Des tronches, en voilà

wpid-img_20150309_102053.jpgDimanche se tenait à Seclin (Lille) le salon des vins natures en ch’nord. Comme ce n’est finalement qu’à une heure trois-quart de chez moi, l’occasion était trop belle que pour la louper.

L’occasion de (re)découvrir quelques belles gueules du vin.

Le vigneron qu’on pourrait écouter des heures parler de cépages: 

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Domaine Plageoles, gaillac

On ne le présente plus, tant lui, et son père ont fait pour la reconnaissance et la sauvegarde des cépages du sud-ouest. La « renaissance » du prunelart, c’est eux. Le verdanel, dont sans doute le dossier aboutira, pareil. Il faut savoir qu’en France, il existe un répertoire des cépages: si on est pas dedans, on n’existe pas. Pas le droit de replanter, encore moins d’en faire du vin. Même en prouvant son existence depuis des lustres dans la région. Alors, certains cépages se perdent. Quand on sait que l’uniformité guette, quand on a conscience que seuls 10 cépages représentent à eux seuls 60% du vignoble, on comprend mieux les don quichotte. Conservatoire de cépages, d’abord, pour sauvegarder les anciens plants. Garder une trace. Puis montage de dossier pour les faire reconnaître  accepter ces enfants prodigues dont personne ou quasi ne sait plus rien dans le pays. Passionné, accessible, on voudrait passer des heures à l’écouter, à comprendre la filiation, l’héritage d’un tel ou d’un tel cépage. Mais le temps file: on plonge le nez dans du mauzac, on se régale d’un-loin-de-l’oeil (dit aussi llen de lel, autre cépage autochtone) doux mais très équilibré, on médite -pas assez- sur l’extraordinaire vin de voile 2000. Merci Bernard!

 Le vigneron perdu de vue, et retrouvé:

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Domaine Guilhem Barré, cabardès

Un physique de bon géant, un rire franc et massif, et une finesse arachnéenne dans les vins: c’est toute la dichotomie de l’appellation cabardès, qui permet d’inclure les cépages méditerranéens aussi bien qu’atlantiques dans ses vins. Guilhem, je l’avais découvert à son premier millésime, 2008, puis un peu perdu de vue. J’avais un souvenir de la Peyrière, gourmande à souhait, toute de merlot. J’aimais beaucoup  Sous le bois, qui comportait à l’époque un peu de cabernet-sauvignon. Peu de choses ont changé: un poil de tendresse en plus, peut-être. Un peu plus de précision. Le cabernet rentre désormais dans une autre cuvée. Que du rouge, du corpulent au plus guilleret: foncez, c’est extra.

Le vigneron « parrainé » par un autre: 

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Monsieur S, Limoux

Et que j’ai failli louper. Merci Fabien Jouves, du Mas del Périé de me l’avoir recommandé. Une jeune pousse (27 ans) qui se lance dans la bulle, pour commencer. L’histoire, succincte: papa fait du vin de coop’, fiston rompt et veut se lancer seul, sans filets ou presque. De la blanquette, et du crémant (chardonnay, chenin, mauzac, dont les proportions varient selon l’appellation). Non dosé, pour garder la pureté, le crémant. Reste à trouver un nom: il en existe un, château de Saint-salvadou. Trop pompeux, pas assez rigolo. Des initiales? Le double S eut été malheureux. Ce sera « Monsieur S. », joli clin d’oeil aux nombreuses veuves de plus en haut. L’an prochain, il y aura sûrement du blanc tranquille. A suivre, avec intérêt!

Le mariole: 

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Domaine Lédogar, corbières

Un vigneron posé, avec de l’expérience, des jus pleins, massifs. Parfois à la limite du too much, mais boudu on est à Corbières, c’est pas du vin de cocktails, ça. Mention super pour le Lédogar qui a trouvé le juste équilibre entre maturité, puissance et gourmandise. Et pour le joli blanc de carignan (blanc), qui ferait merveille avec un peu de bouteille et du fromage de chèvre affiné. Du moins, c’est tout de suite ainsi que je l’ai imaginé.

La vigneronne avec la meilleure réplique: 

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domaine de Béru, chablis

– Et sinon, le vin vous y êtes venue comment? Qu’est-ce qui vous attirait?

– Je ne sais pas.

