Le sot terne, c’est fou!

Quand on commence à me connaitre un peu, on sait que deux choses me soûlent profondément: les gens qui font du bruit en mastiquant, et les débats sans fin du mondovino. Qu’y-a-t-il de plus chiant que deux pros du vin qui se foutent sur la gueule? Trois pros du vin qui se foutent sur la gueule. 
Mais, et c’est pour ça que je prends le clavier, le débat en cours depuis quelques jours me fait penser que peut-être, il y a quelque chose à en tirer.
Acte un: Nicolas poste cet article sur son blog.

Très bien, des proprios de sauternes ayant visiblement du stock à écouler utilisent la magie marketing. Ça m’en touche une sans faire bouger l’autre.
Acte deux: ladite proprio lui répond sur son blog, visiblement elle aime beaucoup ne pas prendre les jeunes de 30/40 ans pour des cons (not), je reste coite.
Acte trois: s’ensuivent des billets plus ou moins énervés quant au bien-fondé ou non de mélanger eau gazeuse et sauternes, je vois toujours pas le débat, soit.
Acte quatre: LA question.
Pourquoi, alors que monbazillac et sauternes sont relativement proches, l’un se vend et l’autre pas? Mon explication est la suivante, elle vaut ce qu’elle vaut, probablement pas grand chose. Je vous la mets quand même, les grammes en plus, c’est cadeau.
Monbazillac étant plus connoté vin de grande distribution (chez nous, on en trouve à vils prix, oui oui), les gens en ont une image de vin plus démocratique, moins « snob » que sauternes. On imagine – à tort- qu’il faut payer des fortunes pour se payer un grand sauternes, et qu’il faut en plus le boire de façon très cérémonieuse. Monbazillac, c’est plus le vin des prolos (sans connotation péjorative). C’est moins « prise de tête », moins décorum, moins « luxe à la française ».
Et là, on touche du doigt pourquoi ce blog est né.
A dix-huit ans, j’ai quitté ma province, pour une autre mais j’ai surtout commencé à me familiariser avec le vin. Très vite, on m’a fait rentrer dans le crâne qu’il y avait les grands vins, et les autres.
Débrouille-toi avec ça, ma grande.
Sauternes en faisait partie: un mythe, un rite, de la dynamite. T’approches pas trop, si t’es pas initiée, BB.
Je n’ai jamais compris au juste pourquoi certaines appellations arrivaient à se créer cette aura, ce truc en plus, on refera pas l’histoire, sauternes l’a.
Quand on lit ceci, et qu’on se rend compte de la difficulté à produire un sauternes, on imagine aisément qu’en tant que producteur, on puisse douter. Se casser le cul pour peau d’balle, ça donne envie de s’en tirer une, à un moment.
Sauf que les cocos, producteurs de sauternes, et vous, journalistes, profs, qui avez relayé tout ça, ce serait pas un peu de votre faute?
Vous avez voulu vous donner des airs de. Vous avez parlé de Sacré. Vous y avez adjoint du cérémonial, et un rituel très codifié. Vous êtes allés – après qu’on vous aie dit et à raison, que foie gras-sauternes c’était too much- chercher des accords exotiques, de la cuisine asiatique, censée ravir vos acheteurs nouveaux. A cynique cynique et demi.
Et nous? Vous nous avez oubliés en cours de route: il aurait été si simple d’amener le jeune sur le chemin des sauternes en lui proposant des dînettes fromages. Une belle planche de bleus, vos jolis vins, un sommelier pas coincé et vlà le travail. Il aurait été plus adéquat d’expliquer qu’une volaille, juste rôtie, c’est divin avec un beau sauternes.
Ramener du plaisir simple! Oublier le langage compassé, oublier -pour un instant seulement- la gloire passée, et parler aux nouveaux consommateurs.
Descendre un peu des cieux et redevenir licencieux. A force d’intellectualiser vos vins, vous vous êtes coupés de la chair.
Boire simplement ce n’est pas manquer de respect comme vulgariser n’est pas rendre vulgaire. Un grand vin n’a pas besoin plus que ça d’apparat, juste du respect, et si on l’accouple à un mets, d’excellents produits travaillés sobrement. C’est très loin du snob et ça rejoint exactement la façon dont j’aime parler de vin, avec des mots accessibles, sans théâtralité excessive, avec un peu d’humour. Faire croire aux jeunes qu’il faut une théâtralisation, qu’il y a du sacré, c’est ça qui les coupe du vin. Ils ne sont pas cons, ils comprennent que c’est une culture, et que ça s’acquiert. Mais pour qu’une culture s’acquière, mieux, se propage, il faut qu’elle donne envie -il est donc utile de dépoussiérer son image-, il faut qu’elle ne transige pas avec elle-même -et ce n’est pas le cas en s’acoquinant à une marque, en l’ocurence ici Perrier-, et qu’elle offre une voie d’accès simple. Dire, oui, sauternes est un grand vin, on a le droit de ne pas comprendre tout à fait pourquoi au début, ça viendra. Mais un grand vin peut être abordé par n’importe qui s’il est un peu curieux. Qu’on mette après, en tant qu’amateur, son vécu, sa philosophie et ses croyances, c’est autre chose…. Parlez du sacré des vieux sauternes si ça vous chante, moi et mes émotions on vivra ça en grandes mécréantes et on ne s’en sentira pas moins bien.
Tant qu’en France on aura ce discours là du sacré avec sauternes, on n’en vendra plus, ou plus assez. Le rendre moderne, c’est pas en faire des cocktails, surtout avec un produit comme le Perrier, qui on dira ce qu’on voudra, est tout de même une eau d’une qualité et d’un goût assez discutable.
Alors, oui, ça prend plus de temps de communiquer intelligemment que de foutre de l’eau dans son vin, mais je suis de l’avis de Desproges: ce qui vaut pour Figeac doit valoir aussi pour sauternes, non?
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6 réflexions sur “Le sot terne, c’est fou!

  1. Dis donc, j’ai déjà écrit tout ça ou je rêve ?
    Tu dis :
    « Vous avez voulu vous donner des airs de. Vous avez parlé de Sacré. Vous y avez adjoint du cérémonial, et un rituel très codifié. Vous êtes allés – après qu’on vous aie dit et à raison, que foie gras-sauternes c’était too much- chercher des accords exotiques, de la cuisine asiatique, censée ravir vos acheteurs nouveaux. »
    J’ai déjà moqué les producteurs qui nous emmerdaient avec leur cuisine asiatique. J’ai déjà expliqué les huitres, le poulet, le roquefort, la France.
    On est bien d’accord. Bon, la Belgique, ok.

  2. Je n’ ai pas compris pour Figeac qui produit des Cahors et non des Monbazillac…
    Il est vrai que certains Monbazillac produisent des vins somptueux, voire meilleurs que beaucoup de Sauternes, par exemple le château Tirecul La Gravière. Il existe aussi des Jurançon d’ exception comme ceux du domaine Cohapé qui rivalisent aisément avec ceux de Sauternes mais ils sont plus confidentiels car les journalistes et la presse en général en parlent moins.
    Continuez d’ écrire sur votre blog que je lis assidument pour son franc-parler.
    Un lecteur du Périgord.

      • Merci pour cette précision dont j’ ignorais l’ existence; je suis pourtant un fan de Pierre Desproges, né à Chalus en Haute Vienne à 25 km de chez moi .
        Quant au château Figeac, il ne m’ en reste qu’une quille de 2001: la précédente, datant de 1975, était un magnum dégusté il y a peu.
        Bonne soirée.

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