La solitude de l’andouillette

wpid-dsc_3482.jpg

Avant de dresser (avec un fouet) le portrait de l’autre vigneron rencontré lors de ce mini-trip champenois, un billet détente et dégustation. Billet qui ne sera pas exempt de révélations, de suspense et de moments de solitude. Et de champagne, faut pas déconner. La Champagne, c’est très beau, y a pas à tortiller: il suffit de voir cette vue depuis Hautvillers, et la stagiaire attentive aux grappes pour s’en convaincre. C’est beau et ce n’est pas très loin, pour les liégeois: deux grosses heures de bagnole pour atteindre Épernay, compter encore deux heures de plus pour l’Aube, mais quand on aime…

Arrivés à Aÿ le dimanche après-midi, il fallait bien se restaurer: premier drame! Très peu de restos sont ouverts le dimanche soir, du coup le choix limité nous a conduit à retourner au 7, brasserie de l’hôtel-resto les Berceaux. Le menu ne m’a pas ébloui, les portions étaient un peu chiches et le plat manquait de légumes (mettez-vous ça dans le crâne, les gars: le riz ou les frites ou les patates sautées sont des féculents, ne servir que ça comme accompagnement est donc une faute d’équilibre. Il faut proposer un légume à côté, surtout en brasserie. Oui, frites ET haricots, pas frites ou haricots, comme on le voit trop souvent). La carte de champagne a un gros point positif: les bouteilles y sont très peu chères. Jacquesson 738 à 54 euros, ou Agrappart 7 crus à 50 euros par exemple sont des affaires. Mais mue par la curiosité – buvons ce qu’on ne connait pas encore, sinon à quoi ça sert de se déplacer?- on commande une bouteille de Pierre Mignon.

wpid-dsc_3386.jpg

Comme son nom l’indique, c’est gentillet. Pas ma came une seconde, deux de tension, un fruit un peu trop présent, au détriment de l’équilibre, un dosage beaucoup trop marqué: comme on peut le dire en ricanant, c’est un champagne de petite vieille à caniche abricot. Bof.

Deuxième essai, après avoir demandé au sommelier (?!) de nous proposer un truc dans « l’esprit Jacquesson », il nous sort ceci. wpid-dsc_3390.jpg

Lallier ne sera pas mon meilleur (allié). Haha. Là encore, mais peut-être est-ce moi qui, habituée aux champagnes nerveux, punchy, ne sait plus apprécier les champagnes plus ronds, je le trouve trop mou. Le sommelier nous parle d’un dosage à 7g, ce qui pour un brut serait plutôt une fourchette basse mais soit: pas emballée non plus. Dans l’absolu, ce n’est pas mauvais, c’est juste fait pour un public dont je ne fais pas partie.

Le lendemain midi, perdus dans l’Aube nous échouâmes aux Canotiers  là encore un hôtel restaurant à la cuisine classique et d’un bon rapport qualité-prix. Portions très généreuses, sauces savoureuses, des légumes (haaaaa), nonobstant le moment où j’ai fait l’andouille mais c’est entièrement de ma faute.

Faisons un petit aparté: petite histoire au sein du billet qui s’intitulera sobrement « la solitude de l’andouillette ». Ça eut pu s’intituler « vingt-cinq ans plus tard » ou « Andouillette strikes back » mais je décide que le premier est bien mieux.

Dans ma prime jeunesse, il y a environ vingt-cinq ans, ceux qui calculent combien je pouvais avoir et estiment à plus de dix ans allez mourir, donc toute minotte et innocente – j’adorais Patrick Bruel pour situer, période IMPER ET BANDANA, tu m’étonnes que j’étais innocente, un mec qui se balade en imper, qui beugle « alors regarde » et je trouve pas ça chelou?- je passais des vacances en France.

Les vacances quand t’es gosse se résumant:

  • à aller à la boulangerie acheter du « pain français » sans comprendre pourquoi la boulangère est hilare: « ma petite ils sont tous français mes pains, ha c’est une BAGUETTE que tu veux? Fallait le dire! » Mortification intense.
  • à chercher des copains avec qui tu correspondras par lettre avec ferveur les vacances finies. Définition de ferveur = trois lettres à vous deux environ.
  • à obéir aux lubies farfelues des parents qui pètent un plomb en mode terroir « viens on va goûter les melons à Cavaillon », « allez un petit coup de muscat-de-rivesaltes t’en mourras pas » Et on s’y plie. Sinon ils gardent la gameboy.

