VDV #73: Mais non, c’est pas Sade*

*ton corps change, c’est tout

C’est le dernier vendredi du mois et on ne le répétera jamais assez, l’occasion pour la blogosphère avinée de communier, tous ensemble, autour d’un sujet issu des méninges d’un président éphémère. How to?

Règles établies, penchons nous sur le thème. Ce mois, c’est Tom et j’ai ri.

C’est la bouteille que vous aimez mais qui vous fait mal.

Tu n’aimes que le vin nature ? Tu ne bois que ça, mais tu ne peux pas t’empêcher en douce de boire cette cuvée industrielle que tu adores car elle te rappelle un bon souvenir, ou juste car tu l’adores..
Tu ne jures que par la Bourgogne, mais tu as toujours ce Bordeaux caché au fond de la cave que tu bois en secret.

Bref, ces 50 Nuances de Vin, ce sont ces bouteilles que vous aimez, pour lesquelles vous vous damneriez. Mais en même temps, cela vous fait mal de les aimer, car « vous ne devriez pas ». Et pourtant.

Jaune, en fait: le sujet  m’a laissé pantoise, je n’avais qu’une envie. Me défiler, à l’anglaise, façon nylon. Quoi? Moi, faire la honteuse? Ne pas assumer mes goûts? Aimer en secret? Tellement pas mon genre! Puis, c’est bon: j’ai grandi au son de Difool et Doc, tu penses que j’en ai soupé de la dé-culpabilisation de la honte. Ma grande gueule et moi, on s’est concertées, on s’est torturées, vous l’entendez d’ici…  Cette coquine!

D’abord, il y a un souci: si je confesse assez régulièrement mon amour pour les vins bouseux de la France profonde** que sont ceux du Jura, j’en ai tout autant pour ceux du Roussillon, j’aime les guillerets du Beaujolais, j’adore les bordeaux so, l’Alsace, et la Bourgogne, et puis et puis…

Je ne peux donc pas me réfugier derrière un amour annoncé pour sortir un inattendu de mon chapeau. J’aime tout, tant que c’est bon! J’aime le léger, l’inconséquent, le frais. J’aime le tannique, le robuste, l’épais. J’aime l’oxydatif, j’aime le doux, j’aime l’acide et l’amer. Tout, vous dis-je, tant que quelque part dans mon cortex, ou bien plus bas, au ventre, y a des choses qui se passent.

 Et je creuse, j’essaye de me rappeler  dans ce que j’ai bu récemment, des quilles qui m’auraient fait cet effet-là: kidnappée, bondage serré, on peut pas s’échapper et pourtant quelque part, on jouit de se savoir prisonnier.

Nada. Rien. J’aime le vin quand il me rend libre, sans entrave.

En réfléchissant, la seule chose qui fait conflit dans mon cerveau, c’est quand je sais que le vigneron est un con.

Pas un petit con mal dégrossi, mais un authentique Con, un Con de compétition, homologué, certifié, cocardé.

J’ai de la chance: je n’en ai pas croisé beaucoup. Des sexistes, des malveillants, des égoïstes, des trop-sûrs-de-leur-cou(p). Des mecs persuadés d’avoir enfanté au creux de leurs barriques The vin, celui qui devrait rendre honteux tous les autres, voire les faire changer de métier.

J’en ai un dans le pif: son vin est merveilleux. Pourtant, c’est fini, je n’en boirai plus jamais. Avec le goût, on peut négocier: avec la connerie, jamais.

L’oeuvre doit dépasser l’auteur? Peut-être, sûrement si on s’attache à la littérature, à la musique. Mais le vin lui est chair, et sang, et tripes. Boire du vin, ce n’est pas seulement se remplir le gosier: c’est aussi avaler un peu d’histoire, de culture, et de son auteur.

Alors, oui, j’ai décidé de ne pas avoir honte! J’ai décidé de ne plus en boire, même plus d’en parler! Toute honte bue.

Du coup, me vlà bien emmerdée: si je suis logique sur mon idée d’embargo, je ne peux pas parler de son vin. Ou ce serait du masochisme.

J’ai très peu de goût pour ça, j’en suis bien désolée. Je suis peut-être même sadique, à vous en parler sans rien révéler, puisque j’en suis certaine, je titille votre curiosité.

On peut me rétorquer que je ne connais pas intimement tous les vignerons dont j’ai du plaisir en bouteilles. C’est pas faux. Et heureusement!

Mais – et c’est mon caractère, rien ne pourra plus me changer – quand j’ai une idée…

A la place, pour ne pas vous laisser langue pendante, sans une goutte de vin pour l’humecter, voilà une bouteille bue avec fierté.

faller

Domaine Weinbach, vin d’Alsace, pinot gris Altenberg 2011

Avec un peu de tristesse, aussi: les deux dames qui me l’ont fait déguster, l’une chevrotante mais toujours belle, l’autre volontaire mais tendre, sont décédées. Leur souvenir m’a accompagnée: ça flottait dans l’air. La soupe que l’aînée mitonnait sur le vieux poêle, les paroles pleine de feu de la plus jeune, sa gentillesse et sa simplicité, les gosses jouant dehors, petits alsaciens et belge mêlés, l’opulence des pinot gris, la suavité des rieslings, les photos de famille tout autour, l’entre chien-et-loup où les ombres commençaient à s’allonger.

Voilà, Tom, j’ai digreyssé, pardon. Je vais être punie?

 ** ce que ça peut écrire comme conneries, un (ou plusieurs) gens du vin, quand même. 

 

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2 réflexions sur “VDV #73: Mais non, c’est pas Sade*

  1. Moi, cette semaine j’ai apprécié un vin tellement séduisant,mais séduisant comme une femme trop maquillée, trop pulpeuse, qui rit aux éclats pour un rien, comme si elle jouissait à la cantonade, une
    copine à Almadovar!!
    Faut dire que c’était pas loin puisqu’il s’agissait d’un rouge du Douro, avec une étiquette rose « Sexy ».
    à base de trois cépages portugais. Du velours, du fruit, une petite douceur mais pas trop.
    Je dois que j’aime certains « petits » vins portugais bien faits à base de cépage Touriga.
    A+
    (Je me souviens avoir rendu visite à la famille Weinbach il y très longtemps. Quelle équipe ces trois femmes!! Quels vins!!! Je suis triste et je pense à eux .)

  2. « C’est la bouteille que vous aimez mais qui vous fait mal. »
    y’a aussi celle qui est tellement bonne mais qui met ton compte à sec quand tu l’achètes.
    Elle doit bien exister.
    Ach ! Cruel dilemme…

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