qu’une bouche ronde comme une pomme bien mûre, le tout avec un poil de sucre, ça guérit des humeurs les plus belliqueuses. J’aurais peut-être du en filer à mon fils qui, au matin du 1 janvier, je cite

Si je trouve un seul pétard non explosé, je retrouve le con qui les a fait péter, et je lui fous dans le cul avant d’allumer.

Les chiens, les chats.

giacbu

mousseux Giac’bulles Domaine Giachino

On quitte la Savoie pour un retour prompt au Jura. Toujours divin, un crémant qui n’a pas fini carrière: bulle toujours bien tenace, nez un peu confit mais bouche plus guillerette que ce coquin de tarin ne laisse supposer. Belges + Jura= combo gagnant. Hé ouais.

etoiles

crémant du Jura champ d’étoiles 2009

Pour les réveillons proprement dit, celui du 31, on s’est pas fait de sushis (on les a fait livrer) et ouvert deux champagnes.

Celui-ci, à l’apéro: aérien, minéral, juste pour se donner le coup de fouet après une longue journée à parlotter, argumenter, conseiller. Se rafraichir les idées et le palais est impératif pour le caviste le 31 au soir. Un caviste avizé en vaut deux: Agrapart is the way.

agra

champagne 7 crus Agrapart

Roses de Jeanne. Cédric. Y a une histoire entre ces bouteilles-là, ce mec là, et moi. Je ne suis jamais qu’indulgence pour elles, je ne serai jamais objective. On s’en tape le cul avec une poêle à frire: ses champagnes sont merveilleux. Val vilaine ne démentira pas: un nez complexe, d’épices douces, d’amande, avec une poire croquante juste en filigrane. Une bouche du même acabit, puissante mais ronde, complexe mais accessible. C’est bon: buvez-en tous les jours (quand vous en trouvez, ce qui n’est pas toujours chose aisée). Ah… Et c’est du pinot noir, ça.

roses

champagne côte de Val Vilaine domaine Roses de Jeanne

Découverte effective aussi, Lassaigne, en deux cuvées.

Les papilles, pur pinot noir. Incisif, frais, nerveux: il t’a un punch celui-là, gauche, droite et smatch dans la yeule. On ne va pas épiloguer cent-sept ans: ça m’a beaucoup plu. C’est ce que je recherche dans un champagne. Minéralité, finesse, élégance, sans être trop fluet non plus.

papi

champagne Papilles insolites Jacques Lassaigne

L’autre Lassaigne, goûté avec deux compagnons robustes, fut un chardonnay. Curieusement, le chardo paraissait en comparaison du pinot noir vachement plus gras, long, plus « vineux ». Là aussi, joli vin, de la complexité, pas des facilités pour poulettes enivrées de deux doigts de roteuse. Nan. Une belle claque pour commencer.

Ensuite on peut embrayer sur Ze Legend of Ze Jura, mister Ganevat himself. Bien des histoires courrent sur ses vins, bien des choses ont été écrites. Magicien, sorcier, vaudou, référence, incontournable… Vous irez lire tout ça ailleurs, moi quand je goûte ça, je ferme ma grande gueule et je savoure. C’est tout.

On a terminé cette triplette au Trévallon. J’ai toujours une pensée (et un bouquet de violettes) pour Nicolas quand j’en ouvre une. Fieu, t’aurais adoré: ce 1998 était juste en train de fondre, l’épaule dénudée de la cuirasse, la bouche quasi onctueuse, et en finale une pointe d’amer cacao, juste pour rappeller que le vin, c’est sérieux tudieu.

Grande bouteille.

noel

Jura Champ Bernard, domaine Ganevat champagne le Cotet, Jacques Lassaigne Vin de table Domaine Trévallon 1998

Il reste une bouteille dont je devais vous parler: un truc choppé un jour, par pure curiosité, qui patientait gentiment en cave.

rive

rivesaltes VDN chateau Sisqueille 1936

Yep, mille neuf-cent trente-six, t’as pas la berlue.

Et l’étiquette clean, hein. Pas de grand mystère là-dedans: ce vin a vieilli en fûts, puis a été mis en bouteille en 2011.

Septante-cinq ans d’élevage.

Au nez, c’est pas dingo: un peu effacé, un peu éther, pas hyper engageant. La bouche est plus intéressante: des épices, macis, cannelle… du tabac. Un genre de vieux fruit à l’alcool, prune.

