Parler d’amour ou de vin, pareil

Comme personne ne me demande mon avis, je vais vous le donner. Cette phrase pourrait être un gimmick de blog, tiens: après deux ans et demi -déjà? hé oui- de billets il est peut-être temps de changer, re-nouveller, évoluer? Mais ce n’est pas, pas encore, le sujet.

Je lis de ci de là, qu’il est tellement difficile de parler de vin. Je n’ai jamais eu cette impression: pour moi, il suffit d’en boire et puis d’en parler. A des potes, des gens qu’on estime. Ou bien de prendre son clavier, à quatre doigts (j’ai progressé) et d’y planter des mots. Rien de sorcier. Le blog a ceci de merveilleux: il suffit d’y écrire, comme on veut. Pas de contraintes d’espace publicitaire, pas de ligne édito à respecter. Personne ne demande de faire plus concis, d’y mettre moins d’humour. Les chroniques -ta mère- y vivent leur vie, imparfaites et pourtant tellement vivantes.

Jusque là j’avais peu mesuré les difficultés qu’on rencontre hors blogs. Parce qu’outre les contraintes propres aux rédactions officielles (longueur, ligne, vocabulaire, rythme) il y a une espèce encore plus sournoise qui sévit.

Chez ces gens-là, madame, on n’aime pas le vin. On l’instagramme. Chez ces gens-là, on ne boit pas, on rézosociaute à coup de hashtag. Réduisant la comm’ du vin à quelques photos bien anglées, peu importe le goût tant que c’est photogénique. Et simple surtout. La belle affaire que les appellations, qu’importe le cépage. La tribu des foodistas a engendré ses rejetons: les wineistas (ou stos, ne soyons pas sexistes).

Ça m’en toucherait une sans faire bouger l’autre si ça n’avait aucune influence sur le vin. Sauf que, et c’est là que le bât blesse, comme on a prostitué la cuisine à l’autel des chefs rock’n’roll -peu importe qu’ils se fournissent chez Metro tant qu’ils ont grande gueule et tatouage ad hoc- le vin attrape des consonances vulgaires.

Pas celles du peuple, celles-là ne serait que justice: celles de la bêtise crasse et de l’ignorance. Et le pire là-dedans, c’est que -le cynisme est père de profit- certains s’y engouffrent pour créer ce genre de choses.

Vous ne rêvez pas: cette bouteille est une barrique. Vincent en parle déjà, allez lire, et pleurez avec moi.

Moi j’imagine assez bien la petite gueule de certains de mes vignerons préférés, à qui on ferait ça. Les mecs – ou les nanas- se cassent le fion à faire un vin équilibré, joli, fringant, et quelque part, une immonde brutasse décide de lui donner un « bon petit goût de bois »? A quel point faut-il avoir dévoyé le vin?

Je crois bien que ce qui me choque le plus n’est pas tant l’initiative: après tout, développer des concepts n’est pas une chose horrible. Mais ce projet voit le jour grâce au crowdfunding. Financé par … Yep, des #winelover. Des gens disent aimer le vin, et lui font ça? Mieux vaut les avoir pour ennemis, ceux-ci.

Je réfléchissais à tout ça, quand sur ma boite mail: « que diriez-vous de créer votre propre vin? »

Il ne s’agit pas du tout d’aller plonger les mains dans la terre, ou d’aller se casser le dos soi-même (ça rassure mes wineistos), mais bien de créer virtuellement son propre assemblage, son étiquette perso, et hop livraison de bibine à la maison.

C’est plus du pinard, c’est du cocktails de cépages. Pour les curieux, ça coûte tout de même pas loin de 20 euros la quille. Alors bon, faire soi-même un « vin » pour vingt boules me laisse dubitative. Pour vous faire rêver encore trois secondes, on ne vous lâche pas complètement la main. Des « styles » de vin vous sont proposés comme modèle, du big boy à la femme fatale, cette dernière « profonde et généreuse ». Voilà.

J’imagine que ça en ravit certains, laissons-les faire mumuse et continuons à boire du vin qui a vu l’Homme se pencher sur lui, comme des fraises qui ont vu la terre.

Mais finalement, à voir des modèles comme ça se développer, facilement, on peut se demander si la comm’ ou la façon de parler de vin n’a rien à y voir? On le sait bien, la nouvelle cible ce sont les jeunes, et les femmes. Elles, parce que ce sont elles qui gèrent encore majoritairement les courses, eux parce qu’ils sont l’avenir. Et les concepteurs surfent sur la vague: rendre le vin simple (simplet?), attractif, casser les codes. Les agences de communication aussi, c’est le jeu.

Hasard, hier sur facebook circulaient ces photos. Attention, ce ne sont pas des pubs, mais des visuels destinés à une exposition.

akta akta2 akta3 akta4

Evidemment avec des avis contrastés et variés. Les wine lovers les plus jeunes en pâmoison générale. Les vieux jeunes, comme moi, plus mitigés.

Ouais, ça change des cérémonies, des types en costards et blonde impeccablement brushée devant une vigne riante et un poisson grillé à l’oeil torve.

Les photos sont léchées, les sujets décalés, les mannequins ont des « tronches ».

Y a un peu de provoc’: le biberon, la paille (mais bon, les champenois, ça fait longtemps qu’ils l’ont faite, celle-là).

Sauf qu’on ne peut pas dire que ça transpire la joie de vivre. Où est le plaisir? Moi les gens qui font la gueule, ça me file le bourdon, pas envie de dégoupiller une quille.

Comme quoi, parler de  -communiquer sur le – vin est peut-être vachement plus compliqué qu’on ne le pense, non? Rester accessible tout en ne faisant pas de concession. Parler avec des mots que tout le monde comprendra sans renier que le vin est une culture, et que comme toutes les cultures, elle demande des bases. Ne pas tomber dans la facilité. Ne pas prendre les jeunes pour des ignares. Communiquer avec son temps -et les réseaux- sans faire ni jeunisme à tout-crin, ni sexisme. Sortir le vin des mains des vieux savants, le dépoussiérer était nécessaire. Si c’est pour lui donner un vernis tendance et pas plus de valeur que n’importe quel cocktail, a-t-on vraiment le cul sorti des ronces?

Advertisements

6 réflexions sur “Parler d’amour ou de vin, pareil

  1. Sandrine, le côté « Sauf qu’on ne peut pas dire que ça transpire la joie de vivre. Où est le plaisir? Moi les gens qui font la gueule, ça me file le bourdon, pas envie de dégoupiller une quille. » pourrait-il être lié aux limitations de la loi Evin, et à l’impossibilité légale d’afficher des gens souriants auprès d’une bouteille de vin en France ?

  2. Attention aux amalgames : les photos trouvées sur facebook qui illustrent la fin de votre article ne sont pas des publicités pour le vin, ni des publicités tout court ; si ce n’est pour l’agence de communication qui les a réalisé : http://www.agence-akta.fr/
    Nous ne pouvons que constater le succès de cette initiative et saluer l’idée.
    Preuve en est : les réseaux sociaux en ébullition suite à la diffusion de ces œuvres, et ce post sur votre blog…

  3. Ouais je crois qu’on sature d’images (et slogans) pseudo-provoquantes.
    Aucun intérêt, désolé. Moi aussi je passe à autre chose.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s