Quand soudain: « il faut que tu goûtes ça. C’est local. » A ce moment là, on parlait pas encore de bio sinon je suis sûre qu’on me l’aurait servi comme argument en mode vas-y-fais-un-effort-on-peut-manger-des-cochonneries-toute-l’année-mais-en-vacances-on-s’achète-une-conscience.

Je suis bien calée sur ma chaise quand arrive sur une assiette fumante une chose grasse et oblongue qui baigne dans un jus brun. Aucun doute n’est permis: c’est de la merde.

L’odeur, la forme, tout concourt à me le faire penser. Bien que candidement on me présente la chose comme un mets raffiné : l’andouillette. L’an-doui-llette. J’en frémis encore.
À grand peine et force menaces (les parents tenaient ma gameboy je vous ferai dire) je finis mon assiette et file aux waters.

Avertissement: les phrases qui vont suivre forment un récit insoutenable pour les coprophobes et émétophobes. 

En France chose que je n’ai jamais compris vous avez cette commodité traîtresse que l’on nomme « WC à la turque ».
Prise dans le feu – enfin le caca, enfin voyez – de l’andouillette il est aisé de concevoir qu’on peut vite confondre le wc à la turque et mettons … Une douche.

Plus grosse honte de ma vie cette revisite de la douche façon gore project.

La douche va bien. Elle a reçu tous les soins et l’assistance de crise nécessaires depuis, vous pouvez être rassurés.
Sauf que vous dites-vous fort intelligemment elle a parlé de « retour de l’andouillette » non ? (je suis hyper-fortiche pour installer des twists à suspense).
Il y a deux jours j’étais donc en champagne qui comme chacun sait est la mère-patrie ou quasi de ?

De Troyes, tout juste.

Prise d’une folie -je n’avais pas bu, enfin pas beaucoup. Non, mais moins que d’habitude quoi – je décide qu’il est temps d’en finir. Il faut combattre cette phobie infantile, ce dégoût primaire. Se comporter en adulte. C’est la poitrine gonflée et le front ceint de lauriers imaginaires que je commande une andouillette. Une VRAIE ANDOUILLETTE

Je la joue à fond: même pas en entrée!  Non. En plat, car ma témérité est sans limite, je suis une femme forte, invincible sous les yeux admiratifs de mon fils « waaaah maman va manger de l’andouillette ».

Ramassez vos vers de palmier là, les mecs de Koh Lanta, vous êtes petits bras.

Quand SOUDAIN (j’aime bien dire quand SOUDAIN)…

Arrive sur une assiette fumante une chose grasse et oblongue qui … OUI vint-cinq ans après c’est TOUJOURS DE LA MERDE!

Sauf que, maturité aidant, j’ai le temps d’admirer les détails: le plissé des boyaux. Le gras qui suinte. Le blanc-rosé-chair-molle de la viande (?!). L’odeur fétide de sanibroyeur. La sauce brune qui cache à grand peine l’anatomie de la chose.

Personne ne pourrait me forcer à manger ça. Personne ? Ah oui, vraiment ? Les yeux fiers mais inquisiteurs du fiston vous les avez oubliés ?
« Quand on commande un truc on le mange »

« Faut goûter à tout »

POURQUOI JE L’ÉDUQUE COMME ÇA BORDEL DE MERDE D’ANDOUILLETTE?

C’est dans une grande souffrance physique et morale que j’ai fini mon assiette. Tentant de ne rien laisser paraître, comme aux plus grandes heures de l’Actor’s studio, pour montrer ce putain d’exemple sous le regard goguenard de l’Homme, cette vieille sacoche fourbe qui connaissait l’histoire et moi un peu trop bien.

  • Moralité un : l’andouillette c’est comme bouffer un cul mais sale et sans prendre de plaisir. Aucun intérêt.
  • Moralité deux: parfois vaut mieux en rester avec ses terreurs et phobies enfantines. Tu te sens encore beaucoup plus con quand t’es adulte.
  • Moralité trois : l’éducation que tu donnes à tes gosses te reviendra toujours un jour façon boomerang d’andouillette dans la gueule.

Pour couronner le tout, il est à noter pour la postérité que ce moment de bravoure culinaire fut noyé dans une demi-bouteille (ce qui n’est jamais assez) de rosé des Riceys (en fait, si, là en l’occurence la demi c’était presque trop). wpid-dsc_3404.jpg

Le repas du soir, à la brasserie Henri IV fut nettement moins chaotique: des oeufs à la bourguignonne délicieux, une entrecôte servie avec os à moëlle miom, et une faisselle aux fruits rouges rafraîchissante. Simple mais très bon. Avec ça, Goutorbe dont j’avais de vieux souvenirs agréables a fait le reste.

wpid-dsc_3426.jpgÉquilibré, pas d’une grande intensité mais plaisant, il a fait le job pour me réconforter après le trauma andouillette.

