Jeux de mains*

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*jeux de vilaines

Parfois je me dis qu’il y a lieu de se réjouir pour les femmes dans le monde du vin. Je discute avec des vigneronnes engagées, passionnées, j’en vois évoluer de ci de là, apprendre, se faire des cals aux mains, hésiter, douter. Y a du progrès, elles sont là, partout, elles font. Je vois des cavistes s’épanouir, faire ce dont elles ont envie, sans personne pour les freiner. Travailler en collaboration ou non avec des hommes, les exemples sont légion et tous différents.

Et puis parfois je me cogne la tête au mur. On sait ce que je pense des associations  de vigneronnes, et du message clivant qu’elles font passer. Se mettre à part, c’est déjà s’estimer meilleures, ou pires, en tous cas différentes. Pas de souci avec ça si c’est pour regrouper des individualités avec un même objectif (culture bio, vin nature, etc). Se mettre à part en raison – pour l’unique raison- de son sexe me dépasse. Go, les meufs. C’est pour ça, pour qu’on en arrive là que nos mères, grand-mères ou arrière grand-mères se sont battues pour le droit de vote et autres petits trucs sympatoches? Pour qu’on estime en 2015, qu’il nous faut des endroits uniquement dédié au féminin?** Si encore ces endroits n’abritaient pas en leur sein (ahem) les pires des clichés, ça passerait. Mais à observer attentivement le discours de nombre de ces associations, ce sont toujours les mêmes termes qui reviennent: « féminines, pas féministes », « élégance », « diplomatie », « distinction », « girly ».

Je tombe sur ça, et des nues ce matin, encore. Des femmes réunies sous le terme « folies vigneronnes » déjà, ça interloque. Clairement, ça rappelle le french cancan, et toute une imagerie de poupée coquine qui peut laisser pantois(e). Je lis l’article et what a surprise? Parler « vin et affaires » avec des boas en plume. Fin de toute vanne.

Je prends sur moi très fort pour digérer le coup du boa, qu’elles choisissent de s’attifer, encore, ça les regarde. Ca peut être un délire, pas le mien, on est ok là-dessus.

Des B.O.A.S en plume.

Le problème ne réside pas dans la tenue (le féminisme c’est porter ce qu’on veut sans être jugée pour ça: court, long, culotte à l’air – ça inclut ne pas s’offusquer quand une star s’exhibe, volontairement ou non. Vous n’aviez jamais vu une culotte ou un sein?- bariolé, noir, tatoué, etc).

Mais dans ce que ça induit: on nous vend la Femme Parfaite, celle qui entre deux réunions de taff, rajuste ses bas nylons, fait du co-dodo avec ses gosses, et n’oublie pas de rire bêtement aux blagues machistes. Celle qui doit, qui DOIT entretenir un mélange subtil de légèreté voire de frivolité et de professionnalisme, sinon, ce n’est plus une « vraie femme ». Rassurez-vous mesdames, ne plus souscrire à un critère, voire à tous ne vous privera pas de votre sexe, cela vous émancipera plutôt, si c’est la voie que vous choisissez.

Mais je reviens au besoin de ces associations. Pourquoi à tous prix vouloir se distinguer des vignerons et surtout comme ça? Pourquoi tomber systématiquement dans le cliché « des réunions de meufs qui bon, peuvent parler affaires entre deux causeries chiffons ». Pour répondre à des standards usés sur la « vraie féminité »? Pourquoi toujours ramener à la condition féminine un métier qui est unisexe? Se revendiquer féminines mais pas féministes? Si vous avez le droit de l’ouvrir, les gonzes, si on vous laisse faire et organiser vos petites sauteries rose bonbon, c’est justement parce qu’il s’est trouvé des féministes pour se battre par vous. Que vous leur crachiez à la gueule, soit, c’est dans le package féministe-mal-baisée-mal-épilée-connasse. A force, on s’habitue. C’est triste mais c’est ainsi: tant qu’on fera passer le féminisme pour une lutte inutile, agressive, de frustrées, et non comme une prise de conscience de l’inégalité AU QUOTIDIEN parmi d’autres inégalités plus visibles (c’est le point: occupez-vous plutôt de l’excision au lieu de nous emmerder avec nos boas) on n’obtiendra jamais cette chose toute simple: l’intégration, normale et nécessaire. Au fond, je vous plains: si ce que vous vendez, avant votre vin, c’est une image, c’est vraiment dommage. Si vous vous estimez encore obligées de vous réunir entre-vous parce que parmi les hommes, votre voix ne porte pas, prenez un haut-parleur! Tous les jours, des femmes taillent, vinifient, suent, dégustent, vendent du pinard, en parlent, écrivent ni moins bien ni pire que les hommes. Avec chacune un caractère, un individualité qui va bien au delà du genre.

Je revendique une stricte égalité de traitement entre hommes et femmes, loin des clichés. Et parfois ce genre de choses me fait douter: à quoi ça sert?

Tant qu’on est au rayon de « prenez-nous pour des dindes on kiffe et on en redemande », une marque de cosmétique à base de raisin et dérivés balance: « Si les maîtres de chais ont les mains extrêmement douces, c’est parce qu’au moment de la vinification, ils les plongent dans la levure de vin » entre autres phrases d’accroche pour leurs produits.

Puisqu’une image vaut dix mille mots, des mains de vignerons, c’est ça:

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Fabien Jouves

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Pascale Choime

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Mathias Marquet

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Vincent Bonnal

Michel Escande "le sorcier" by Vincent Pousson

Michel Escande « le sorcier » by Vincent Pousson

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Vincent Alexis

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Marie Jouan

 

 

Ceci dit, je suis peut-être énervée parce que j’ai bu une bière sans gluten. Et comment dire…

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les mains de caviste sont « un peu » moins agressées :p

 

 

** je comprends et soutiens le besoin qu’ont certaines de se retrouver dans des espaces « protégés » pour pouvoir discuter entre autres de culture du viol, ou de féminisme. Pas ici, pas comme ça.

 

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6 réflexions sur “Jeux de mains*

  1. J’adhère à l’idée. Sur le principe, je n’aime pas qu’on mette quelqu’un en avant au motif que c’est une femme. Les trophées féminins m’énervent. Ca donne l’impression qu’on les récompense parce que ce sont des femmes, avant de reconnaître des qualités…

  2. Tres belles toutes ces mains. J’y penserai lors de ma prochaine rencontre avec
    Un vigneron ou une vigneronne. Accepteront ils, elles? Parce que c’est intime
    Une main. Belle idee, belles photos. Efficaces pour comprendre ton point de vue.
    Continue, n’abandonne pas. Quel punch!

  3. Presque pas hors sujet :
    Du vin à l’ovin, je franchis le pas allègrement pour vous narrer un joli cas de paternalisme macho à la noix. Les Ovimpiades sont une compétition entre lycées professionnels formant des futur-e-s bergers/bergères. Plein d’épreuves, chouette compétition, finale au salon de l’agriculture, tout ça…
    Devinez qui gagne le prix de la meilleurE bergèrE ? La première fille que l’on trouve dans le classement général, fusse-t-elle 4eme ou 18eme. Ça se passe comment si c’est une fille en haut du classement ? Fatal Error, pas prévu.

  4. Nan mais ça marche pas ton histoire de mains, là. Tous les vignerons de ton article ils utilisent les levures indigènes, ils font pas de levains, évidemment que leurs mains ne sont pas douces! (internet ne faisant pas toujours la différence : ceci est à lire au 2d degré)

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