VDV #76 : en mai bois ce qu’il te plaît !

C’est Nathalie la rhodanienne cuisinière et amoureuse du vin qui nous propose un thème pour le moins libre. Nu, allons, allons, ne poussons pas le bouchon. 

en mai bois ce qu’il te plaît ! 
Ce vin, il vous plaît particulièrement parce que :
1/ vous adorez l’appellation, le cru et que vous trouvez que c’est le (ou l’un des) meilleur représentant
2/ vous adorez le cépage, unique ou majoritaire
3/ vous adorez le vigneron, c’est un copain, ou un type très sympathique, ou encore un vigneron « juste » remarquable
4/ vous adorez l’intérieur mais aussi l’extérieur, l’étiquette, la bouteille vous font craquer
5/ vous ne savez pas pourquoi mais vous boiriez de ce vin tous les jours ou presque
Une de ces raison, un panaché ou une raison encore toute autre pour élire ce vin, le « vin du mois », votre coup de coeur récent, votre chouchou du moment, que sais-je. Je sais, ça sent un peu de thème libre. Pas entièrement faux…
Alors, que boirez-vous en mai ?
A publier sure votre blog en faisant un lien vers cette page et sur la page facebook des Vendredis du Vin et la Page Evénement du mois. Si vous n’avez pas de blog, faites vous héberger par quelqu’un qui en a un 🙂 Joli mois de mai vineux à tous !

Le problème quand c’est large, c’est qu’on ne sait par quel bout commencer. Plaisanterie mise à part, choisir une appellation préférée, impossible. Mon humeur me porte parfois à élire le Jura, puis je craque pour un sud-ouest, je prends une claque avec un rhône , avant d’être définitivement convaincue – pour au moins 24 heures- que l’Alsace aura toujours ma préférence.

Un cépage? Là encore, tellement difficile de choisir et d’opter pour un cépage en particulier. Au contraire, ceux que je pense aimer le moins me surprennent toujours, parce que travaillés différemment, avec d’autres mains, ils deviennent autre chose, que j’aime, qui me laisse comme deux ronds de flan, à bêtement me répeter: y a pas de vérité.

Un vigneron? Aline, Cédric, Fabien, Eve, Guilhem, Floréal, Julien, Olivier, Jean-Pierre, Philippe, Pascale, Laurence, Patrick, David, Isa, Bruno, Romain, Alain… La liste est longue, et impossible d’en élire un seul. Qu’on n’ aie fait que de se croiser, qu’on se connaisse mieux, voire qu’on soit potes, pour beaucoup je les admire, et ils m’impressionnent.

Aucune Vérité dans le vin: la seule chose qui compte, la seule qui vaille, c’est que ce putain de jus fermenté (oui, ce n’est que ça) sera toujours capable de me faire sourire, lever un sourcil, rire, m’interroger, lever les deux sourcils, pleurer, parfois, chialer comme une gosse, fut-ce de joie ou de tristesse d’un rendez-vous manqué.

On a beau dire ce qu’on veut, j’ai pas vécu ça avec du jus de tomate.

Alors mon vin de mai, j’ai du mal à le décrire: il a mille visages, il a mille apparences. Il peut être ce gentil cinsault acheté pour des cacahuètes. Il peut se cacher derrière un grand bordeaux, de ces bouteilles qu’on boit avec un peu de défiance, parce que ce sont « des vins de vieux ». Ou du chenin vif et clapant, si bon que j’y trouve un goût d’pomme.

Il peut être nature, naturel, pas revendiqué, biodynamique, spatial, tellurique, cosmo-machin. Il peut aussi être juste un vin aimable et bien fait. Moderne assumé ou le plus classique du monde, un peu fou mais pas barré, expérimental ou bien assuré.

Rien ne nous définit plus -je crois- que nos goûts et la manière dont nous les affirmons. Ils évoluent avec nous, ils grandissent, ils changent. Rien de plus pitoyable que ces gens qui s’accrochent à leurs certitudes comme aux souvenirs sépias d’une jeunesse perdue. Dans vingt ans, dans trente ans, j’espère avoir toujours le goût du vin. Bien sûr, patiné de mes expériences, de mes erreurs, de certains dégoûts, et de convictions qui se forgeront et s’affineront encore.

Car le voilà, le souci, celui qui fait couler tant d’encre à défaut de coups de poing dans la gueule, chez certains. La conviction: penser avant de boire. Qu’on a une responsabilité, qu’on peut aussi agir en tant qu’acteurs-consommateurs.

C’est sans doute très générationnel. Nous les gosses de fin 70, début 80 on est nés avec le SIDA, les trous dans la couche d’ozone, tout un tas de saloperies (sans compter les pulls en acrylique, merde) et la sensation que le monde allait s’ouvrir en deux. On n’a rien connu d’autre. Ce qui change, c’est que de gamins désabusés on devient peu à peu parents. Militer devient un acte nécessaire d’amour pour ces gnomes qu’on a mis au monde.

On n’est pas pour la cause des exaltés sans conscience ni culture, ou des gens chiants: on picole, on fait la fête, parfois avec excès, on trébuche, on a des sales gueules de bois, parfois. Avoir un minimum de conscience écologique et humaine ne veut pas dire que le plaisir ou la folie sont oubliés.

Bien au contraire: je prends plus mon pied à boire quelque chose de « sain » (ça reste une boisson alcoolisée), produit par un vigneron impliqué.

Ceux qui ne jurent que par la dégustation à l’aveugle vous crieront à l’objectivité impossible, ainsi.

Et alors?

FUCK l’objectivité!

Je réclame le droit de fixer mes propres critères, de politiser ou non le vin, de l’aimer parce que j’aime les vignerons derrière. Pas juste parce qu’il porte une étiquette, ça après tout, on s’en fout.

Juste parce que c’est ma manière de concilier plaisir et humanité.loit3beit2

 

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2 réflexions sur “VDV #76 : en mai bois ce qu’il te plaît !

  1. Deux découvertes au mois de mai. En rouge un « Clos des Fées » 2006, de Hervé Bizeul, en Roussillon,que j’avais achetée il y a quelques années en le jugeant de garde. Eh bien, après neuf ans, il a toujours de la puissance et de la longueur. Quel bonheur!!
    J’avais déjà apprécié ses vieilles vignes, plus abordables ainsi que ses billets de voyage en Asie.
    Il a autant de caractère que ses vins. Il faut savoir les attendre.
    La seconde découverte est la cuvée blanc de blanc « Rufus », bien de chez nous mais victime de son succès puisque fort demandé. C’est du brut avec une belle acidité. Magnifique en apéritif ou en digestif.
    Chacun a ses critères de choix. Ce qui est formidable c’est que l’on peut y passer une vie tellement l’offre est immense.
    Heureusement qu’il existe des dégustations et des cavistes curieux et audacieux.

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