Quand le coeur fait Kumpf

stagiaire

Le vin est avant tout affaire d’apprentissage. On peut parler de la déplorable habitude du sucre des jeunes, on peut regretter leur manque de curiosité parfois, mais est-ce qu’on se pose les bonnes questions? A savoir, n’en sommes nous pas un peu responsables? Pour apprendre, apprendre bien, il faut avoir été mis en confiance et familiarisé, tôt. Ce qu’on connait depuis toujours, même de loin, même superficiellement fait moins peur à explorer une fois qu’on l’a décidé. Le vin, c’est une évolution, de son goût, de ce qu’on est capable d’aimer, de ressentir, de partager. Rien n’est figé jamais, l’éducation se fait au fil rouge, tout le temps. 

Le rapport avec la choucroute? Un « jeune » vigneron alsacien, oufti! Julien Albertus au domaine Kumpf-Meyer à Rosheim.

J’aurais pu passer à côté: magie des réseaux sociaux, un coucou virtuel lors d’une visite en Alsace s’est transformé en dégustation. L’histoire est là. 

2013, Julien est un jeune homme souriant et discret qui veut aller vers le nature, ne sait pas encore bien par quel chemin: ce n’est pas « son » domaine, il y a la clientèle classique à apprivoiser, une autre à conquérir, il faut aussi penser bio à la vigne. Le travail est colossal, l’envie est énorme. Cela se sent, mais avec les défauts d’une entreprise qui débute: les pinot noir sont déjà remarquables de joliesse et de fruit, les blancs manquent encore un poil de précision. De mise en place.

2015, Julien est toujours jeune, et toujours souriant mais un poil plus affirmé peut-être. Il a bossé, s’est aguerri, frotté à quelques vignerons plus expérimentés, a échangé avec eux. Là où on le sentait marchant sur des oeufs, tâtonnant, il est plus réfléchi, plus apaisé peut-être?

Le domaine est en certification bio, les choses avancent. Plus de maîtrise dans les cuvées, plus de sûreté. « Quelque chose s’est passé sur les raisins en 2014, je l’ai senti » dit-il.

On commence par goûter les rouges. pinotn

Le pinot 2014 est friand, léger mais pas tant, avec de la fraise, une cerise un peu acidulée, une matière et une couleur soutenue. Direct à l’apéro, ça passerait volontiers. Le weingarten 2013, avec un pet d’élevage est plus épicé, la trame fruit est derrière, la bouche est du même acabit: poivrée, fumée avec du fruit rouge embusqué, et une finale un peu verveine qui donne du peps.

J’ai récolté plus tôt, à cause des droso *: et je suis plutôt content du résultat.

Il peut, je confirme.

On passe aux effervescents, d’auxerrois-chardonnay que je ne connais pas encore. Un brut (dosage 5 g) et un extra-brut millésimé.

julien

Le brut est très joli au nez, sur la pèche et le chèvrefeuille  quelques notes d’agrumes qui dansent. En bouche la bulle est fine, la matière ronde et fluide, la finale tendre. C’est un très bon classique.

L’extra-brut est un cran au dessus: là où le brut vous débine un petit air pop, l’extra-brut offre une mélodie plus complexe et plus fine. La minéralité est au rendez-vous, c’est minuté comme une horloge: ding, du citron et de la pomme. Dong, une finale éclatante et saline. (on me sussure à l’oreillette que pour ne pas faire pédante, on ne doit plus utiliser ce terme. Bon. « comme si on avait léché des cristaux de sel, quoi »)

Vient le tour des blancs secs, dont Julien fait désormais deux « gammes ». L’une à étiquette trad’, vinifié et élevé en foudres de façon classique. L’autre, Restons nature, qui comme son nom l’indique est absolument immonde (JE PLAISANTE M’ENVOYEZ PAS DE MINES). Les « Nature » sont élevés sous bois (pas neuf) et sans ajout de soufre. Le suspense est total: vais-je préférer un style ou pas?

On commence  avec un auxerrois: c’est propre, bien fait, beaucoup plus en place que les blancs de mes souvenirs, à accorder à des fruits de mer ou des apéros d’été. Clean.

auxerrois

On alterne avec l’autre genre: pinot blanc nature, et là je dis wow! Il est (d)étonnant: là où nombre de pinots blancs semblent être des machins mollassons et trop gras avachis dans des canapés défraîchis ou bien des trucs maigres, noués, acides et revêches, le pinot nature tient le milieu. Aromatique sans vulgarité, gras sans lourdeur, long sans ennui, frais sans verdeur. Les nature viennent de marquer un point, ou deux ou quatre, moi les chiffres…pinotbl

Les nature mènent la danse? C’était sans compter sans ce filou de muscat: du raisin frais qu’on imagine croquer sous la dent, une pointe de rose, puis de l’agrume et des amers beaux en fin de bouche. EN-FIN: un muscat de repas, de ceux qu’on boit sans tortiller du cul, parce que c’est intense et que ça va droit au but, sans lourdinguer une seule seconde. Bordel, ça fait du bien par où ça passe. Les classiques rattrapent les nature, on est mal les petits potes.

muscat

Petit faux-pas ou espoir déçu, le sylvaner n’est pas au top de sa forme: il lui faudrait de la bouteille, pour gagner du galon. Bon, je disais quoi sur le temps qu’il faut pour être maître d’où on va? Voilà un exemple parfait: on sent qu’il y a du potentiel, mais c’est encore trop brouillon.

auxe

Le vrai duo-duel va se jouer au riesling: même terroir, même cépage, juste deux approches différentes. C’est très déroutant: ils ont les mêmes trames, le même squelette, mais ils ne sont pas habillés pareil. Le nature, plus riche, plus dense, plus voyant et plus original. Le classique plus traçant, moins exubérant, plus discret. Comme si on avait des jumeaux en face de soi fringués différemment.

Faire un choix? Rhaaaaaaa.

Les deux sont top, ça dépend de ce qu’on recherche.

riesling

Mea culpa, j’ai oublié de faire une photo du très bon pet’ nat’ de pinot gris, bulle fraîche qui a permis de clore la dégustation avec la banane (pas dans le verre, ho).

Julien est un chouette gaillard, avec qui on peut causer: de la place des natures dans le monde du vin, de l’Alsace qui se bouge et progresse, de ses aspirations de vigneron. Je ne bouge pas d’une ligne: il faut le suivre. Certes, il ne dispose pas forcément des plus jolis terroirs, certes y a du taf à faire, certes, certes. Mais l’énergie est là, et les années devant lui.

Et last but … j’ai fait que des photos floues de lui, parce qu’en plus d’être sympa, cool, de faire du bon vin, il est plutôt très joli garçon.

C’est injuste, je sais.

(ce dernier commentaire est totalement gratuit, et déplacé. Tu m’en veux pas hein, Julien?)

pet

Le pet’ nat’ est approuvé par la Stagiaire

*droso ou drosophile, ici particulièrement la drosophile suzukii qui vole en escadrille. Hum. Cette mouche importée s’attaque à tous les fruits à chair tendre, plus particulièrement à peau colorée. Elle « pique » le raisin, qui tourne au vinaigre sur pied. 

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2 réflexions sur “Quand le coeur fait Kumpf

  1. Si je ne me trompe pas, son muscat 14 est nature (même si rattaché à la gamme classique).
    Ca nous donne une victoire à plate couture pour les nat’!!!

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