Ça Ganevat et ça revient*

ganeva*j’avais pas pire

Dernière dégustation de l’année, il fallait tirer la révérence en beauté. Quoi de mieux donc que de le faire avec le Jura? Le faire avec le domaine Ganevat ! Exemplaire dans ce que l’on considère comme « les grands vins nature(l)s », le domaine fait preuve d’une belle régularité. Et il montre que le Jura, c’est aussi d’autres pinards que le (péril) jaune, et les vins de voile. Pour savoir tout ce qu’il y a à savoir, et peut-être plus encore sur Jean-François dit Fanfan Ganevat, c’est là. Pour se refaire une idée de ce que sont les cépages et vins du Jura, c’est là et puis ici aussi.

Clin d’oeil au post précédent du blog: voici des vins vegan-friendly, puisque non-collés non-filtrés. J’ai choisi quatre blancs, trois chardonnay et un assemblage chardo-savagnin. Disons le tout-de-go: on ne goûtera que du chardonnay, l’Orégane (assemblage) étant … bouchonnée. Soit. Tout est millésimé 2012.

En premier pour se « faire la bouche », voici Florine. gane3

Le nez est très floral, une brassée de fleurs blanches en fait, avec derrière un peu de pêche. En bouche, ce qui marque c’est la tension et la droiture. Florine vous séduit d’abord avec un parfum délicat, puis vous claque sur la langue avec une fraîcheur intense. Elle gagnera sans doute en douceur avec un peu de bouteille, mais là, c’est déjà un vin parfait « pour boire ». Un verre en appelle un autre, et un autre… Bref, comme entrée en matière, nous voilà bien servis.

Deuxième chardo sur le grill, il s’agit des Chamois du Paradis.

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On change d’univers: du pré fleuri on passe au bazar indien: curry, épices en pagaille, et un nez très exotique. En bouche la matière est bien là, épicée encore, avec également de la tension, mais moins nerveuse que sur Florine. Plus ample, plus complexe, Chamois est à attendre encore un peu, histoire de déplier ses guibolles convenablement.

Troisième chardo, but not least, Grusse.

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Avec Grusse, j’ai toujours peur: c’est la cuvée que j’attends au tournant, c’est celle que j’ouvre avec anxiété, et pour cause: c’est mon chardo préféré chez Ganevat. Du coup, qu’elle se goûte mal est ma plus grande frayeur. Pour cette fois, on évite le pire!

Bien sûr, c’est un bébé. Bien entendu, il va falloir oublier celle-ci en cave un moment: c’est à ce prix qu’elle se donnera entièrement. Mais on a déjà un aperçu très plaisant: le nez très minéral, avec de la pomme est ouvert et franc, la bouche est à la fois minérale, gourmande, saline et complexe. Grusse ne parade pas, Grusse est juste une bombe.

Parce qu’il ne faut pas oublier les rouges, un petit tour sur le « j’en veux », assemblage de vieux cépages: combien au juste? Oh, on s’en fiche, le nombre n’a jamais fait le plaisir (quoique).

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Le nez est très cuir (cuir, moustache) et poivre, la bouche simple joue autour de l’épice avant de donner de la fraise et de la cerise. C’est court, ça a peu de matière, et tant mieux: c’est fait pour être bu à l’apéro, quand on a soif, pas pour autre chose.

Le deuxième rouge est Julien en Billat: pinot noir!

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Un Julien 2013 un peu dans le gaz: je secoue donc mon bonhomme en carafe. Et hop, on hume, on goûte, et on re-hume, re-goûte.  Julien est un grand pinot: finesse, fruit, fraîcheur, élégance, longueur, équilibre. Il a tout. On pourrait -sans qu’il rougisse- le comparer à certains des plus jolis bourgognes. Avec l’avantage non négligeable de son prix: à l’heure où la Bourgogne s’envole, Juju est encore sage. Bon plan? Très.

Parce qu’on a été tous très sages et studieux, or liquide! Une micro-cuvée, vendanges de novembre de vieux cépages…

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En respirant le Sul’Q, il se passe un phénomène étrange: tous les dégustateurs sont pris de paralysie. Plus aucun ne décolle le tarin du verre, et aucun n’arrive à le porter à ses lèvres. Ça sent trop bon: du safran, de l’amande, du coing, de la figue et des tas d’autres choses tout aussi enchanteresses. N’écoutant que mon courage (haha), je goûte: « ça va on peut y aller les gars ». La bouche est aussi incroyable que le nez, ça pète de partout, fruits et épices mêlés. Le sucre est évidemment là, vous entourant de douceur mais, et c’est la marque des grands vins doux, il vous laisse une bouche propre et nette. On se verrait bien vider la bouteille. Une chacun, oui.

Un domaine, six bouteilles, et en deux heures un beau tour des idées reçues:

  • Non, le cépage n’est pas tout: trois chardonnay, travaillés par la même personne, donnent trois vins aux styles profondément différents et c’est tant mieux.
  • Non, le Jura ne fait pas que des oxydatifs: il produit aussi de belles, longues et émouvantes quilles ouillées. Quel bonheur.
  • Oui, le sucre ça peut être bon et pas lourd: quand c’est rudement bien exécuté, avec de la fraîcheur derrière, ça se boit à grandes gorgées.
  • Oui, il y a de merveilleux pinot noir en Bourgogne, mais faudrait voir à jeter un oeil au Jura aussi.
  • Oui, le vin nature(l) peut être complexe, profond, laisser parler son terroir, et vieillir. Mais qui en doutait?

Pour le reste, je ne peux que vous encourager à déguster, boire, picoler des vins du Jura, de Ganevat ou d’autres: meilleur moyen de les découvrir. Mais prenez garde à vous: vous pourriez bien tomber en amour…

 

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3 réflexions sur “Ça Ganevat et ça revient*

  1. D’autant plus rageant de ne pas avoir pu être présent quand je lis ces commentaires. 😦
    Mais bon j’en ai qui dorment tranquillement en cave … gare à elles ! 🙂

  2. nouveaux sur ce site , je suis enchanté des commentaires efficaces pertinents marrant ce qui ne gâche rien de Sandrine
    pourvu que ça dure !
    DO

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