Bon, ça a le mérite d’être clair, et parfois plus honnête que les vignerons qui te sortent un couplet bien rôdé sur la beauté de la vigne le soir au soleil couchant par vent moyen et température de 23°.

En discutant un peu, on comprend qu’il n’y a pas eu un choix pensé, mais plutôt un enchaînement logique: l’envie de bosser avec la terre, une vigne disponible, la possibilité d’y avoir des animaux, le goût du bon vin… Un jour, c’était là, plus moyen de reculer, Athénaïs a compris qu’elle ne pouvait tout simplement pas faire autre chose. Le blanc, jeune, marque sa salinité et on le voit bien, très bien à l’apéro. Plus âgé, il devient ample, gras, un vrai vin de table. De grâce, patientez avant de boire les chablis, on oublie à quel point ils peuvent évoluer merveilleusement. Mais la vraie surprise, c’est le rouge: un Irancy, de pinot noir et pinot gris (oui oui), tout caracolant. Du fruit pimpant, de la violette, un vrai vin de printemps.

Le duo comique: 

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domaine des Rouges-queues, maranges

Ces deux-là, c’est un plaisir. Non seulement les vins sont tops (maranges, petite appellation qui a tout d’une grande si on veut se pencher correctement dessus), mais eux transpirent la simplicité et le partage. Le premier-cru en remontrerait à bien des mieux-nés: du fruit, de la rondeur, de la mâche (pas la salade, hein), de la longueur mais surtout une telle élégance qu’on s’imagine tout à fait en boire des litres sans fatiguer. Merci de me réconcilier – même si guerre ne fut jamais vraiment déclarée- avec le pinot noir bourguignon, j’avais oublié à quel point c’est bon.

 Le passe-tout-grain, c’est du vin:

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domaine Trapet, gevrey-chambertin

Et pas du tout une voie sans issue. Du domaine Trapet, je connaissais les gevrey, bien sûrs excellents, bien entendus assez classiques. Mais ce qui m’a scotché, servis par les mains fébriles du rejeton -sans doute pas encore très rôdé aux salons- c’est le passe-tout-grain. Sans prétention, il a en général très mauvaise presse, le ptg. Vin acide, déversoir à baies pas mûres, machin aigre tout juste bon à être noyé dans le cassis. Sauf qu’ici, rien de tout ça: c’est bon, c’est rond, c’est plein de fruits, ça se boit sans se poser de question. A minima, ça s’appelle: hé, jeune, qui cherche un chouette bourgogne pour commencer, glou! Vieux, tu peux aussi en boire: ça te refera le cliché.

Le gars dont on a beaucoup parlé: 

wpid-img_20150308_185858.jpgLe voilà, le Giboulot: pour ceux qui vivent dans des grottes, rappel. 

Tout ça a fait beaucoup couler d’encre, et quand il s’agit de faire couler le vin, ça dit quoi? Des blancs où causent le terroir, vraiment. Tendus, ou gras, minéraux ou plus ronds, les différences sont tangibles. Les rouges, translucides, presque roses, étonnent. On s’attend à de petites choses précieuses et fluettes: il n’en est rien. De l’épice, du caractère, de la matière. Il faudrait les goûter en verres opaques, pour oublier l’apriori (con) qu’on a sur les couleurs aussi peu marquées. Mon gros crush, c’est le saint-romain. Incontournable.

Le vigneron déterminé: 

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Mas de mon père, malepère

Il pourrait tenir un rôle dans un film sur la boxe: il a la gueule et les épaules pour ça. Le caractère, sans doute.

On va sentir les effets de la grêle pendant deux ans, trois ans encore. On perdra des ceps, ce sera long. Mais je ne peux pas arracher des vignes qui ont quarante-cinq, cinquante ans.

La part de l’orage, on en a beaucoup parlé, ici et là: un mouvement de solidarité, spontané, pour aider Frédéric, sinistré. Mais il ne se laisse pas abattre: il continuera à faire ce qu’il a décidé. Il apprendra, et fera profiter à d’autres de son expérience, le cas échéant. Un travail mono-cépage, par parcelle, où chaque cuvée doit être le reflet de son raisin. Les seuls assemblages sont le blanc et la fameuse part de l’orage. Des vins en général plutôt solides, à boire à table.

