Avec un B comme…

pouiQuand on parle de vins, les vignobles les plus spontanément cités, qu’on soit amateur ou non sont la Champagne, le Bordeaux et la Bourgogne. Cette dernière n’est pas la plus étendue – c’est pas la taille qui compte, c’est le goût, de toute façon- puisque la  Bourgogne viticole c’est 28000 ha de vignes, soit un quart du vignoble bordelais à la grosse louche. La Bourgogne produit certains des vins les plus chers et les plus réputés au monde.

Le vignoble de Bourgogne est un vignoble français situé en Bourgogne sur les départements de l’Yonne, de la Côte-d’Or et de Saône-et-Loire. Il s’étend sur 250 km de longueur du nord de Chablis au sud du Mâconnais.

Le vignoble bourguignon comprend 100 appellations d’origine contrôlées (AOC) : appellations « régionales » et « sous-régionales », appellations communales ou « villages » (avec 562 dénominations « premiers crus » sur ces appellations « village ») et appellations « grands crus ». Il existe 3 « zones »:

  • les vignobles de l’Yonne (Basse-Bourgogne) ;
  • les vignobles de la Côte-d’Or (la côte d’Or est composée des côte de Nuits et côte de Beaune) ;
  • les vignobles de Saône-et-Loire (côte chalonnaise et Mâconnais).

 Ça  on le sait à peu près tous. Et pour le reste?

Flashback, on remonte de plusieurs siècles.

On reconnait l’existence de la vigne en Bourgogne depuis le IIème siècle avant JC mais attention, c’est le brol. La Bourgogne n’est pas encore tout à fait la Bourgogne telle qu’on l’entend. Elle ne porte même pas le nom de Bourgogne: le vignoble actuel se situe sur le territoire des Eduens et des Sequanes (tribus voisines qui se tirent régulièrement la bourre) et qui comporte aussi une partie de la Franche-comté et du Jura. Sous la domination romaine et après César, Auguste rattache ce territoire à la Gallia Belgica, et bam, voilà (tenez-vous-le pour dit, bourguignons et jurassiens, vous êtes un peu belges).

Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes, s’il ne se produisait pas un léger couac.

Un couac qui a pour nom Domitien: un empereur légèrement mégalo, qui a dans l’idée que les vins faits en Italie sont les meilleurs et doivent le rester. Pour cela, il a un coup de génie. C’est l’histoire du beau miroir dans Blanche-neige, miroir mon beau miroir, dis-moi qui a les plus belles vignes de cet empire.

Oh, Domitien, les ceps de la riante Italie sont fort beaux, mais il est en territoire séquane une vigne bien vigoureuse. Domitien, pour sauver la face, fait arracher les vignes hors Italie.