Ce billet décousu se termine donc, à demain ou après pour des considérations plus sérieuses: désolée mais il fallait que ça sorte. Façon de parler, ahem.

Hôtel restaurant Les Berceaux

13, rue des Berceaux

51200 EPERNAY

  tel 33(0)3 26 55 28 84

Hôtel des Canotiers

Lieu-dit les Crepadots  

10360 ESSOYES

Tél. : 03 25 38 61 08

Brasserie Rôtisserie Henri IV

62 Boulevard Charles de Gaulle

51160 Aÿ

Tel: 03 26 54 77 40

 

 

Publicités

11 réflexions sur “La solitude de l’andouillette

  1. Patrick Bruel, fichtre fallait oser quand même ! 🙂
    Ceci étant, même si la saga historico-scatologique m’a fait pleurer de rire, c’est un plat que j’apprécie.
    Mais j’ajoute quand le produit est de qualité et la préparation aussi !
    Bon, je sens que je vais dévorer des tripes ou … et un rognon bientôt. 🙂

  2. La mauvaise andouillette, c’est de la merde, effectivement.

    La bonne andouillette, genre de celle qui sont du AAAAAAAAAA (je me souviens jamais combien de A mais beaucoup trop), avec une sauce moutarde, car elle a besoin d’acide et de piquant, c’est bon, c’est doux, c’est gras sans être graisseux, c’est subtile et délicat.

    En gros, quand tu ne sais pas qui l’a faite, ou que l’adresse ne t’a pas été recommandée par 548 personnes au moins : tu manges autre chose sur la carte…

    Mais un autre truc : on en parle des pseudo sommeliers qui, au lieu d’écouter tes goûts, s’en moquent totalement ? Je ne sais jamais si c’est parce qu’ils me prennent pour une débile quand je leur dis que non, c’est pas parce que j’ai un utérus que j’aime ce qui est doux, ou parce qu’ils nous refilent ce qu’ils doivent « passer », ou juste qu’ils s’en foutent complètement. Sauf qu’une fois qu’on leur a fait confiance, on ne peut pas rendre la bouteille, et à chaque fois ça m’énerve prodigieusement, et ça arrive plus souvent avec des pseudo sommeliers qui se la pète dans des régions viticoles réputées, que dans des petits coins sympas avec des serveurs qui proposent des « petits vins locaux ». Grmbl.

    • attendu que tout le reste était plutôt bien préparé, je ne suis pas sûre qu’il faille chercher de ce côté là, c’est plutôt moi qui ne peut pas manger ça (et c’est l’occasion de faire rire).
      Pour les som’s bah, y a deux espèces insupportables: le sommelier et le journaliste, c’est connu 🙂

    • 5 A : AAAAA pour Association amicale des amateurs d’andouillettes authentiques. Eh oui ca ne s’invente pas. Créée à la fin des années 1960, signale, lors de dégustations à l’aveugle, les andouillettes de qualité (moelleuses et pas trop grasses) et fabriquées de façon régulière. Celles-ci se voient décernées le très sérieux diplôme « AAAAA ». La mention « pur », suivie de l’indication d’une espèce animale, ne peut être revendiquée que pour les andouillettes élaborées avec la matière provenant d’une seule espèce, le porc. La mention « authentique » ou « véritable », suivie d’une dénomination géographique, implique obligatoirement que l’andouillette soit fabriquée sur un territoire délimité (ville, cantons voisins et département où elle se situe, région).
      Info Les 5 A regroupent des professionnels des métiers de bouche et de l’univers de la table ; l’association est strictement dépourvue de but lucratif.
      Une fois munie de cette fameuse andouillette labellisée 5A, la faire griller au barbecue, aux ceps de vigne bien entendu. 😉

  3. Il est fort dommage que votre séjour en Champagne ne vous ait laissé que ce goût amer ! L´andouillette est un plat à sélectionner avec grande précaution et doit être réservée aux connaisseurs, essayez celle AAA accompagnée d’une sauce au chaource et vous m’en direz des nouvelles. Quant aux champagnes, il n’en existe pas de mauvais si on le choisit bien !perfectionnée justement dans la dégustation de champagnes, je ne puis tolérer de lire ça. Comme tout bon breuvage, il faut connaître son assemblage et le choisir en fonction de ça! Quand on veut boire un champagne qui ressemble à du jacquesson, du moet, du krug…… on se rend dans ces maisons et on essaie pas de trouver une copie !!! En Champagne il y a autant de champagnes différents que de viticulteurs. Un conseil revenez dans notre belle région et venez nous rendre visite au phare de verzenay, haut lieu touristique de la champagne et là Je vous garantis que vous ne serez pas déçue nous proposons 60 champagnes différents 😊 à bientôt de vous y accueillir.

