Le con texte, c’est important *

*ou pas, en fait?

Le vin est semblable à l’homme: on ne saura jamais jusqu’à quel point on peut l’estimer et le mépriser, l’aimer et le haïr, ni de combien d’actions sublimes ou de forfaits monstrueux il est capable.

Charles Baudelaire

Ha ce bon vieux Charlie, il en a écrit de bonnes…

Goûter du vin n’est pas seulement jouir de la chair de son fruit, c’est aussi goûter à un instant, une conversation, un rire, un parfum: tout ce qui n’est pas dans la bouteille et qu’on appelle le contexte.

Oublions ce qu’est une dégustation pro: il n’en est pas question une seconde ici. On parle d’ouvrir une bouteille et de la boire. En dégustation, on essaie d’avoir un environnement neutre, clean: sans odeurs parasites, avec une lumière correcte, de bons verres adaptés, … Quand on boit, on oublie tout ça.

Pas servi à l’exacte température ou au contraire rigoureusement, dans des verres ballons moches ou des zalto, boire n’est plus disséquer. C’est ouvrir le vin à l’humain: ça passe ou ça casse.

Le contexte.

Alors que dire, que poster des bouteilles bues comme ça? Elles ne sont pas neutres, jamais. Un ami cher reçu à déjeuner, la joie de se voir, le plaisir d’une conversation agréable, drôle, tantôt sérieuse tantôt futile…

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J’ai eu plus d’indulgence, d’amour, et de plaisir pour ces deux-ci que dans n’importe quelle autre situation. Parce que J. était là, que j’attendais ça depuis un moment, que ça s’est passé merveilleusement. Au point même de ne pas ressentir de contrariété quand j’ai ouvert le vin du Jura et constaté une effervescence plus qu’importante. A n’importe quel autre moment, j’aurais sans doute un peu râlé. Ça m’aurait agacé, de devoir prendre une carafe pour dégazer. Pas là: j’ai rigolé, expliqué, carafé, secoué. J’ai même foutu du vin sur ma chaise. Un « défaut » mineur, un contre-temps qui n’a eu aucune incidence:  le vin était bon, délicieux même. L’Alsace était ample, dense, comme dans mes souvenirs mais en mieux. On a bu les deux, en les savourant.  Étaient-elles meilleures? Sans doute que non. Les trouvait-on meilleures parce qu’instant particulier, complicité, rires? Sans aucun doute.

Je connais plutôt bien Grittermatte, j’en ai déjà parlé ici à plusieurs reprises.

Pour Buronfosse, c’était ma première bouteille de cette cuvée: là, bue comme ça, dans un contexte très plaisant, je l’ai beaucoup aimée. J’aurais sans doute mis un gros bémol à cette quille si je l’avais dégustée dans d’autres dispositions. J’aurais noté un gros gaz, et selon mon humeur et mon degré d’indulgence, il aurait été de « un peu embêtant » à « carrément chiant ». J’aurais posté, peut-être, un commentaire mitigé sur facebook, m’interrogeant sur les raisons de cette bulle, supposant, … Sauf que je n’en ai pas ressenti l’envie.

Du coup, j’en arrive à philosopher:

Si on n’a pas le droit de dézinguer une bouteille sur les réseaux sociaux parce qu’elle se goûte mal, qu’il faut laisser le bénéfice du doute, qu’il s’agit peut-être juste d’une bouteille à souci, qu’il faut ouvrir une deuxième. Si on doit au vigneron un minimum de respect pour son taf, et une sorte de présomption d’innocence  quand la bouteille est mauvaise, a-t-on le devoir moral d’également fermer sa gueule quand le vin est exceptionnellement bon ? Parce qu’imaginons que, sans préciser le contexte dans lequel je l’ai bu, je fasse un post plein de louanges sur une bouteille, est-ce qu’il y a tromperie? Non pas que le vin ne soit pas bon au départ, mais qu’avec des conditions optimum, il goûte bien mieux que sur une table blanche, sous une lumière artificielle, à l’aveugle, en toute objectivité? Et même peut-on trouver un vin ordinairement « moyen » transformé en bon juste parce qu’on est bien, avec un amoureux, des amis, des personnes qui comptent?

On peut aussi se dire que quelle que soit l’importance qu’on se donne, notre avis n’est qu’un avis, parmi d’autres. Que les gens sont bien assez grands pour me (nous) lire et faire la part des choses. Expérimenter par eux-mêmes et entériner ou pas. Que ce qui compte, ce n’est pas tant d’aimer, détester, critiquer, louer, adorer ou brûler, c’est qu’on finit par parler de vin. En bien, en mal, avec de la subjectivité, de la mauvaise foi, de la passion ou du détachement. Mais parler de vin: bien sûr, ce n’est « que » du jus de raisin fermenté, mais qu’est-ce qu’il peut faire couler d’encre.

Enfin, bon: la prochaine fois que je reçois, j’essaierai quand même de servir des vins dégueulasses, pour voir si d’aventure je les trouvais bon. Niark.

 

 

 

 

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