Heureux qui comme Ulysse *

wpid-dsc_3448.jpg* s’il a fait un beau voyage, je ne sais, mais goûter ses vins en est assurément un.

Deuxième portrait de vigneron champenois, qui nous amène loin des lieux « touristiques ». Trouver le bonhomme demande de quitter les endroits plus connus de la Champagne, Aÿ, Epernay et de rouler une bonne demi-heure jusqu’au petit village de Congy. Quiétude totale sur la route: vous n’y verrez que des champs, à perte de vue, ça et là des arbres. Pas ou peu de maison. Quand la vigne repointe le bout de son nez, c’est que vous êtes presque arrivés.

On a dit de ce coin de la Champagne que c’était un terroir « peu estimé »: je ne suis pas d’accord. On fait de la vigne ici – et du champagne- depuis très longtemps.

Méconnu le coin, sans doute. Le gros des touristes reste à visiter les maisons ayant pignon sur avenue, s’aventure peu vers le Sézannais et c’est bien dommage. En tous cas, visiblement, voilà un vigneron qui tient à être ici, sur des terres qui respirent l’histoire familiale. Lui, c’est Olivier Collin.

Ce qui m’a décidé à aller le voir? Ceci:

uly

Un champagne dégoté un peu par hasard. Etiquetté « blanc de blancs » pour les vendanges 2004, 2005, 2006 et 2007, il est devenu Les Pierrières à partir de la vendange 2008. C’est donc un « vieux » champagne qui avait remarquablement évolué.

Preuve, mon commentaire de l’époque:

On voyage. C’est beau, tendre, frais, comme une larme de joie sur la peau à peine rougie d’une très jolie fille. Un de ces instants délicats, de la rosée sur une toile d’araignée, si fine, au matin.

J’ai longuement hésité à le présenter en portrait croisé avec Cédric. Ils ont pas mal de points communs: des domaines récents d’abord, Olivier a « débuté » en 2003, pour la prise en main du domaine et 2004 est son premier millésime. Ils sont aussi tous deux relativement jeunes.

Motivés à créer des vins avec une vraie identité,  ils vinifient et travaillent de façon parcellaire avec à chaque fois un seul cépage pour un seul lieu. Pour mieux maîtriser encore le goût du vin, Olivier cultive intégralement son vignoble, environ huit hectares. Et le succès de cette « petite entreprise » est au rendez-vous: il n’y a pas de vin à vendre, les amoureux du style Ulysse Collin achètent tout ou quasi, d’année en année. Comme Cédric, voilà un vigneron qui jouit d’une très belle réputation mais sans être fortement médiatisé.

La comparaison échoue sur deux points: le bois et le dosage.

Chez Olivier, le bois c’est une école. Celle d’Anselme Selosse : on garde toujours quelque chose de ses maîtres. Olivier l’utilise tout du long, ce qui peut (d)étonner. Il mêle plusieurs provenances, plusieurs chauffes, des foudres venant de tonneliers différents, utilise peu de barriques neuves mais surtout des fûts ayant déjà contenu du vin pour leur douceur. C’est cette variété qui lui permet de garder de la finesse, du toucher tout en profitant du côté vivant et respirant du bois. Le bois n’est pas là pour « aromatiser » au sens strict, mais pour permettre une autre dimension dans la façon d’élever. wpid-dsc_3441.jpg

Le dosage, aussi minime soit-il parfois est là encore une volonté. Loin de souscrire à la mode toute relative du non-dosé**, il estime que c’est le coup de pouce dont ses champagnes ont besoin pour s’exprimer pleinement. Qu’on pense ce qu’on veut, qu’on lui demande de faire autrement ce sera non: il ne fait pas du vin pour plaire à qui que ce soit, hormis lui-même. Qualité indéniable.

En dehors des tendances? Sans doute un peu, sauf de celle qui consiste à revenir à l’essentiel: le vin de Champagne, c’est avant tout un vin. Exigeant, avec des besoins précis, qui demande un doigté et une réflexion bien particuliers.

