L’herbe coupée, et le vin avec*

herbe*mais le vin, on le coupe pas, hein

Il n’y a sans doute pas de plaisir équivalent à celui de savourer un bon bouquin avec un excellent verre de vin. Ou deux.

Encore faut-il bien les choisir. Pour le vin, ceux qui lisent régulièrement ce blog sont tout à fait armés pour en dégoter. Un bon bouquin, ça ne se trouve pas sous le sabot d’un cheval (essayez plutôt en librairie), un très bon bouquin, c’est rare et un excellent, encore plus.

J’en tiens un. Oui, parmi la foultitude de parutions, de machins brochés et de parpaings poussifs, une pépite. 

Un premier roman, incongru, délicat, sensible. On sourit beaucoup, on rit parfois, on cherche à faire genre « ça va j’ai presque pas les yeux mouillés ho » à d’autres pages.

Qu’est-ce que ça raconte? Tout, et rien. La vie, la mort, les fusées habitées de sauterelles, le père Lachaise, les jolies filles, une presque noyade sur la plage, les grandes soeurs, Raspoutine qu’on appelle Ras’,  pourquoi c’est emmerdant de faire moins d’un mètre quatre-vingt à un enterrement…

Nicolas -Kolia- se balade dans ses souvenirs, funambule. Des bouquins d’enfance, y en a des tas: dégoulinants, pleins de morale et presque voyeuristes. Ici, le bonheur, la vie, la mort même sont pudiques. Tout est léger, doux et tendre.

Soit j’étais très con, soit j’étais un génie et les autres des imbéciles. La statistique la plus élémentaire m’isolait dans la bêtise.

Du coup, pour savourer ces presque 300 pages, faut un vin qui tienne la route. Suffisamment éloquent pour pas s’effacer derrière la prose, pas trop costaud non plus. Y a une infinie délicatesse dans les mots de Kolia: le vin doit être aussi arachnéen.

J’ai trouvé: ça s’appelle l’inattendu, et c’est un vin de Julien Peyras.julien

Délicat oui, mais pas sans matière. A l’oeil, on se demande qui du blanc ou de l’orange va l’emporter: il se présente entre-deux. Pour un vin qui s’appelle Inattendu, ça part plutôt bien. Le nez est en forme de point d’interrogation, aussi. De la poire, du coing même, et aussi une épice, quelque chose de difficilement identifiable. Girofle, poivre, macis qu’importe, on se laisse emporter. Mouiller les lèvres: du fruit toujours, pêchu, croquant, celui des après-midi d’été, sur l’arbre, avec du vent dans les feuilles et les cheveux. Derrière les dents, la langue frissonne: une pointe de sel, qui ronge. La salive répond, noie l’attaque et joue au Grand Révélateur. Le fruit revient, magnifique, soutenu, escorté par une présence incongrue pour ce blanc-orange: une légère sécheresse, une âpreté. Curieusement, ça lui va bien. C’est comme manger les peaux de pommes après avoir éprouvé leur chair. C’est l’écorce de citron après son jus.

Bitter-sweet. 

Les anglophones maîtrisent mieux l’humour que nous, parfois il faut le reconnaître, il leur arrive de mieux  dire.

Bitter-sweet.

Le vin, et le bouquin.

Je suis allé à la piscine pour me nettoyer les yeux avec le chlore comme chaque fois que je ne vois plus rien. J’ai enfilé mon maillot noir, le bonnet argenté qui me donne un air de spermatozoïde de l’espace et j’ai plongé pour chercher de l’air au fond du bassin.L’eau était vaguement turquoise, l’air vaguement tiède et des grenouilles humaines faisaient les cent pas dans les éclaboussures, aller, retour, aller, retour, comme si elles réfléchissaient, comme si elles cherchaient un moyen de sortir de ce grand parallélépipède liquide.

Un joli verre, ce vin, et ce bouquin, on sera pas loin du fameux parfum d’herbe coupée…

Puisqu’il faut tout vous dire, le livre de Nicolas Delesalle (journaliste chez Télérama, et divertisseur de foules sur twitter 😉 ) est paru aux éditions Préludes, il s’achète chez un bon libraire.

Le vin est une production du domaine Julien Peyras: créé en 2007, le domaine de 8 hectares est parti d’une volonté de bosser « propre » sur les hauteurs d’Aspiran (languedoc). Pour cette cuvée, les cépages sont clairette, grenache blanc et roussanne.

 Vous savez ce qu’il vous reste à faire.

Perso, j’ai fait de la place sur l’étagère de la bibliothèque à la lettre « d ». J’attends le suivant.

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Une réflexion sur “L’herbe coupée, et le vin avec*

  1. De Julien Peyras je ne connais que les rouges alors je vais goûter cet Inattendu et puis je connais par contre Nicolas Delesalle parce que je lis Télérama mais je n’ai pas lu cet opus alors c’est parti chez un bon libraire.
    Bernard.

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