    • Bonjour Virginie,

      Vous ne devez pas lire souvent ce blog, j’adore la champagne et connait très bien ses vins: ceux-ci ne m’ont pas botté, soit. Quant au choix, je ne faisais que donner une indication implicite au sommelier (qui comme tout bon professionnel devrait en saisir l’esprit: style Jacquesson, comprendre « champagne vineux, bien fait, tendance pinot noir plutôt »). Je ne cherchais pas une copie, mais quelque chose qui soit de la même « famille ».

      Je vous engage à lire le billet précédent, et plus tard le suivant, qui seront consacrés à des portraits de vignerons de champagne.

      Pour ce qui est de l’andouillette « à réserver aux connaisseurs »… Ha, ben écoutez je ne fais partie que du commun des mortels

      • Effectivement c’est bien la toute première fois que je me connecte au blog. Je ne voulais surtout pas vous offenser. Le sommelier n’était peut être pas digne de ce nom, et peut être ne connaissait il pas l’esprit de la maison jacquesson. Il aurait peut être été plus simple de lui demander un blanc de noirs plus à votre goût. Retentez votre expérience avec une andouillette gratinee au chaource. Pour le reste, mon invitation à venir nous rendre visite au musée de la vigne, phare de verzenay tient toujours http://www.lepharedeverzenay.com
        L’endroit devrait vous plaire d’autant que nous sommes en appellation grand cru 100 % pinot noir. A bientôt Je l’espère, de mon côté Je continuerai à suivre votre blog avec grand plaisir.

      • un sommelier, qui plus est en Champagne qui ne connait pas Jacquesson (qu’il a à sa carte) c’est peu pro, non? Je vais passer mon tour pour l’andouillette, vraiment, même si ce post était à but humoristique, c’est vraiment pour moi un dégoût rédhibitoire que je n’arriverai pas à dépasser. Je prends bonne note de l’invitation 🙂

  4. Il y a 3 conditions indispensables pour aimer l’andouillette :
    – aimer l’andouillette
    – aimer l’andouillette
    – aimer l’andouillette.
    Sinon, c’est pas la peine.
    Une fois, j’ai été dans une maison dans un endroit exotique. Il y avait là des chiottes à la turque avec deux particularités :
    – une très longue chaine pour tirer la chasse. Personne ne te prévenait, bien sûr, sinon c’était pas drôle. Le truc, c’était qu’il fallait tirer la chasse en étant sorti, sinon… tu étais trempé jusqu’à la taille (je parle pour un ado de 1m65 environ à l’époque, en 1978). Tu te faisais avoir une fois.
    – c’était en bord de mer et dans le tuyau vivait une colonie de crabes qui avait l’habitude de venir montrer leurs pinces au moment où tu… Bref, je ne fais pas de dessin. Ces crabes étaient appelés des « crabes à merde ».
    Après ces quelques instants de poésie, hop, je me remets au travail.
    Les bises.

  5. ouais bon …. l’andouillette est une spécialité (excellente au demeurant) de Troyes ! Troyes la capitale de la région champagne depuis des siècles, les comtes de champagnes y séjournaient. toutefois au même titre que les champagnes il y a de bonnes et de moins bonnes andouillettes ! Et des chefs plus ou moins bons qui savent ou pas les préparer ! Désolé j’aime bien mais pas tous les jours !
    Effectivement le Henri IV est la table montante de la région sparnacienne
    Les berceaux ne sont plus à présenter
    et Essoye est un magnifique village rattaché à la famille Renoir le peintre le metteur en scène et la fille mariée épouse du chanteur Lalane me semble t il
    Le rosée des Ricey est historiquement élaboré à partir de gamay … cépage non autorisé en champagne donc cela perd un peu de sa valeur. Toutefois j’ai pu déguster (savourer on avale / déguster on recrache) dans une commission professionnelle d’appellation (CIVC / INAO) durant les années 90 un rosé des Ricey élaboré à base de gamay … totalement différent évidement.
    Sinon d’autres tables remarquables sont autour d’Epernay – si j’en oublis je vais me faire lyncher donc je m’abstiens.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s