La Bourgogne prend cher. Mais résiste. Prouve qu’elle existe. Elle fait bien, près de 200 ans plus tard, Zor… pardon Probus arrive, et annule l’édit de Domitien. Dans les dents, Dodo. On replante grave.  La vigne prospère, la côte d’Or commence à se bâtir une réputation, on évoque de ci de là la côte de Beaune…
Bien entendu, les vins ne ressemblent en rien aux vins actuels: sucrés, épicés, se conservant de façon aléatoire. Mais ils abreuvent bien des gosiers.
Les Eduens  picolent, et tout irait comme sur des roulettes, s’il n’y avait pas apparition soudaine de Vandales.
Toute une palanquée de Vandales en fait, une peuplade du nord, connue pour sa propension à en découdre et accessoirement, après la bataille, annexer des terres et agrandir ainsi leur territoire. Le Vandale est assez peu sympathique, en somme. Les Eduens affolés, craignent d’être en sous-nombre. Nous sommes au Veme siècle, et sans l’aide du net pourtant, les Eduens appellent les Burgondes (du nord, eux aussi) à la rescousse. Bagarre générale, les Vandales finissent par plier, et se barrer. Restent les Burgondes: les filles sont accortes en pays éduen, la bouffe est sympa, les vign… Ha ouais, le Burgonde aime picoler, il est servi! Il s’installe, donc. Et le nom de burgundia apparait.
Tranquillou bilou, la vigne grimpouille.
Après la période romaine, le catholicisme, dès le début du VIè siècle, prend ses quartiers. Avec lui, moines et abbayes. Cluny, Citeaux, le clos de Bèze, bien des noms qui résonnent encore. En 1115, naît le clos-de-vougeot, et en 1141 le clos de Tart (oui, on saute quelques siècles). L’apport majeur de cette période va être la faveur des vins rouges: le goût pontifical dicte le goût général, les blancs sont moins en odeur de sainteté, le rouge en profite.
Mais puisqu’on venait de passer plusieurs siècles sans trouble, il fallait bien qu’il arrive quelque chose: vers 1350  voilà-t-y pas qu’apparaît une chose nouvelle et incongrue, une belle grappe tentante called GAMAY.
Le gamay, un sacré drôle, celui-là, qui pisse comme je pleure sur les femmes infidèles! On l’accuse de trop en faire, de trop produire, de faire moins bien. Alors la gronde monte, et en 1395, Philippe le Hardi, duc de Bourgogne, fait interdire ce salopiaud de gamay. Exit, dehors, on arrache ! Il ne faudrait pas qu’il ruine la streetcred’ des bourgognes, alors issus du pinot noir, seul cépage habileté à faire beau et noble (sic). Il a du mal à faire appliquer sa loi, notre bon Phiphi. Notamment en Maconnais, qui ne sent pas concerné, et qui conserve le renégat.
Mais peu importe les turbulences, les  questions de cépage, le vignoble continue à produire, et s’exporte. A partir du XVeme, on loue les « vins vermeils » de Bourgogne (en vrai, des vins très légers et peu tanniques). La Bourgogne va connaitre durant quatre siècles une explosion du foncier, et une période très prospère. Les vins sont connus jusqu’aux Amériques. Quand on se paie Thomas Jefferson comme ambassadeur, tu m’étonnes. Dire qu’il n’avait même pas de ferrero-rochers.
Quand on parle des bourgognes actuels, on pense chardonnay, en blanc, et pinot noir pour le rouge, oui, mais …Notre fameux gamay, celui dont on ne voulait plus, il tient au moins sa revanche dans une appellation. Née en 1937, appellation d’assemblage, elle autorise maximum un tiers (c’est déjà ça) de gamay, pour 2/3 de pinot noir maximum.
Son nom vient de cette particularité, et aussi du fait que les raisins, qu’on assemble en cuve, doivent venir de la même parcelle. Plantés côte-à-côte, les frères ennemis mêlés au plus intime dans la vinif, donnent des vins plutôt frais. C’est… C’est?
C’est le passe-tout-grain.
On peut aussi trouver du sauvignon, de l’aligoté, du césar, du tressot, du pinot gris, de l’enfariné, du melon (de bourgogne), du gouais… Pas les plus plantés, et relégués dans les appellations les moins prestigieuses, mais ils sont encore là!
Dernière anecdote, le kir, s’il vient bien de Bourgogne, ne doit à peu près rien au chanoine Kir (sauf son nom). Il parait qu’on doit ce cocktail d’aligoté et de crème de cassis au ras-le-bol d’une matrone de marsannay, dont les bonshommes carburaient régulièrement à un mélange de gnôle locale et de cassis pour « adoucir » l’alcool. Un soir, excédée, elle remplace la gnôle par du vin. Les mecs, bourrés comme des coings, trouvent ça sympa et leur « mêle-casse » devient le vin blanc-cassis.

Ceci posé, il est évident que quand on prend « bourgogne » comme thème de dégustation, on peut partir dans bien des directions:  choisir par exemple de se concentrer sur la côte-de-nuits, ou sur le Maconnais. Prendre uniquement des blancs. Ne faire qu’une appellation. Finalement, choisir c’est renoncer: j’ai donc monté une dégustation très hétéroclite, avec du bourgogne old school, et du plus nature. J’ai même mis un piège, mais commençons:

bourg

Premier vin, blanc: du chardonnay. Le pouilly-fuissé (qu’on ne doit pas confondre avec le pouilly-fumé -Loire, sauvignon- ou le pouilly-sur-loire -Loire, chasselas) vient du domaine des Côtes de la Molière. « Nature », c’est un superbe apéritif, expressif, très fleuri, frais. Et qui étonne.

Ensuite, on passe au givry premier cru clos les grandes vignes 2010, chez Parize. Le bois bien marqué -sans doute trop- empêche de percevoir le fruit. Faut espérer qu’il se fonde un peu.

Troisième, passé en carafe, un auxey-duresses 2004 (ouais) de chez Vincent. Le problème des blancs en fûts, c’est qu’il leur faut du temps pour digérer. Ici, c’est toujours pas fini: un côté fumé, presque brûlé au nez. Il lui faut beaucoup d’aération pour laisser passer du fruit, la bouche est mastoc. Oublier en cave encore une dizaine d’années semble être la seule voie.

Pour se rafraîchir palais et idées, je sers un pet’ nat’ d’aligoté, domaine Tripoz. Nature, non dosé, la bulle est un peu agressive. Lui aussi a besoin d’air. Immédiatement, il est très yaourt à la pomme verte (des arômes fermentaires, quoi). Alors qu’après une heure, le yaourt disparaît  la bulle est calmée, et c’est là qu’on le goûte vraiment. Plein de fruits, tonique, très agréable. A boire carafé, c’est mieux, donc! Et oui, on peut carafer un vin à bulles: on en perd un peu d’effervescence, mais là le bénéfice est réel en termes de goût et vaut la chandelle.

Rouge, rouge, le passe-tout-grain à minima chez Trapet, carafé pour ôter un peu de réduction est tout fruit croquant. Bien sûr, ce n’est pas complexe, ce n’est pas très long, mais c’est un parfait vin de soif, ou d’approche pour initier aux vins de Bourgogne.