La révélation, que je devrais taire, parce que déjà, y a pas beaucoup de vin: 

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le clos des grillons, côtes-du-rhône-villages-signargues

Cet ancien prof d’histoire a conservé de son ancien métier la truculence: tout de suite, à l’aise, on rigole beaucoup. D’autant plus simple que sur cinq vins, il n’y a rien à jeter. Précision, fluidité, finesse, aucune lourdeur sur les rouges au contraire! De la légèreté, un peu de pivoine dans les cuvées avec cinsault. Je ne vous ai rien dit, oubliez ce nom, oubliez Nicolas Renaud. La valeur montante, mais dont on voudrait bien garder le secret jalousement, c’est lui!

Un faiseur de whisky entièrement made in France = un fou? 

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domaine des hautes glaces, whisky

Grands yeux bleus, tâches de rousseur, y a quelque chose de gosse encore chez Frédéric, ingénieur agronome. Son rêve un peu dingue? Faire un whisky, bio, et dont il maîtrise toutes les étapes de production, des céréales, au brassin, puis à la distillation et l’élevage. Le pari est risqué, l’aventure est immense, mais les bouteilles présentées montrent qu’il a eu raison d’oser. Fins, ce sont des whiskies « d’amateurs de vins » tant on y retrouve une familiarité avec certains jura.  D’ailleurs, il en existe une version finish « vin jaune ». Longue, avec de la noix, des amandes, l’alcool est suffisamment maîtrisé que pour rester discret. Belle claque.

Last but not least, ceci n’est pas un vigneron:

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Patrick Böttcher

C’est la sixième plume de Tronches de vin, deux, le retour!

D’habitude les suites pâtissent un peu: manque d’effet de surprise, difficulté de se renouveler, déjà-vu. La première bonne idée est donc d’avoir fait appel à Patrick, suisso-belgo-alsacien de tripes, pour apporter du frais. Une version enrichie, côtés caves et caves à manger (y a même des adresses en Chine!), et surtout une grosse centaine de vignerons, croqués avec verve et intelligence, au point qu’on a tous envie de les rencontrer. La sélection est encore plus éclectique, du coup, chacun y trouvera son compte, du ligérien pur et dur, au baroudeur, de la nénette buveuse de bordeaux au rital convaincu. Bref, munissez-vous de cet excellent anti-guide, à lire comme une série de nouvelles vigneronnes. Puis, s’il vous donne envie de picoler, c’est un effet secondaire assez euphorisant, non?

Pour l’anecdote, je signe un papier sur les vins natures, qui paraîtra dans quelques jours, dans un mag « tendance » belge, avec cette question.vinnat

Antonin y répond très bien dans la préface: les grands esprits, hein :p

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9 réflexions sur “Des tronches, en voilà

  1. On s’y croirait en ch’ nord !
    Quelques noms appréciés visiblement.
    Et, hum, pour ne pas vexer l’homme, je suis d’avis d’enlever le « t » au bout du nom. 😉

  2. Tu es mûre pour être une prochaine plume du futur « Tronches 3 », Sandrine ! Je suis sûre que tu seras sollicitée, si ce n’est déjà fait…

  3. Je râle de ne pas y être allé. J’aurais cassé ma tirelire. Il y avait Thomas Pico aussi, non?
    Ce nouveau domaine de Chablis m’intéresse ainsi que plusieurs autres. Les recherches commencent.
    A commencer par les « Troches ».
    Chouette billet!
    Merci

  4. Super merci de ton rafraichissant et gouleyant blog! Un vrai et grand Belge!!!
    Impossible de trouver les coordonnées de Monsieur S, ni de Légopar ( y’a bien un Xavier mais pas l’impression que ça soit les bons!). Peux tu me donner un tel, un mail?
    Merci
    François

    • Domaine Ledogar

      Adresse Place de la République
      Commune Ferrals-lès-Corbières carte
      Département Aude
      Vigneron Xavier LEDOGAR
      Téléphone 06 81 06 14 51
      Fax 04 68 32 67 85
      Monsieur S – Etienne Fort

      Crémant et Blanquette de Limoux

      Château St Salvadou

      11300 Bouriège

      Tél. 06 33 43 41 46

  5. le duo comique, pour nous c’était un plaisir de vous rencontrer; si vous passez dans les maranges , pensez à nous

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