Je ne pensais qu’à un super accord avec un cigare. J’en avais pas, ballot.

Le chocolat? Pffff, tellement convenu.

Pour terminer ce billet, mes voeux.

D’abord, restez vivants (pis n’attendez pas que la mort vous trouve du talent, exploitez le ou les vôtres, faites-en rougir vos proches, ils n’attendent que ça).

Ne cherchez pas trop ce qu’il y a derrière l’amour (une chaîne de pourquoi, à part s’en faire un sautoir, ben, c’est pas exploitable).
Vivez-le. Qu’il ait un ou plusieurs visages, qu’il soit d’un sexe ou l’autre ou de celui des anges, foncez. L’amour porte dans les efforts (c’est un haltérophile altruiste).

En bref et pour résumer: on met pas tous ses voeux dans le même panier mais soyez heu-reux, partagez de belles bouteilles, faites l’amour et la cuisine, pis toutes les jolies choses de la vie.

(puis ça me fera bien du bonheur si vous continuez à lire ce blog, à m’écrire des mots gentils, parce qu’au fond c’est vous qui le faites exister) (un blog sans lectorat, on n’a jamais vu ça. J’ai de la chance: j’ai le meilleur qui existe).

Je souhaite du cheveu aux chauves, du poil aux imberbes, de la bonne humeur aux grincheux, du plomb dans la cervelle aux tête-en-l’air pis du plomb dans le fondement pour les légers, des lendemains qui chantent pour les vieux de la vieille, pas de mal au crâne pour les fêtards perpétuels, que l’Espagne gagne des trucs au foot pour Rijkaard, pis des couilles et du bagout et du courage et de la patience et de la ténacité aux cavistes et vignerons(quelle santé, bordel) pour défendre les vins qu’on aime.
Aux femmes, rien. Faut d’abord qu’elles finissent la vaisselle.

Je vous fais un gros kiss. 

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3 réflexions sur “L’Hummer du Premier samedi de l’Année*

  1. Vous aurez du bonheur en 2015 puisque nous continuerons (je suis certain que je ne serai pas le seul)
    à vous lire et puis je voulais dire que les bouteilles (nombreuses) que je prends chez mon dealer rennais que vous connaissez bien sont bien servies,bien lues et relues même et bien aimées.Quelques unes sont un peu susceptibles d’autres un peu renfrognées mais ça s’arrange.Faut savoir les mettre à l’aise.Le soir du 31 ,j’en ai même une qui, comme vous, était très fatiguée,elle ne s’est pas remise,vidée elle était.Je préfère que ce soit la bouteille.
    Votre « Champ d’Etoiles » m’intéresse,faut que j’en cause à Christophe;par contre j’ai fréquenté « Emile et Rose » et leur Léa mais j’ai eu du mal.Je vais les inviter à nouveau.GiachinO, c’est très bien même leur apremont est sympa.
    Bon,plein de belles choses pour 2015 vive le vin,vive les cavistes et vive le petit commerce.
    Bernard

  2. Ah Giachino, en voilà une (énième) belle découverte : Apremont et Altesse vidées à grandes lampées sur une savoyarde de concours au réveillon, superbe.
    Et puis je retiens à titre personnel ce superbe champagne Rose de Jeanne, Côte de Val Vilaine.
    100% Pinot Noir (quasi à l’aveugle) ?
    Oui messieurs ! 🙂
    De la complexité, de la structure mais aussi une grande fraîcheur et puis c’est long, très long.
    No doubt, je dois absolument me réachalander le jour venu.
    C’est grand, élégant et racé.
    Sur ces considérations viniques, meilleurs vœux pour une année pleine de richesse et surtout de santé !

  3. Oui, très belle année gourmande à tous mais surtout à tous les cavistes courageux et explorateurs qui nous dénichent chaque année de nouveaux producteurs!
    Il en faut du courage aujourd’hui pour se lancer dans cette activité alors que les grandes surfaces bradent de plus en plus de vins industriels et que d’autres sont inaccessibles à cause de leur prix de vente!!
    Même les amateurs de le vin la classe moyenne encaisse les coups les plus durs!! Ces guides que sont les bons cavistes deviennent de plus en plus précieux.
    Mon plus beau vin en 2014 était 100% tempranillo Alfonso del Yerro 2008 dans un restaurant de Valence, alors que j’appréciait peu ce cépage.
    C’est une fois de plus le viticulteur qui fait la différence.
    A+

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