Le gevrey-chambertin, Chandon de Briailles 2010 est la très bonne surprise: aéré fortement parce que deux heures avant, il était d’humeur dessous-de-queue-de-vache, le voilà frais, distingué, élégant. Un pinot noir aérien, avec une fraîcheur terrible. C’est exactement mon vin de bourgogne idéal: plus subtil que massif, plus tendre que rustique, plus classe que Mastroiani.

Vient l’heure du piège. Je sers à l’aveugle un vin à la couleur moins dense que le précédent. Un peu de gaz, qui part vite en secouant le verre. Des notes de framboise, de fraise écrasée. De l’épice, pas trop. Une bouche tendre, elle aussi fraîche  mais avec un poil plus de matière. Les esprits s’échauffent: on glisse pommard, on écarte d’autres noms, on s’interroge… Non, pas un vin de Mâcon. Pas un Irancy, non plus.

Et…

pinot

C’est un vin du Jura. Aide-mémoire pinot noir 2012, domaine Bornard. J’avoue, je fais du lobbying intensif: faut avouer que passer derrière un gevrey sans rougir, c’est pas mal, le renard …

Pour terminer, un vin très -trop?- classique, côtes-de-nuit sur le millésime 2008 du château de Prémeaux. Concentré, un peu dur, un peu austère, sa matière est trop chaste pour moi. Il lui manque de folie, ou de légèreté.  Il plait pourtant à certains, c’est l’avantage d’être classique. Je n’en boirais pas des litres.

On aurait pu en dire encore bien d’autres choses, qu’il existe des vins épatants, capables d’ébranler vos certitudes. Que le bois n’est pas une fatalité. Qu’on n’a pas besoin d’extraction de malades pour faire des beaux vins digestes, par exemple mais chaque jour est une vie: c’est heureux, quand on voit le nombre de vins à goûter un peu partout. N’oubliez plus la bourgogne, elle vous le rendra au centuple.

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9 réflexions sur “Avec un B comme…

  1. Belle et instructive soirée !
    Ça fait du bien de se recadrer historiquement parce qu’à force de déguster, on oublie les fondamentaux qui ont conduit à la naissance de ce vignoble bien attachant.
    Au-delà, tout d’abord une (grande) confirmation avec le Pouilly-Fuissé du domaine des Côtes de la Molières.
    Quel jus : fraîcheur, complexité et densité.
    Décidément, j’adore !
    D’accord sur le boisé du Givry, à revoir dans quelques années.
    Grosse découverte ensuite avec l’Auxey-Duresses du domaine Vincent.
    Je sens que je vais explorer. 😉
    On sent une grande matière encore cadenassée qui ne demande qu’à lâcher les chevaux. Il en a encore sous le pied ce bougre.
    Fleur d’Aligoté est effectivement un pet’nat qu’il vaut mieux soit aérer un peu ou carafer tant la transformation est probante dans le verre. Sympa !
    Ensuite un Passetoutgrain A Minima vraiment singulier et intéressant.
    Seconde belle découverte avec le Gevrey-Chambertin de François de Nicolay probablement apparenté au domaine Chandon de Briailles à Savigny-les-Beaune.
    Je connaissais leur production sur Corton, Savigny-les-Beaune ou encore Pernand-Vergelesses.
    Belle claque que cette cuvée de Gevrey-Chambertin certes sur un beau millésime mais tout de même : grain de tanin fin, grande fraîcheur et très beau corps.
    Perso, je le trouve plus accompli que les cuvées de la Côte de Beaune déjà échantillonnées.
    Bon, le classique … ben comme tous les classiques il y a des bons et des moins bons.
    Faut dire aussi que le vin est desservi par le millésime.
    Certains jugeant que 2008 a produit des vins rouges de grande facture classique qui se révéleront avec le temps, d’autres (dont je fais partie et j’assume) estimant que, si la qualité du millésime est difficilement contestable pour les blancs, les rouges resteront marqués par une météo qui n’a pas favorisé la maturité du raisin mettant en exergue une acidité très prégnante.
    Mais comme chaque année dans ce vignoble « mosaïque », certains viticulteurs auront tiré leur épingle du jeu.
    Et puis le « pirate-renard » aura parfaitement tenu son rang dans cette série ce qui n’est pas mal du tout ! Bravo !
    Bon, c’est pas tout mais paraît qu’il y a bientôt un thème « Amphores » ?
    Fichtre ! 🙂

  2. T’es sûre pour l’histoire des Séquanes? Parce qu’à ma connaissance, la limite Ouest de la Séquanie, c’est la Saône. Et le grand territoire des Séquanes correspond grosso modo à l’Helvétie et à la Franche-Comté. Et Alésia, tu sais où c’est Alésia?   Par contre, qu’un vin séquane ait fait jeu égal avec les bugranes, ça ne me surprend pas plus que ça…

  3. Notez qu’il n’y a pas 84 appellations en Bourgogne (AOP désormais) mais bien 100. La centième récemment fêtée est l’entrée dans la ronde de l’appellation « Bourgogne-Tonnerre »; en outre il n’y a que 33 grands crus. Cela dit votre rubrique féministe et vineuse est hautement appréciée sous nos cieux toulousains. On est fan!

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