J’ai trouvé Olivier en plein nettoyage de barriques/ foudres. Tout se prépare gentiment pour accueillir les nouveaux millésimes: on soutire, met en bouteilles, récure. Peut-être pas le meilleur moment pour aller déguster, mais il n’en fait rien sentir. Gentleman.

Le type a de l’allure, les yeux pétillants, une dégaine naturellement cool. Un grand sourire, un petit tour de chai, ses mains décrivent et racontent l’histoire du pressoir – il a bien essayé le pneumatique, mais pas satisfait il est revenu à l’ancien. Il s’agite, part chercher des verres, a mal compté, revient avec d’autres. Ni avare de son temps, ni économe de ses mots, il parle, raconte, explique, s’énerve le tout avec une verve peu commune. wpid-dsc_3443.jpg

Aucun dogme: faire le meilleur vin possible, toujours, est l’unique ligne de conduite. Sans se fermer des portes. Des questionnements qu’on retrouve aussi à la vigne: s’il a bien tenté de passer au tout bio, une récolte perdue intégralement l’a amené à revoir ses positions.

J’essaie, je tente, mais il faut rester économiquement viable aussi. Je ne veux pas prendre de risques inutiles.

Et sinon, on goûte quoi?

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Olivier élabore un blanc de blancs les Pierrières, un autre les Roises, un blanc de noirs les Maillons, et un rosé de saignée sur Maillons, la même parcelle, plus et c’est ce qu’on goûtera en dernier un vin nommé d’après sa parcelle « les Enfers ». Celui-ci, confidentiel n’a pas encore fini son élevage et n’est donc pas encore sorti. Nous profitons d’une bouteille dégorgée pour nous  « faire une idée ».

On commence par les Maillons, blanc de noirs: un nez discret, une bouche fine avec une bulle légère. Le plus surprenant: on ne devine pas du tout l’élevage sous bois, tant le vin est diaphane et frais.

Attaque ensuite les Pierrières, blanc de blancs: une révélation. Moi qui ait toujours eu un goût plus que prononcé pour les pinot noirs, voilà-t’y-pas que je craque pour l’élégance, la volubilité, le fruit pur et ciselé de ce blanc de blancs, sans y trouver un poil de ce que je reproche trop souvent: trop de facilité, des arômes convenus de pomme verte voire pas mûre.  Rien de tout ça ici, c’est élégant charnu, avec une finale longue sur de légers amers. Un très beau vin.

Les Maillons, rosé de saignée est très fraise et cerise au nez, avec une touche de poivre: la bouche est volumineuse, en gardant du gourmand. Mais la structure est telle que pour l’apéritif, ce serait un trop gros bébé. Mieux vaudrait le réserver à table, avec même une viande rouge. Là encore, j’aime beaucoup.

Les Enfers -une autre parcelle jouxtant les Roises- est difficile à évaluer: c’est comme voir le tissu et le bâti d’une robe sans les coutures et sans le mannequin. La trame est belle, prometteuse. Patience donc, on verra dans quelques temps…

Bilan général très positif donc de cette première visite au domaine. Olivier est un type qui semble savoir où il veut aller, ses champagnes sont précis, nets, gourmands, voilà encore de quoi oublier un peu plus les « grosses marques » et rendre curieux de découvrir les autres champagnes et surtout ceux qui les font.

En parlant de ça, dernière anecdote révélatrice: à la fin de la visite, je demande à Olivier l’autorisation de lui tirer le portrait, parce que vous je ne sais pas, mais moi je m’attache autant aux gueules qu’aux histoires. Il a immédiatement proposé qu’on le prenne avec son équipe. Alors, même si elle n’est pas tout à fait au complet: les Champagnes Ulysse Collin, ce sont eux aussi!

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** on assiste depuis un moment à une certaine « tendance » au non-dosé (le fait de ne pas ajouter au dégorgement de liqueur mêlant vin et sucres pour doser le champagne, le qualifiant de brut, demi-sec ou autre). Quand les vins sont bien faits, très équilibrés, c’est merveilleux. Parfois, cela peut virer à l’agressivité et à des acidités malvenues. Comme toute technique elle doit être absolument maîtrisée, c’est utile de le rappeler quoiqu’on puisse aisément économiser un détartrage avec les « ratés ». Haha. 

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