Ne tirez pas sur le journaliss*

casqueC’est samedi, c’est billet d’humeur.

Et allez, moi ça va plutôt bien. L’enfant n°1 est rentré à l’école (haaaaa), a repris ses activités sportives (double-haaaaa), et l’enfante n°2 est toujours aussi cool. Les degrés commencent à baisser, quel bonheur pour mon tempérament de fille du nord.

Et j’écris. Bon, pas toujours ici je m’en veux un peu, mais n’ayant point encore acquis le don d’ubiquité… 

Et c’est de ça dont j’ai envie de vous parler: des piges. J’écris maintenant très régulièrement. Donc il m’arrive aussi très régulièrement d’appeler des vignerons -scoop- pour obtenir un renseignement, une précision, des coordonnées, parfois une interview. Avec ceux que je connais déjà, pas de souci. Avec ceux que je ne connais pas, l’accueil est parfois plus … C’est différent.

Dans la majorité des cas cependant, le vigneron, bien qu’il aie peut-être une petite appréhension sur ce que je pourrais bien écrire (c’est humain) répond volontiers, et me consacre (un peu) de temps.

A de rares occasions, on me dit non. Ce qui peut se comprendre, que le vigneron n’aie de toute façon plus rien à vendre ou qu’il ne souhaite pas être mis en lumière, pourquoi pas, on peut respecter ça.

Cette semaine, j’ai eu un non d’un autre genre « je veux pas parler aux journalistes du vin, qui ne font que des amalgames ».

Faire un amalgame sur une profession en disant qu’elle fait systématiquement des amalgames: heureusement que je suis belge, le non sense, on pratique. C’est la première fois qu’on me raccroche au nez, alors qu’il s’agissait juste pour moi de vérifier quelques infos, pas de demander quoi que ce soit (ni échantillons, ni rien). Juste « bonjour, vous vous appelez bien Machine, tel âge, vigneron depuis x, vos cuvées sont bien truc, bidule et bazar. POINT A LA LIGNE.

Je ne suis pas tombée de ma chaise parce que un, j’étais debout. Deux, j’ai déjà entendu cette phrase, dans la bouche d’autres vignerons, et ça m’inquiète un peu. Non pas que je me considère vraiment comme « journaliste »: j’écris des piges, un peu. J’essaie de le faire très sérieusement, de vérifier un max mes infos, et quand je retranscris des propos, le plus casse-gueule, je fais super gaffe.

Pourquoi je parle de ça?

Hier sur Facebook, gros scandale.

Une phrase, d’un vigneron à propos d’un autre.

plag

photo @VincentPousson extrait de Terres de Vin

Evidemment ça a vilipendé de tous les côtés, ça a gueulé. Le vigneron en cause s’est fâché, et à juste titre, il est en bio depuis plus de 10 ans.

Mais je vous le donne en mille, qui s’est fait accuser, et maudire sur plusieurs générations? La logique voudrait qu’on s’interroge en premier sur le propos, et son auteur, puisqu’il ne s’agit pas ici de texte « pondu » par la journaliste mais de retranscription d’interview. Sauf que pas un -ou presque- ne s’est posé la question de voir si un tel propos avait été effectivement tenu, on a direct crucifié la journaliste. Voire les journalistes, dans leur ensemble, tous des cloportes, des incompétents, qui n’y connaissent rien à la vigne et au vin, qui ont un pouvoir de nuisance abominable (dixit).

Ce qui me fait bien rigoler, attendu que quand le vigneron reçoit une bonne cote, ou une appréciation favorable, le journaliste devient subitement un génial communicant.

Et vas-y que je t’invite à déjeuner, au domaine et que je te passe la brosse à reluire.

Bref.

Le magazine en question publie ce matin un texte où il soutient sa plume, et il maintient que les propos ont été tenus, ni déformés, ni coupés. La journaliste affirme également n’avoir pas tronqué ou modifié. Le vigneron qui aurait dit cette phrase affirme que ça a « été mal interprété »(sic).

Et c’est là où je veux en venir: beaucoup de monde se plaint de la presse du vin complaisante, achetée, de ce qu’elle ne dit pas la vérité (pas toutes), de ce qu’elle fait ami-ami avec les gros château, etc. Quand elle publie les dires d’un vigneron, c’est forcément faux, mal interprété, …

De là à se dire qu’il faudra être prêt à enregistrer avec un magnétophone n’importe quelle interview pour pouvoir se défendre d’avoir mal retranscrit le cas échéant et prouver sa bonne foi…

Je sais qu’il est compliqué, aussi bien de donner une interview que de la retranscrire: il faut être précis dans ce qu’on dit, ne pas hésiter à reformuler pour se faire bien comprendre. Ne pas hésiter à redemander si on n’ a pas bien compris, et puis choisir de publier ou non certains propos.

Après, on peut se demander s’il était opportun de citer les châteaux et si une périphrase de style « un certain domaine de Bordeaux/ du sud-ouest » n’aurait pas été plus « safe » pour le journal. Quel est la conduite à adopter? Retranscrire exactement et peut-être émettre une réserve de la rédaction sous forme de note bene: « propos à mettre au conditionnel, ce domaine travaille en bio depuis dix ans »? Ne rien dire ?

Aucune idée: en tous cas, avant de systématiquement tirer sur les mêmes, il faudrait peut-être réfléchir à ce qu’on veut/ voudra lire dans les journaux les prochaines années. Moi les versions expurgées pour pas « se fâcher », ça me dit trop rien.

Sur ce, j’ai des coups de fil à passer, je mets mon casque.

Bon week-end.

NB: l’affaire concerne un article paru dans Terre de Vins, interview d’Eloi Dürrbach par Sylvie Tonnaire. Les domaines concernés Haut-Brion (qui ne semble pas encore avoir réagi) et Plageoles.  Il ne s’agit pas ici de déterminer qui a tort ou raison dans cette histoire précisément mais de revenir sur les accusations et les défiances que suscitent les journalistes

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4 réflexions sur “Ne tirez pas sur le journaliss*

  1. Sauf que le vigneron lui-même (l’interviewé) a – a priori – démenti les propos qui lui ont été attribué:
    « J’ai [vigneron de Plageoles] déjà été alerté par Eloi [vigneron interviewé] lui-même qui m’a prévenu de la mauvaise interprétation que vous [le journal] avez fait de ses propos. »

  2. Petit point (qui n’est pas de détail) : il est nécessaire de donner les noms (sinon ça s’appelle bidonnage!) Pour le reste, chère Pinardothek tu as 100 fois raisons; les propos sur Plageolles me laissent pantois! L’interview frise le grand-gignol. Bisous (un ex-journaliste, carte 47471)

  3. Je copie-colle:
    « Une faute a -t-elle été commise? […] Au travers de l’interview d’Eloi Dürrbach, c’est en effet sa vie qui défile. Le micro est ouvert, il se livre, il se confie. Et il commet une faute. Ce qui a peut-être prévalu il y a des années – et c’est encore à démontrer – ne peut en effet prévaloir aujourd’hui pour une seule et simple raison: la certification bio du domaine Plageoles. « Terre de vins » a donc commis, en l’état, l’erreur de ne pas resituer ces faits dans le temps. Nous formulons donc nos excuses à la famille Plageoles. Nous donnerons à Bernard Plageoles, dans les prochains jours, toute la possibilité de s’exprimer et de répondre, s’il le souhaite, à Eloi Dürrbach. C’est le rôle d’un média, indépendant, libre et respectueux de l’intégrité de chacun.
    Rodolphe Wartel, Directeur de la publication de Terre de vins »
    La suite dans le prochain numéro 😉

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